‹ Chrestomathie du Moyen AgeChapitre 72 sur 112 · Comparez quatre-vingts et li » Quinze-vingts · texte numérisé non relu

Comparez quatre-vingts et li » Quinze-vingts

rcpeii, en sa maison, de pain, de vin, de char ou de poisson, chascun jour. En quaresme et es auvens croissoit li nombres des povres ; et pluseurs fois avint que li rois les servoit, et leur metoit la viande devant eus, et leur trenchoit la viande devant eus, et leur donoit au départir, de sa propre main, des deniers. Meesmement mis hautes vegiles des festes solempnieus, il servoit ces povres de toutes ces choses desus dites, avant que il manjast ne ne beùst. Avec toutes ces choses, avoit il chascun jour au disner et au souper près de li anciens ornes et debrisiés, et leur faisoit doner tel viande corne il manjoit ; et quant il avoient mangié, il emportoient certaine somme d'argent. Par desus toutes ces choses, li rois donoit chascun jour si grans et si larges aumosnes aus povres de religion, aus povres ospitaus, aus povres malades, et aus povres collèges, et aus povres gentis homes et femes et damoiselles, a povres femes veuves et a povres menestriers qui par vieillesce ou par maladie ne pouoient labourer ne maintenir leur mestier; que a peine pourroit l'on raconter le nombre. Dont nous

de pain, de vin, de chair ou de poisson chaque jour. En carême et à l'avent le nombre des pauvres était plus grand, et il arriva plusieurs fois que le roi les servit, leur mit la nourriture devant eux, leur trancha la viande et leur donna, au départ, de l'argent de ses propres mains. De même, aux hautes vigiles des fêtes solennelles, il servait aces pauvres de toutes ces choses susdites, avant de manger lui-même et de boire. En outre il avait chaque jour à dîner et à souper près de lui des vieillards et des infirmes, et il leur faisait servir des mets qu'il mangeait, et, quand ils avaient mangé, ils emportaient quelque somme d'argent. Et plus encore, le roi donnait chaque jour de si grandes et si larges aumônes aux religieux pauvres, aux hôpitaux pauvres, aux malades pauvres, aux collèges pauvres, aux gentilshommes, femmes et damoiselles pauvres, et aux pauvres ménétriers que la vieillesse ou la maladie empêchent de travailler et de continuer leur métier, qu'on pourrait à peine en compter le nombre. Aussi pouvons-nous bien dire qu'il fut plus heureux que Titus l'empereur de Rome, à propos duquel les anciennes histoires racontent qu'il fut triste et affligé pour n'avoir pas un jour rendu quelque service.

pouons bien dire que il fu plus beneiireus que Titus li empereres de Rome, dont les ancienes escriptures racontent que trop se doulut et fu desconfortés d'un jour que il n'avoit doné nul bénéfice.

(xivc siècle)

Les six bourgeois de Calais.

Lors se parti des crestiaus messires Jebans de Viane ', et vint ou marcbié, et fist sonner le - clocbe pour assambler toutes manières de gens en le haie. Au son de le cloche vinrent il tout, hommes et femmes, car moult desiroient a oîr nouvelles, ensi que gens si astrains3 de famine que plus n'en pooient porter*. Quant il furent tout venu et assamblé en le place, hommes et femmes, messires Jehans de Viane leur remoustra moult doucement les paroles toutes teles que chi devant sont récitées3, et leur dist bien que aultrement ne pooit estre, et euissent sur ce avis et hrief response. Quant il oïrent ce raport, il comencierent tout a criier et a plorer telement et si amèrement qu'il ne fust nulz si durs coers ou monde, se il les veist et oïst yaus 6 démener, qui n'en ■euist pitié, et n'eurent en l'eure pooir de respondre ne de parler. Et mesmement messires Jehans de Viane en avoit tel pité que il en larmioit7 moult tenrement.

Une espasse apriès, se leva en pies li plus riches bourgois de le ville, que on clamoit sire Ustasse de Saint Pière, et dist devant tous ensi : « Signeur, grans

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