‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 57 sur 245 · L'accusatif d'un nom de personne au singulier · texte numérisé non relu

L'accusatif d'un nom de personne au singulier

1. Dans nos citations, nous indiquons les vers pour les morceaux en vers, et la page pour les morceaux en prose. Les titres de nos extraits sont ainsi abrégés : Pèl. = Pèlerinage de Charlcmagne, Roi. = Roland., Cour. = Couronnement de Louia, Raoul = Raoul de Cambrai, Aim. = Aimeri de Narbonne, Iva in = le Chevalier au lion, Auc. = Aucassin et Nicoletie, Ren. = Romande Renard, Villeh. = Villehardouin^ Mar. = Guillaume le Maréchal, Joinv. = Joinville, Frois. = Froisèard, A. Chari. — Alain Chartier, Rose = Roman de la Rose, S. NiG> = Jeu de Saint-Nicolas, Feuil. = Jeu de la Feuillée, Greb. = Greban, Pat. = Pathelin.

liNTRODlGTION

rarement au pluriel, peut, sans être précédé d'aucune préposition, faire fonction de génitif:

El servise Charlon (Roi. 29).

En nom Dieu {Cour. 122).

Del coup Ernaut (Raoul 72).

La mort son seignor [Ivain 124).

Par le conseil l'empereor Kyrsac (Villeh. 204).

Es mains Lanfroi et les autres vilains (Ren. 373-374).

La mort RoUant {Aim. 418).

Au gué le Bédouin {Joinv. 215).

Il en est de même des datifs-génitifs cui, celui^ cestui^ nului^ autrui :

Je vin au conte de Soissons, cui cousine germaine j'avoie

espousee (Joinv. 228). Del col celui est jus sailliz {Estula 113). Car il ne crient autrui menace N'autrui corroz {Reji. 70-71).

Les autrui besoignes traitier {Rose ii, 49).

166. L'accusatif d'un nom de personne*, soit au singulier, soit au pluriel, ou d'un adjectifs désignan-t une personne, peut, sans être précédé d'aucune préposition, faire fonction de datif :

Rodlant saisist e son cors e ses armes (Roi. 67). Ne oir enfant retolir le sien fié (Cour. 90). Je remandrai Gerart (Ch. d'histoire 13). Onc tes enfanz ne mal ne bien ne fis {Raoul 71). Un de mes pers la laisserai (Aim. 193). Donez la autre {Aim. 230, 250).

Mandèrent le fil l'empereor Kyrsac et les barons que {Villeh. 204). Faisons l'oste-que bel li soit (Feuil. 201). Li fiz le conte (Auc. iv, 146)^.

1. Nos extraits nous ofl'rent un exemple de cette tournure avec un nom de chose : Ne dites point no vin laidure {Feuil. 70). Mais le vin est ici plaisamment personnifié.

2. Le pronom eus a une fois dans nos textes la même fonction ; Paradis sera nostre et eus sera enferz (S. Me. 1 1).

3. Le conte est plutôt un datif qu'un génitif. Cf. fiz al roi Uriien {Ivain 717), fille al duc {Ivain 1kl), fiz a roi {Auc. xi, 13), fiz a vilain {Ren. 295), li fiz a l'orse {Ren. 350), la femme a son frère {Greb 8).

SYNTAXE

167. Cet emploi de Faccusatif comme génitif et comme datif est général dans les plus anciens textes, mais on y trouve aussi les propositions de et a exprimées :

L'aneme del comte {Roi. 189).

Sin donrat a Rodlant {Roi. 12).

Avec le temps Tusage de la préposition devient plus fréquent; il se généralise au xiv* siècle, mais l'ancienne tournure a laissé même dans la langue actuelle de nombreux restes*.

168. Cas du prédicat. — Après les expressions avoir nom, se tenir, etc., le prédicat est au même cas qno le sujet :

Jo ai nom Charlemaignes {Pèl. 9).

Qui avoit nom Nicoles {Villeh. 190).

Se tindrent coi {Villeh. 201).

Dreues ot nom {Aim. 204).

Li uns avoit nom Guillaumes de Boon, et li autres Jehans de Gamache {Joinv. 229).

169. Accusatif absolu. — L'accusatif absolu est d'un emploi fréquent :

Jointes ses mains est alez a sa fin (Roi 185). L'espee ceinte est entrez cl mostier, Hueses vesties et espérons chauciez (Cour. 127-8). Tuit armé, les heaumes laciez et les glaives esmains {Villeh. iSS). Le regart fier, cler et riant le vis {Aim. 430). Si advient souvent que, pacience faillie, toute obéissance, subjection et constance défaillent {A. Chart. 254).

1. Dans les noms patronymiques : Victor Hugo mais Alfred de Vigny (avant d'être des noms de famille Hugo était un prénom, Vigny un nom de lieu) ; dans les noms de monuments : Musée Grévin mais Musée du Louvre; Institut Pasteur mais Institut de France; Église Notre- Dame mais Église du Sacré-Cœur; dans les noms de rue : Rue Gam^ betta mais Rue de Rivoli; etc., de même dans quelques locutions anciennes : Hôtel-Dieu, etc.

INTRODUCTIO

170. Noms collectifs. — L'idée de pluralité contenue dans les noms collectifs permet de mettre au pluriel aussi bien les pronoms qui en tiennent la place que les verbes dont ils sont sujets (cf. § 211) :

Paiene gent craventer et confondre

Et la lor terre dois a la nostre joindre {Cour. 81-82).

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