II. ADJECTIFS
171. Accord de l'adjectif. — Un adjectif qualificatif (ou un participe passé) se rapportant à plusieurs substantifs, même séparés par une préposition, peut s'accorder seulement avec le plus rapproché :
Li palais et la sale de pailes portendude {Pel. 34).
A tant es vos Charlon od sa grant gent venude {Pèl. 35).
Molt fut granz li orages, la neif et li gresilz [Pbl. 80).
Fy de l'avoir et richesce emmurée {E. Desch., Bal. mxxiii, 23).
172. Nul. — Nul peut s'employer au pluriel dans les propositions dubitatives ou négatives :
S'il savoit nules nouveles (Joinv. 232).
Nul de nos gens ne furent demouré {Joinv. 234).
Avant qu'il courussent ne feïssent nulles contrariétés {Frais. 250).
173. Tout. — Tout accompagnant un adjectif, un participe ou un verbe, s'accorde toujours, à l'origine, avec le substantif ou le pronom auquel il se rapporte :
Toz fut prez li sopers {Pèl. 101).
Li morz est toz obliëz {Ivain 760).
Toz dolenz et toz soples {Auc. vi, 130) Dous coinz de chesne toz entiers {Rnn. 281). Car toz sui las {Aim. 219).
Mais d'assez bonne heure on considéra tout en certains cas comme un adveii)e, et il en résulta des hésitations qui ont abouti aux singularités de l'usage actuel.
SYNTAXE Lix
174. Tant. — Tant peut au singulier repiésenter une idée de pluralité :
Qui tante onor bastit [PU. 69).
Por ce dist il tante terre i apendent {Cour. 14).
Lors veïssiez une dure meslee,
Tante anste fraindre, tante targe troee,
Et tante broigne desmailliee et faussée,
Tant pié, tant poing, tante teste coupée,
Tant bon vassal gésir gole baee (Raoul 200-4).