Cf. p. 281, la ch«inson de Conon de Béthune
ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE xiii
l'état de patois. En 1539 sa victoire sera complète, lorsque François P"" ordonnera d'écrire en « langage trançois » les actes officiels qu'on expédiait encore en latin.
11. Il est impossible de suivre pas à pas l'évolution du latin depuis l'époque où il fut importé en Gaule jusqu'à celle où il est devenu la langue que nous parlons actuellement. Pendant de longs siècles les témoignages font défaut.
12. Les Serments de Strasbourg, prononcés en 842, mais conservés seulement dans un manuscrit de la fin du X* siècle, peut-être même du xr siècle, sont le plus ancien document connu de langue d'oïl. De la fin du IX* siècle on a deux textes écrits dans le Nord de la France : la Séquence de sainte Eulalie^ en 25 vers, et un fragment d'Homélie sur Jonas^ partie en latin, partie en roman; du x* siècle, un poème plus étendu, dont les formes ont malheureusement été très altérées par un copiste beaucoup plus méridional que l'auteur : la Vie de saint Léger. Le xi* siècle nous a transmis la Vie de saint Alexis, puis plus tard le Pèlerinage de Charlemagne et la Chanson de Roland. A partir du xir siècle les textes abondent.
13. Pour l'époque antérieure aux plus anciens de ces documents, ce n'est que par induction qu'on arrive à se représenter les transformations successives du latin vulgaire; mais, à partir du xr siècle, on peut le suivre dans son évolution. En prenant pour point de départ le latin, pour point d'arrivée le français actuel,
XIV IINTRODUCTIOIS
nous indiquerons très succinctement les différents états par où la langue a passé et sous lesquels elle se présente dans les morceaux de ce recueil.
Iî= — PHONÉTIQUE
t. — AVANT LA FIN DU Xl« SIÈCLE
14. A part quelques proclitiques et quelques enclitiques, tout mot latin avait un accent tonique, c'est-àdire avait une voyelle sur laquelle la voix appuyait plus que sur les voyelles des syllabes voisines (/"a^u/a, parta^ portdiré). Le rôle de l'accent dans la formation de la langue française a été considérable.
15. La place de l'accent tonique dans un mot latin est très facile à déterminer :
a. — Il n'est jamais sur la syllabe finale (exception faite, bien entendu, pour les monosyllabes : rem, sic); il est donc nécessairement sur la première dans les mots de deux syllabes {porta^ pedem): dans les mots de plus de deux syllabes, il affecte la pénultième lorsqu'elle est longue (poriBré)^ l'antépénultième dans le cas contraire {bonîtas^ auricûla)
h. — La pénultième syllabe doni la voyelle est brève, mais entravée* (§ 21), est toujours accentuée {arista^ infernum). En latin vulgaire il en est ainsi même quand
1. 11 ne faut pas cuiitondre la quantité de la voyelle avec celle de la syllabe.