‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 17 sur 112 · Pour se les. il y avait ellipse de l'impératif pentes · texte numérisé non relu

Pour se les. il y avait ellipse de l'impératif pentes

3. L'infinitif précédé de or et de la or (pensez) de l'atourner.

46 CHRES TOMATHIE DU MOYEN" AGE

— Sire, cedist Ogiers, moût grant tort en avés ; 10 Certes j'ai si les pies et les dous poins enflés

Que je ne les pourroie en mes estriers bouter, N'a trente de mes cous un Sarasin tuer.

— Baron, dist l'emperere, quant mourir me verres,

La honte sera vostre, reprovier i avrés; 15

Que jamais en vos vies meilleur seigneur n'avrés. »

Et dist a l'autre mot : « lié Dieus, vous me haés.

Ja souloie je prendre et chasteaus et cités,

Ne me pouoit tenir chasteaus ne fermetés,

Ne grant sale perrine, ne murs, tant fust levés; 20

Ne puis mais noient faire, tous en sui asotés.

Quant vous vient a plaisir, Dieus, la mort me donés. »

Lors ploura l'emperere, ne se peut contrester.

Quant le voient si home, si leur en a pesé.

« Seigneur, ce dist Ogiers, or tost de l'adouber! 25

Qui ce fait que il puet, on ne le doit blasmer.

Nous irons au besoing, queus 1 soit deu retourner.

— Sire, répond Ogier, vous avez grand tort : 10 j'ai les pieds et les deux poings si enflés

que je ne pourrais mettre les pieds aux étriers ;

et que trente coups de mes poings ne tueraient pas un Sarrasin.

— Barons, dit l'empereur, quand vous me verrez mourir,

la honte sera pour vous; vous serez couverts de blâme, 15

car jamais en votre vie vous n'aurez un meilleur seigneur.

Dieu! continue-t-il, vous me haïssez donc!

Jusqu'ici j'avais coutume de prendre châteaux et cités;

ni place, ni forteresse ne pouvait me résister,

ni grande salle de pierre, ni mur, si haut qu'il fût. 20

Désormais je ne puis plus rien; j'en suis tout anéanti.

Si telle est votre volonté, Dieu, donnez-moi la mort. »

Alors l'empereur pleura ; il ne put s'en empêcher.

A cette vue, ses hommes sont pris de remords.

« Seigneurs, dit Ogier, vite, adoubons-nous. 25

Qui fait ce qu'il peut, n'est point à blâmer :

Nous irons au danger, que nous devions ou non en revenir,

1. Queus soit deu retourner. Queus est ner, c'est-à-dire quel que soit le re— le latin qualis : quel soit du retour- tour.

GUI DE IJOIHCOGXE 47

Ja Damedieu ne place, qui le mont doit sauver,

Qu'en puisse retourner ne tuit li douze pér,

Ains soions tuit aus armes ocis et découpés. » 30

Lors ont les espérons seur les nus pies fermés,

Que il n'i avoit chauce ne housel ne soler;

Tous pourris les avoit li vens et li orés;

Et si vestent haubers, lacent heaumes gemés,

Et ceignent les espées aus senestres costés 35

Et montent es chevaus courans et abrievés :

Ne manjuent de fein, d'aveine ne de blés,

Fors cpue herbe de chans, d'araines et de prés.

Et pendent a leur cous les fors escus bouclés,

Pristrent les roides lances aus gonfanons fermés. 40

Bien furent cpiinze mil quant il furent armé;

De quatre pars se sont parti et desevré.

Et li rois les comande au cors meesmes Dé

Qu'il les puisse conduire et maint a sauveté.

même si telle est la volonté de Dieu, le sauveur du monde,

que ni moi. ni aucun des douze pairs n'en réchappe,

mais que tous nous soyons tués et massacrés. >• 30

Alors ils ont assujetti leurs éperons à leurs pieds nus,

car ils n'avaient ni chausses, ni heuses, ni souliers,

le vent et l'air les avaient tous pourris;

ils revêtent leurs hauberts, lacent leurs heaumes à pierreries

et ceignent leur épée au côté gauche; 35-

ils moulent sur leurs chevaux rapides et fringants,

qui ne mangent plus ni foin, ni avoine, ni blé,

mais seulement l'herbe des champs, des sables ou des prés.

Ils pendent à leurs cous leurs forts écus à boucle,

prennent les lances raides aux gonfanons assujettis. 40

Une fois armés, ils sont bien quinze mille;

ils se divisent et se séparent en quatre corps.

Et le roi les recommande au corps de Dieu,

afin qu'il puisse les conduire et mener à salut.

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