LE DIT DE L'HERBERIE
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Monologue d'un charlatan.
Bêle gent, je ne sui pas de ces povres prescheeurs ne de ces povres erbiers qui vont par devant ces moustiers, a ces povres chapes inaucousues, qui portent boistes et saches, et si estendent un tapis; car teus vent poivre et coumin et autres espices, qui n'a pas autant de saches cora il ont. Sachiés que de ceus ne sui je pas ; ains sui a une dame qui a non madame Trote de Salerne2, qui fait cuevre chief de ses oreilles, et li sourcis li pendent a chaaines d'argent par desus les espaules; et sachiés que c'est la plus sage dame qui soit es quatre parties du monde. Ma dame si nous envoie en diverses terres et en divers païs, en Pouille, en Calabre, en Tosquane, en
Belles gens, je ne suis pas de ces pauvres prêcheurs ni de ces pauvres herboristes qui vont devant les églises avec de pauvres chapes mal cousues, qui portent boites et sachets, et étendent un tapis ; car tel vend poivre et cumin et autres espèces qui n'a pas autant de sachets qu'ils en ont. Sachez que je ne suis pas de ceux-là, mais que je suis à une dame qui a nom madame Trote de Salerne, qui fait un couvre-chef de ses oreilles, et dont les sourcils pendent avec des chaînes d'argent par-dessus les épaules; et sachez que c'est la plus sage dame qui soit dans les quatre parties du monde. Ma dame nous envoie ainsi en diverses terres et en divers pays, en Pouille, en Calabre, en Toscane, en Terre de Labour, en Allemagne, en Saxe, en Gascogne, en Espagne, en Brie, en Champagne, en Bourgogne, en la forêt d'Ardenne, pour occire les bêtes sauvages et pour extraire les onguents, pour donner
1. Ce monologue, qui est mélangé de 2. Rutebeuf fait ici allusion à un
prose et de vers, n'a pas été probable- médecin célèbre au xic 6i'ècle de l'école
ment, comme beaucoup de monologues de Salerne, Trotola de Roggeri. du moyen âge, composé pour la scène.