‹ Chrestomathie du moyen âgeChapitre 86 sur 245 · LE COURONNEMENT DE LOUIS · texte numérisé non relu

LE COURONNEMENT DE LOUIS

Li Coroncmenz Looïs, dont l'auteur est inconnu, date dans son état actuel de la première moitié du xir siècle. Bien que très court (2688 vers), il est formé de plusieurs chansons de geste originairement distinctes, que l'on a soudées ensemble, en unifiant les principaux personnages. Il est très difficile de discerner, à travers les remaniements, ce qu'il y ,a d'historique dans les événements et les personnages mis en scène. Le début que nous publions est emprunté, avec quelques modifications, à l'édition de M. E. Langlois : Le Couronnement de Louis, chanson de geste, publiée d'apri^s tous les manuscrits connus (Société des Anciens Textes, 1888).

Oiez, seignor, que Dieiis vos soit aidauz! Plaist vos oïr d'une estoirc vaillant, Bone chançon, cortoise et avenant?

De Looïs* ne lairai ne vos chant,

Et de Guilleaume al cort nés^ le vaillant, 5

Qui tant sofri sour sarrazine gent;

De meillor orne ne cuit que nus vos chant.

I. — Ecoutez, seigneurs, et que Dieu vous protège! Vous plait-il d'entendre une belle histoire, une bonne chanson, noble et attrayante? C'est de Louis que je veux vous chanter et de Guillaume au court nez le vaillant, qui peina tant contre la gent sarrasine. Je ne crois pas qu'on puisse chanter d'un homme qui lui soit supérieur.

1. Les événements de la première partie seule du poème se rapportent réellement à l'histoire de Louis le Débonnaire, les autres n'y ont <'té rattachés que dans La légende,

2. Guillaume au court nez, appelé aussi Guillaume d'Orange, ou

POÉSIE ÉPIQUE

Seignor baron, plairoit vos d'une essemple,

D'une chançon bien faite et avenante?

Quant Dieus fist primes nouante et nuef roiames, lo

Tôt le meillor torna en douce France.

Li premiers rois que Dieus tramist en France

Coronez fu par enoncion d'ange* ;

Por ce dist il tante terre i apendent :

Il i apent Baiviere et Alemaigne, i5

Et Normendie, et Anjou, et Bretaigne,

Poitou, Guascoigne desqu'as marches d'Espaigne,

Tote Borgoigne, Lohereigne et Toscane 2.

II. — Seigneurs barons, vous plairait-il d'entendre un récit mémorable, une chanson bien faite et avenante? Quand Dieu créa quatre-vingt-dix-neuf royaumes, il mit tout le meilleur dans la douce France. Le premier roi que Dieu envoya en France fut couronné avecle chrême qu'apporta un ange. C'est pour cela que Dieu a décidé que tant de terres en relèvent : en relèvent la Bavière, et l'Allemagne, et la Normandie, et l'Anjou, et la Bretagne, le Poitou, la Gascogne jusqu'aux frontières d'Espagne, et toute la Bourgogne, la Lorraine et la Toscane.

Guillaume Fièrebrace, ou Guillaume de Narbonne, est un héros éj)ique formé par la fusion de différents personnages qui n'ont pas encore tous été identifiés. Le principal, celui qui a peu à peu absorbé les autres, est Guillaume, comte de Toulouse, qui empêcha les Sarrasins d'envahir la France en leur livrant une sanglante bataille sur les iiords de l'Orhieu en 795; qui, plus tard, étant gouverneur de l'Aquitaine, dont le futur Louis le Débonnaire était roi, conquit la Catalogne; qui enlin fonda le monastère de Gellone, aujourd'hui Saint- Guilhem du Désert, où il se retira en 810, pour y mourir en odeur de sainteté en 812, un an avant le couronnement de Louis le Di^bonnaire.

1. Il s'agit de la sainte ampoule, qu'on croyait avoir été apportée par un ange lors du baptême de Clovis, et qui servait au couronnement des rois de France.

2. Nous avons ici l'indication des pays qui relevaient au xn' siècle de la couronne de France, ou qu'on jjrétendait devoir en relever.

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