DES NOMS PROPRES
132. D'après ce que nous avons expliqué ci-dessus, nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'établir des classes parnii les noms
cominuus'; mais ii eu est autrement des noms propres, qui forment un groupe très- intéressant dans ia langue égyptienne. Dans le système graphique, la présence d'un nom propre est signalée habituellement par l'addition du signe ^^^ a homme t) ou jLf « femme; fl quelquefois s, pour un grand personnage ou ^j , surtout pour un défunt^. Les noms royaux sont enveloppés du cartouche.
On remarque, particulièrement aux plus anciennes périodes, une certaine quantité de noms propres qui ne sembleraient pas autre chose que la reproduction des premières syllabes balbutiées par l'enfant. C'est ainsi qu'on rencontre souvent II |IZ^â6â, '^l'^l Tàtà, f^ 7V, pipll Pàpi, etc.^ Mais il* existe, môme sur les plus anciens monuments, une quantité de noms propres dont la signification est facile à reconnaître. Les uns, de la forme la plus simple, sont empruntés soit au nom d'un animal ou d'une plante,
soit à un qualificatif simple ou composé : I^ Nefer crie bom^
et [IX^ Se-neferu crie bienfaisant. -n D'autres réunissent plusieurs mots, comme 1<=>I Nefer-t-àri cr celle qui fait le bien*,?)
' Nous avons donne , aux dëlenninatirs gënërîques , la liste de ceux qui forment de véritables chapitres parmi ces noms, comme ^ pour les astres, Vj^ pour les hommes, "^ pour les quadrapèdes, etc.
(Voyez ci-dessus n"" 91.) Champollion a introduit aux n" 78-110 de sa grammaire de longues listes de substantifs ainsi classes. Très-utiles audëbut de la science, ces listes appartiennent aujourd'hui au dictionnaire. Les commençants les consulteront avec grand profit; ils doivent néanmoins se tenir pour avertis que, dans Tétat où rillustre auteur a laisse sa gi*ammaire, plusieurs de ses transcriptions ne sont que des mots coptes mis provisoirement en regard des hiéroglyphes dont le sens lui était connu, ou des lectures pre-
mières que les progrès de la science n'ont pas cbnGrmées.
' Comparez Champollion , Grammaire, n" 111-199.
^ Ces noms sont sm'tout fré({uents h la V* et à la VI* dynastie, mais on en rencontre à toutes les époques.
* Probablement l'analyse de ce nom serait rrla bonne de lacté.?) Nous avons choisi a dessein le mot J nefer, élément des noms propres les plus variés. Dans J^ 1 t'a-nefer je crois qu il est fîguratif et qu'il signiJie rrle teneur de lulh;« c'est le nom d'un astérisme et de divers individus. On trouve souvent ce personnage sur les scarabées gravés, sous la figure d'un singe tenant le luth nefer.
12 CHRESTOMATHIK ÉGYPTIENNE.
I ^nefer-holep <? celui qui est joint au bien, t) Certains noms
sont des devises complètes : jifiJ (if A^«*i-*w^^w«x ^ ^'^^ ^^^®
la salles (nom d'une dame), ^j-^ V l^r^ Next-em-uast, «victoire à ThèbesT) (nom des chevaux de Ramsès II).
133. Une classe considérable de noms propres a été formée, dans tous les temps, à laide des noms divins ^ Ce sujet exigerait un traité spécial; nous nous bornerons ici aux principales règles de leur composition.
Les noms divins eux-mêmes sont d'abord reconnaissables à leurs déterminatifs , qu'on trouve souvent conservés même dans les noms propres dont ils font partie. Ce sont, d'une nianière générale, J et plus tard |, ou d'une manière spéciale, la Ggure symbolique de
I ^ U||U1|I A ^ Il|t||l|l M k ^^MM¥VM^ ^ A
chaque divinité : I"" J ou bien l^"lj Amun, I m mj
ou I m ^ Anpu ^ hnnhis ^ fi | J ^^ | J ^«-^ «^ Isis. -n
Les .premiers noms des dieux sont en général aussi simples de forme que ceux que nous venons de citer; mais ils sont souvent remplacés par des qualifications dont la liste est très-nombreuse et encore fort incomplète. Ainsi m 9 J Pto/l sera appelé I J n^-har rie dieu au beau visage. tî Osiris a mille noms divers, dont les plus communs sont ^^ I J ww-n^^ cr l'être bon (par excellence) î) et j^^ - urel-[àb) «r celui dont le cœur est dans un parfait repos. T)
Outre ces appellations mythiques, les dieux sont fréquemment désignés par les villes ou les nomes dont la seigneurie leur était spécialement départie; c'est ainsi que '''■^^^^^O ^^ sesennu ffle seigneur de Sesunn (ou Hermopolis inagna) est le dieu Tholh. D'autres sont d'une analyse plus difficile : xjf*^^"'*^ res-sebli-f est un nom de Ptah qui signifie crLe mur du midi est à lui;?? probablement une partie importante de son temple à Memphis.
