Grands vaisseaux à portes, à huis
deseur Coslantinoble, a un palais qui eret l'empereeur Alexi, qui eret apelez l'Escutaire. Enqui se ancreerent les nés et li uissier et toutes les galies; et la chevalerie qui eret lierbergiee ou palais de Chalcidoine ala encoste par terre. Ainsi se herbergierent ' seur le Braz Saint Jorge, a l'Escutaire et contremont, l'oz des François. Et quant ce vit l'emperere Alexis, si list la seue ost issir de Constantinoble : si se herberja seur l'autre rive, d'autre part, endroit eus; si (ist tendre ses paveillons, pour ce que cil ne peùssent prendre terre par force seur lui. Ainsi séjourna l'oz des François par nuef jourz. et se pourchaça de viande cil qui inestier en eut; et ce furent tuit cil de l'ost.
Ils séjournèrent ainsi en ce palais le lendemain, et au troisième jour Dieu leur donna bon vent; et les mariniers tirent leurs ancres et dressent leurs voiles au vent. Ils s'en vont ainsi; en haut du Bras, bien une lieue au-dessus de Constantinople, à un palais qui était à l'empereur Alexis, et qui était appelé l'Escutaire. Là furent ancrés les nefs, les huissiers et toutes les galères; et les chevaliers qui s'étaient logés dans le palais de Ghalcédoine allèrent en longeant la terre. Ainsi l'armée des Français se logea sur le Bras de Saint-Georges, à l'Escutaire et en contremont. Quand l'empereur Alexis le vit, alors il fit sortir son armée de Constantinople; il se logea sur l'autre rive, de l'autre coté, en face d'eux; il fit tendre ses pavillons afin qu'ils ne pussent prendre terre de force sur lui. Ainsi séjourna l'armée des Français durant neuf jours ; et ceux qui en avaient besoin se procurèrent des vivres; et ce furent tous ceux de l'armée.
IX I I Ie siècle)
Mort de Henri II.
Henri II, dans une entrevue avec Philippe Auguste entre Tours et Azai, a conclu un traité humiliant; puis il vient à
1. Le verbe est au pluriel ayant 2. Poème historique anonyme oom-
pOur sujet le mot collertif »;. posé en Angleterre dans le premier
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Chinon, et là, Be Bentanl malade, il envoie, avant de mourir, demander au roi de France, qui la Lui a promise La Liste de ceux qui s'étaient engagés contre Lui avec bod ennemi.
Li rois I [enris a Chinon vînt, Mais teus domages i avint
Que puis n'i eut bien ne délit,
Ne puis ne leva de son lit.
Malades jut ou ' lit mortal :
Sin i soufrirent enui e mal
Et grant douleur cil qui l'amcrent,
Et qui avecques lui i erent.
Et nequedent moût vout savoir
Et moût vout en escrit avoir
Ceus qui erent ses contrempris,
Et qu'en eùst les nous apris.
A maistre Rogier Malchael
Qui lores portoit son seel,
Dist qu'il alast sans dernourance 15
A Tours deci qu'au roi de France,
Le roi Henri vint à Chinon; mais il lui y arriva tel dommage
que désormais il n'eut ni bien ni plaisir,
ni désormais ne se leva de son lit. 5
Il resta couché malade sur un lit de mort.
Ainsi en souffrirent tristesse et mal
et grande douleur ceux qui l'aimaient
et qui étaient avec lui.
Toutefois il désira fort savoir 10
et voulut fort avoir en écrit
ceux qui s'étaient engagés contre lui,
et en apprendre les noms.
A maître Roger Malchael
qui alors portait son sceau
dit qu'il allât sans tarder 15
à Tours jusqu'au roi de France,
tiers du xinc siècle et racontant la vie liant la minorité de Henri III. de Guillaume le Maréchal, comte t. Ou, en le.
de l'embroke, régent d'Angleterre pen- 2. Pour si en.
HISTOIRE DE GUILLAUME LE MARECHAL llî>
Que li felst en escrit mètre,
Si corne li plout a prometre,
Tous ceus qui erent ses empris,
Tant que leur nons eùst apris. 20
Maistre Roçriers ainsi le fist :
A Tours ala et si escrist
Trestous ceus qui empris estoient
Au roi de France et li avoient
Prorais a aidier de sa guerre 25
Encontre le roi d'Engleterre.
Maistre Rogiers ainsi le fist
Corn li rois comanda et dist.
