‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 67 sur 112 · Voir p. 50, n. 1. 3. Viande (lat. virenda), est eu ancien · texte numérisé non relu

Voir p. 50, n. 1. 3. Viande (lat. virenda), est eu ancien

2. Substantif verbal de convenir, ma- français, une sorte de collectif désignant nière d'être. tout ce qui sert à vivre.

VILLEHÂBDODIN lit

la vile, et faisons ce que Nostre Sire avra pourveiï. Car plus seùrement guerroie cil qui a la viande que cil qui n'en a point. » A cel conseil s'acorderent li comte et li baron, et s'en râlèrent tuit a leur nés chascuns et a ses vaisseaus./v

Ainsi ropouserent celé nuit. Et au matin, le jour de la feste monseigneur saint Jehan Baptiste, furent dreciees les hanieres et li gonfanon es chasteaus des nés, et les houces ostees des escuz, et pourtendu li bort des nés. Chascuns regardoit ses armes teus com a lui convint ; que de li sevent que par tens en avront mestier.

Li marinier traient les ancres et bussent les voiles au vent aler; et Dieus leur done bon vent tel com a eus convint. Si s'en passent très par devant Constantinoble, si près des murs et des tours que a maintes de leur nés traist1 on. Si i avoit tant de gent seur les murs et seur les tours que il sembloit que il n'eûst se la non. Ainsi leur bestourna 2 Dieus Xoslre Sire le conseil qui fu pris le soir de tourner es isles, ausi com se chascuns n'en eiist onques ouï parler. Et maintenant traient3 a la ferme

rallièrent les comtes et les barons, et ils s'en retournèrent tous chacun à leurs nefs et leurs vaisseaux.

Ils reposèrent ainsi cette nuit. Et au matin, le jour de la fête de monseigneur saint Jean Baptiste, on dressa les bannières et les gonfanons sur les châteaux des nefs, on ôta les housses des écus, et ou garnit le bord des nefs. Chacun regardait ses armes, telles qu'il devait les avoir, car ils savent sûrement que bientôt ils en auront besoin.

Les mariniers tirent les ancres et laissent les voiles aller au vent; et Dieu leur donne bon vent tel qu'il leur fallait. Ils passent ainsi jusque par devant Constantinople, si près des murs et des tours qu'on tira contre maintes de leurs nefs. Et il y ava.it tant de gens sur les murs et sur les tours qu'il semblait qu'il n'y en eût que là. Ainsi Dieu Noire Seigneur leur fit changer le conseil qui avait été pris le soir de se diriger du côté des îles; ce fut

1. 3" p. s. pnrf. de traire, tirer. 3. 3" p. s. iml. prés. Je unir

2. Le prolixe bcs (lat. bis) a souvent le sens péjoratif; cf. bénie.

terre plus droit que il onques pueent ; et prislrent port devant un palais l'empereeur Alexi dont li lieus estoit apelez Chalcidoines ; et fu endroit Constantinoble, d'autre part deu Braz, devers la Turquie. Cil palais fu uns des plus beaus et des plus delitables que onques ueil peiissent esgarder, de touz les deliz (jue il convient a cors d'orne, que en maison de prince doit avoir.

El li comte et li baron descendirent a la terre, et se herbergierent ou palais et en la vile entour; et li pluseur tendirent leur paveillons. Lors furent li cheval trait fors des uissiers1, et li chevalier et li sergent descendirent a la terre a toutes leur armes, si que il ne remest es vaisseaus que li marinier. La contrée fu bêle et plenlereuse de touz biens, et les moies des blez (qui estoient messoné) parmi les chams ; tant que chascuns en vout prendre si en prist, com cil qui grant mestier en avoient.

Ainsi séjourneront en cel palais l'endemain, et au tierz jour leur dona Dieus bon vent ; et cil marinier resachent leur ancres et drecent leur voiles au vent. Ainsi s'en vont contremont le Braz, bien une lieue

comme si personne n'en avait jamais ouï parler. Et maintenant ils vont à la terre ferme aussi droit qu'ils peuvent, et ils prirent port devant un palais de l'empereur Alexis dont le lieu était appelé Chalcédoine; c'était en face de Constantinople, de l'autre cote du Bras, dans la direction de la Turquie. Ce palais était un des plus beaux et des plus délicieux que jamais yeux pussent regarder, plein de toutes les délices qui conviennent aux hommes et qu'il doit y avoir en maison de prince.

Et les comtes et les barons descendirent à terre, et se logèrent dans le palais et dans la ville à l'entour; et la plupart tendirent leurs pavillons. Alors on tira les chevaux hors des huissiers, et les chevaliers et les sergents descendirent à terre avec toutes leurs armes, si bien qu'il ne resta dans les vaisseaux que les mariniers. La contrée était belle et plantureuse en tous biens, et les meules des blés (qui étaient moissonnés) étaient au milieu des champs; aussi chacun en prit tant qu'il en voulut prendre, comme gens qui en avaient grand besoin.

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