VOYELLES TONIQUES ET PROTOTONIQUES
21. Une voyelle accentuée (tonique ou prototonique) ne tombe jamais, mais elle peut se modifier différemment, selon qu'elle est tonique ou prototonique, libre, c'est-à-dire suivie d'une seule consonne, ou entravée, c'est-à-dire suivie de deux consonnes au moins*, soucent aussi selon qu'elle est suivie d'une consonne orale ou d'une consonne nasale'^. Enfin le développement d'un j (cf. § 24) avant ou après une voyelle en modifie fréquemment l'évolution.
22. Dans le latin littéraire les voyelles étaient longues ou brèves; à cette différence de durée correspond dans le latin vulgaire une différence de timbre : les voyelles sont fermées ou ouvertes^. Toutefois pour l'a
1. Les groupes 6r, pr, dr, tv ne constituent pas une entrave. Le groupe 7ts du latin classique avait perdu son n en latin vulgaire {'me{n,)sis^ mësis). Dans les groupes de deux consonnes dont la première est c ou ^ {lectum, laxare, dignare, nigrum, etc.), le c ou g étant derenu de très bonne heure j, la voyelle précédente a cessé d'être entravée, et a subi le sort des voyelles libres. Il en a été de même avec «c, suivi d'une autre voyelle que a, qui est devenu es (piscionem > picsionem), avec ng suivi de e, i, qui a été traité comme gii {plangit > plagnil), et avec st, suivi de e, i en hiatus à l'intérieur d'un mot, qui est devenu ts, puis es {frusliarc > frucsiare). Le cas n'est pas le même avec ce, gg. — D'autre part des voyelles, d'abord libres en latin, ont été de bonne heure entravées, et traitées comme telles, après la chute de voyelles atones (ais{i}num, deb(i)la, pul(i)cem, C07n{i)tem, cdil{i)dum, naiv{i)gare, cog{i)lSire, fsLc(i)t, luc{e)t, eic.y. C'est ce qu'on appelle Ventrave romane, par opposition à l'entrave latine. Les groupes de consonnes ainsi réunies sont dits groupes romans.
2. Par opposition aux nasales m, n, les autres consonnes sont dites orales.
3. E, i atones, en hiatus à l'intérieur d'un mot {ca.vea, sajoiâww), étaient en latin vulgaire la semi-consonne que nous appelons yod. Le
CHRESIOMAnilii
XVIII ÎNTRODUCTIO^^
cette distinction de timbre n'existait pas, ou tout au moins n'a pas eu de conséquence en français. Les voyelles du latin vulgaire sont donc :
a correspondant à cT, à du latin classique.
è (ouvert) correspondant à a?.
é (fermé) — ê, œ.
0 (ouvert) — d.
d (fermé) — ô, iï.
23. Le latin vulgaire n'avait que la diphtongue au (eu n'existait que dans quelques mots, grecs pour la plupart); les diphtongues se^ œ étaient devenues é,
2k. La présence d'un quelle qu'en soit la provenance (§§ 39-49, 53, hk, 57, 66), n'empêche pas d'abord la voyelle latine de se maintenir ou de se modifier suivant les règles qui vont être exposées; seulement à la voyelle maintenue ou modifiée ou à la diphtongue qu'elle développe se joint le Uni à une voyelle autre que i, il forme diphtongue avec elle; uni à i, il est absorbé par lui. Uni à une diphtongue, il aurait dû, semble-t-il, donner avec elle une triphtongue, mais dans la formation du francien les triphtongues ont été réduites par la disparition de l'élément médial et le rapprochement des deux éléments extrêmes, soit aune diphtongue {i(a)é : ié^ a{e)i : ai^ i(i)é : ié^ e(i)i : ei^ u{e)i: ui, o(u)i : oi), soit à une voyelle (i[a}i : i{e)i : i).
yod se prononçait comme i dans mieux, vient, y dans yeux, il dans aii, «te.
PHONETIQUE.
Voyelles entravées.
25. Toute voyelle entravée, qu'elle soit tonique ou prctotonique, reste sans modification :
A (lat. class. à, à). — Vacca : vache, cenriptim : champ ^ as{i)num : asne; pdû^tire : partir — smctum : saint.
É (lat. class. è). — Beccum : bec, ferriim : fer, bella : bele; dentem : dent; festncum : festu.
É (lat. class. ê, ï). — Siccum : sec, littera : letre; inter : entre; piscdire : peschier.
I (lat. class. î). — Ficcat : fichet, villa : vile, vinti : vint; vill2i7inm : vilain.
0 (lat. class. ô). — Soccum ■: soc, fortis : forz, com{iy tem : comte; portare : porter — adcognitare : acointier.
6 (lat. class. ô, û). — Bncca : boche, tnrreni : tor, summa : some; d\ib{i)tdire : doter — pnnctiim : point.
U (lat. class. û). — Succnm : suc, fustem : fust; pvil{i)cella : pulcele.
Voyelles libres.
26. A (lat. class. à). — Tonique. P Sauf les cas particuliers qui vont être signalés (n"' a devant une consonne orale devient é (tsilem : tel, patrem : pedre, joaire : joer); devant une consonne nasale il devient ài {pd^nem : pain, dimat : ainiel).
2° Précédé d'un j d'origine quelconque (voy. §§ 39, 40, 53, 5^, 57, 66), il forme avec lui la diphtongue ié (Trojanum : Troien, fortiare : forcier, calceare : chalcier,caLmbia.re : changier, materiamen : maidrien.,
XX INTRODUCTION
càpra : citievre, mmd^iijcdire : m.angier, pdicaive : paieï\ 7iegare : neie)\ cd^nem : chien, pdigdûium : paien^ trSLCl3ire : traitier^ cog{i)t3ire : cuidier).
3" Devant un J d'origine quelconque (voy. §§ 39, 41-43, 46, 47, 57, 66), il forme avec lui la diphtongue ai * (raja ; raie^ vAriiim : vair, baca : baie, fdiCtum : fait).
4*^ Lorsqu'uQ j doit le précéder (n" 2), et un autre le suivre (n'' 3), combiné avec ces deuxj il donne {jaicet : gist),
27. Prototonique. Reste a s'il n'est pas précédé de c ou g {pairsiula : parole, amorem : amor — ra^io- )iem : raison) ; précédé de c ou de g il devient e (ca6a/lum : cheval).
28. È (lat. class. ë, œ). — Tonique. Devient iè {met: miel, venit : vient, febrem : fièvre — decem : dis, pejus : pis)^.
29. Prototonique, Devient e féminin {sedere : sedeir, venire : venir — prec3û^e : preier).
30. É (lat. class. ë, ^, œ). — Tonique. Devient et (me .* mei, pira : peire, pena : peine — cera : cire, rsicenmm : raisin)^.
31. Prototonique. Devient e féminin (debere : deveir, mindire : inener — ligare : leier).
32. I (lat. class. ^). — Tonique ou prototonique. Reste i (amicwm .* ami, spina : espine; fidsire : fider).
33. 0 (lat. class. o). — Tonique. Devant une consonne orale, devïenine (polet : puet, novem : nuef - -
1. A avant de devenir é a passé par ae^ et ae -\- j =: ai, de même que ; -+■ ao — iô. — 2. Cl", g 'ik. — 3. le -h j = i. — 4. J ci = i.