Ci ne doit avoir demourance :
Prévenus fu deu roi de France 30
Maistre Rogiers, devant le roi;
Et il li dist que en secroi
Li recontast qui cil estoient
Qui chartres bailliees avoient
En leur seeaus au roi de France 35
Contre lui et en sa nuisance.
qu'il lui fit mettre en écrit,
ainsi qu'il avait bien voulu le lui promettre,
tous ceux qui étaient ses associés,
jusqu'à ce qu'il en sût ainsi les noms. 20
Maître Roger l'a fait ainsi;
il alla à Tours et inscrivit
tous ceux qui s'étaient associés
au roi de France et lui avaient
promis aide dans sa guerre 25
contre le roi d'Angleterre.
Maître Roger le fit ainsi
selon l'ordre et le dire du roi,
Là il ne doit pas rester plus longtemps.
Il revint de chez le roi de France 30
et se présenta au roi.
qui lui dit qu'en secret,
il lui révèle quels étaient ceux
qui avaient donné lettres
avec leurs sceaux au roi de France 35
contre lui et pour lui nuire.
Et cil en souspirant li dist :
« Sire, si m'aïst Jhesu Grist,
Li premiers qui est ci escris
C'est li coms Jehans vostre fis. » 40
Quant li rois Menris entendi
Que la riens ou plus atendi
A bien faire et qu'il plus amoit
Le traïssoit, puis ne dist mot !
Fors tant : « Assés en avés dit. » 45
Lors s'entourna devers son lit;
Li cors li frit, li sans le trouble
Si qu'il eut la couleur si trouble
Qu'ele fu noire et perse et pale.
Pour sa douleur qui si fu maie 50
Perdi sa memorie 2trestoute,
Si qu'il n'ouï ne ne vit goûte.
En tel peine et en tel douleur
Et Roger lui dit en soupirant :
« Sire, que Jésus Christ m'aide !
Le premier dont le nom est ici écrit,
c'est le comte Jean, votre fils. » 40
Quand le roi Henri eut entendu
que la chose à laquelle il s'efforçait le plus
de faire du bien et qu'il aimait le plus
le trahissait, il ne dit plus rien
si ce n'est : « Vous en avez dit assez. » 45
Alors il se tourna du côté de son lit;
Le corps lui brûle, son sang le remue,
tant qu'il eut la couleur si trouble
qu'elle devint noire et bleuâtre et pâle.
A cause de sa douleur qui fut si dure, 50
il perdit toute sa mémoire,
au point de n'entendre et de ne voir goutte.
Par cette peine et cette douleur
rime
1. La leçon du texte porte comme terre au moment où écrivait l'auteur.
..nie «mot-mot : amot, amont était l'an- 2. Memorie ne compte ipie pour trois
ciennc forme de l'imparfait de la syllabes et l'accent porte sur mo ; pro-
lre conjug., encore usitée en Angle- nonccz memorje.
Fu travailliés tresqu'au tiers jour1.
Il parloit, mais nus ne savoit 55
Prou entendre que il disoit.
Li sans li lija seur le cuer,
Si l'estout venir a tel fuer *
Que la mort, sans plus et sans meins,
Li creva le cuer a ses mains. 60
Moût le tient a cruel escole,
Et uns brandons de sanc li vole
Fegié deu nés et de la bouche.
Mourir estuet cui mors atouche.
Si cruelment corne fist lui. 05
A grant perte et a grantenui
Tourna a tous ceus qui l'amerent
E a tous ceus qui o lui erent.
Si vous dirai a peu de some,
Qu'onques n'avint a si haut orne 70
il fut tourmenté jusqu'au troisième jour.
Il parlait, mais nul ne savait 55
assez comprendre ce qu'il disait.
Le sang lui figea sur le cœur;
il lui fallut venir à tel point
que la mort ni plus ni moins
lui creva le cœur de ses mains. 00
Elle le tient à très cruelle école,
et un jet de sang lui sort
figé du nez et de la bouche.
Il faut mourir à celui que mort attouche
aussi cruellement qu'elle le fit pour lui. 65
Ce fut une grande perte et une grande tristesse
pour tous ceux qui l'aimèrent
et pour tous ceux qui étaient avec lui.
Je vous dirai en somme,
que jamais il n'arrive a si haut personnage 70
1. La rime du lexte est dolor-jor. devenue par suite de l'obscurcissement
"2. Fuer (lat. forum) signifie au propre du premier mol : au fur et a mesure;
prix, taux, proportion; de là la locu- ici fuer est pris au sens figuré d'état,
tion ancienne à fur. à proportion, de situation.
118 CHRBSTOMATHIE DU MOYEN AGK
Ce qui avinta son mourir, Car l'om ne l'eut de quoi couvrir, Ains remest si povre et estrange Qu'il n'eut seur lui linge ne lange.
Ce qui advint à sa mort:
car on n'eut pas de quoi le couvrir; Il resta si pauvre et si délaissé qu'il n'eut sur lui ni toile ni laine.