‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 5 sur 245 · I. — ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

I. — ORIGINE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1. Le français est une langue romane. On appelle romanes toutes les langues qui dérivent de celle des Romains, c'est-à-dire du latin.

2. La langue dans laquelle sont écrites les œuvres de la littérature latine était soumise aux règles d'une grammaire qui en avait arrêté l'évolution naturelle; mais la langue vivante se transformait incessamment dans son lexique, sa prononciation, ses flexions, sa syntaxe. Dans ces conditions, le latin vulgaire devait

X INTRODUCTION

se différencier du latm littéraire^ et s'en éloigner chaque jour davantage.

3. Le latin, dont le domaine à l'origine était restreint au Latium, s'étendit avec la puissance de Rome, et supplanta successivement les dialectes des nations conquises dont la civilisation était inférieure à celle des Romains. Dans les différents pays où il s'installa, le latin vulgaire continua à se transformer, en subissant des influences locales de mœurs, de race, de climat et autres. C'est ainsi qu'il est devenu le français^ le provençal^ Y espagnol^ le portugais ^ Y italien^ le sarde ^ le ladin^ le roumain,

4. Les Romains s'étaient emparés de la côte Sud de la Gaule (Provincia) de 123 à 118 av. J.-C. Au siècle suivant, Jules César soumit le reste du pays (de 58 à 51 av. J.-C). A la suite de cette conquête, le latin, déjà implanté dans la Province, s'étendit peu à peu dans toute la Gaule; au v* siècle de notre ère les dialectes indigènes (ligures, celtiques ou ibériques) en avaient complètement disparu.

5. Cependant la France actuelle n'est pas tout entière romane. Le latin, à peine maître de la Gaule, y perdit du terrain, que le français est en train de regagner en partie. La pointe Sud-Ouest, après avoir été romanisée, fut reconquise à la fm du vi** et au commencement du vil* siècle par les Basques d'Espagne (Ibères). Le nombre des Basques en France ne dépasse guère aujourd'hui 120 000. Au v* siècle, des Bretons, chassés de leur pays par l'invasion saxonne, vinrent s'établir

ORIGLNE DE LA LANGUE FRANÇAISE xi

dans la péninsule armoricaine, qui prit depuis lors le nom de Petite-Bretagne. Le bas-breton, dialecte celtique, est actuellement parlé dans le Finistère, dans la moitié Ouest du Morbihan ot des Côtes-du-Nord, et dans les îles de ces trois départements. Enfm le flamand, dialecte bas-allemand, importé par les Germains, se parle encore dans les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck.

6. A part le basque ^ le bas-breton et le flamand, tous les parlers de la France actuelle sont romans.

7. Le latin vulgaire en Gaule, comme ailleurs, en se transformant, s'est diff'érencié d'une province à l'autre, on pourrait dire, théoriquement parlant, d'un village à l'autre.

8. Certains traits plus ou moins caractéristiques ont permis de réunir ces parlers divers en deux groupes principaux : au Midi, la langue d'oc; au Nord, la langue d'oïl, ainsi nommées d'après les termes oc et oïl, qui exprimaient l'affirmation dans les deux régions. Une ligne vaguement menée de Bordeaux à Lussac, de Lussac à Montluçon, de Montluçon au Sud du département de risère, peut être considérée comme une limite entre les deux groupes. Toutefois cette distinction n'a qu'une valeur de conventien; elle n'est réelle que pou ' les langues littéraires. Nous ne nous occupons que de la langue d'oïl.

9. On distingue généralement dans la langue d'oïl, mais sans fixer entre eux des frontières précises, les dialectes suivants : le francien, dans l'Ile-de-France et

XII IINTRODUCTION aux alentours; à l'Est le bourguignon, le franc-comtois, le lorrain et le champenois ; au Nord-Est le picard et le wallon-, au Nord-Ouest le normand', à l'Ouest le poitevin, Y angevin elle saintongeais. Mais ces dénominations, tirées du nom des anciennes provinces, ne représentent rien de précis; on ne les conserve que pour la commodité du langage. Il faut noter que le normand, transporté en Angleterre au xi^ siècle par la conquête, y vécut pendant plus de deux siècles et y prit des caractères particuliers (anglo-normand).

10. De bonne heure le parler de l'Ile-de-France, qui en littérature n'était cependant pas le plus riche, commença à prendre le pas sur les autres. Il était la langue de la maison royale, qui avait son siège à Paris: il s'imposa aux personnes qui voulaient paraître à la cour sans exciter par leurs provincialismes les sourires railleurs ^ Les princes du sang par leurs apanages, les princesses par leurs mariages, portaient leur langue maternelle dans leurs résidences. Les nombreux fonctionnaires du pouvoir central remplissaient un rôlè analogue. Les bureaux de l'administration royale, l'immense Université de Paris étaient des centres où les provinciaux et les étrangers venaient prendre l'habitude du francien. Déjà au xir siècle on peut constater les symptômes de la prédominance du dialecte de Paris; mais ce n'est qu'au xv^ siècle qu'il triomphera réellement dans la littérature et réduira ses congénères à

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