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LE CHEVALIER AU LION

DE CHRESTIEN DE TROYES ( X 1 1 ° siècle)

Lutte de générosité entre Gauvain et Ivain.

Gauvain et Ivain ont lutte tout un jour sans se connaître; la nuit venue, ils cessent la lutte, se félicitent l'un l'autre, et, se demandant leurs noms, se reconnaissent.

Mes sire Ivains parla ainçois,

Qui moût estoit preuz et cortois.

Mais au parler nel reconut

Ses bons amis; car ce li nut 2

Qu'il avoit la parole basse 5

.Mon seigneur Ivain parla d'abord,

qui était très preux et courtois.

Mais il ne le reconnut pas au parler,

son bon ami. car cela l'empêchait d'être reconnu

qu'il avait la parole basse, 5

1. Mélange des deux discours. 2. 3« p. s., parf. indic. de mine.

Et la vois roe et foible et quasse;

Car toz li sans li lu meùz

Des cous qu'il avoit receiiz.

« Sire, fait-il, la nuiz aproche ! 10

Je ne cuit blasme ne reproche

I aions se nuiz nos départ.

Mais tant ' cli de la moie part

Que moût vos dot et moût vos pris,

N'onques en ma vie n'einpris

Bataille dont tant me dousisse, 15

Ne chevalier cui 2 tant vousisse

Gonoistre ne cuidai veoir.

Bien savez voz cous aseoir

Et bien les savez emploiier.

Ainz ne sot tant de cous paiier 20

Chevaliers que je coneùsse.

Ja mon vuel 3 tant n'en receûsse

la voix rauque et faible et cassée;

il avait eu en effet tout le sang remué

des coups qu'il avait reçus.

« Sire, fait-il, la nuit approche !

Je ne crois pas que blâme ni reproche 1<>

nous ayons, si la nuit nous sépare.

Mais je déclare pour ma part

que je vous crains et vous estime beaucoup,

que jamais en ma vie je n'entrepris

bataille où j'aie eu tant de mal, 15

ni que chevalier que je voulusse tant

connaître ne crus voir.

Vous savez bien asseoir vos coups,

vous les savez bien employer.

Jamais ne sut payer tant de coups '20

chevalier que je connusse.

L'eussé-je désiré que je n'en eusse pas reçu tant

1. Littéralement : mais seulement qui dans : Je sais qui je choisirai; Je dis de la mienne part. n'ignore pas a qui j'ai affaire.

2. C'est le cas régime du relatif 3. Mon vuel, locution adverbiale, qu'il faut reconnaître sous la forme

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