* Voy. Ghampoliion , Gramm, n"" i3o et siiiv. Brugsch^ Gramtnaire démotique, n' 96.
134. L'étude des diverses classes de noms divins était doublement nécessaire , parce qu'elles se retrouvent dans les noms propres qu'elles contribuent à former. L'intention d'établir un lien pieux entre une divinité et le personnage nommé est constatée par des formules assez variées; voici les plus usitées.
L'emploi du radical ""^ hotep^ en copte ^a\TîT, «joindre, être uni,T) est très-fréquent, soit qu'on fasse suivre immédiatement le
^""^^^i Amenhotep (Amenophis), 'entremise d'une préposition , exemple :
H }J hotep-her-mât tr joint à la justice,^ surnom du vo\ Merenptah.
Le verbe meri craimen) se présente avec les mêmes particularités; on trouve également les deux formes x r II m^ Pla^-meri et V Q M^ Merenptah. Mais, dans le premier cas, les va-
riantes prouvent que le nom divin n a souvent été écrit en tête du nom propre que par un motif de préséance et qu'il faut, dans la prononciation, le remettre à la (in. C'est ainsi que le surnom spécial du grand Rarasès Iç III 7*77 Mertrâmun doit être prononcé de cette manière, quoique les variantes donnent habituellement la priorité au nom d'Amon, 9ic : l^^zn^: àmen meri.
La particule ^"^ nos (rattaché à?) se met avant le nom divin :
¥M^ ^^^"'XM^ «r l'attaché à Chons^-n Ces noms s'appliquaient aux deux sexes; la combinaison avec III neferu tries grâces i> parait réservée à des noms féminins, exemple : fotitj Râ-neferu et, par inversion, Nefet^i-^â cr grâces
du soleil, T) et fjJJ*^ j Neferu-sehek «grâces de Sebek^n noms
portés par deux reines égyptiennes^.
' Comparez, poar ces noms, Cham- recliBëedanslatable même, oùlen*" iiS
pollion, Gramnulire, n"* i3i, et Bnigsch, est consacré aux noms propres avec net.
Grammaire démotique, n** 1 15. C'est par et dans le tableau général au n** 19a , où
suite d'une inadvertance que dans ce nu- le même sigie correspond régulièrement h
méro le side démotique initial est inter- ^^ nos, ou nesa.
prêté par «^ se trfils.D Cette erreur est * La fille du roi Horus portait un nom
14 CURESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.
L'atlachemeiit au dieu est aussi marqué plus brièvement par la finale II t\ qui forme des adjectifs dérivés d'un substantif, et des noms verbaux; exemples : | ^^ ||^^^ Ameni (rTAmonien,!? Jil M^ i&<i crie dévoué à Setv (ou Typhon). Peut-ôtre l'intention mythique de cette finale était-elle d'établir un rapport supposé de filiation ^
La forme composée avec l'article possessif /?a, to, très-usitée aux basses époques, comme dans les noms '^Ç^Il ff^ J m^ ^**" mont y I jL I J Ta-isi ce celui de Month, celle d'Isis,i7 est relativement moderne.
135. Le nom choisi pour l'enfant témoigne souvent la reconnaissance des parents, qui le considèrent comme un don divin. La formule initiale . jpM^ ^1^ don,^ n'est pas très -ancienne;
^ ^^^ Pe-tU'jHTà crie don du soleil^?) est reproduit exactement dans le nom biblique ynoTiiD Puliphra. Dans les noms bilingues gréco-égyptiens, cette initiale est transcrite par tsstv et tsere ou
Une forme féminine, correspondant à la môme idée, se tirait de la finale •<«>- A I àr-tors cra donné elle;?) exemple : !^^.<^e>. Ail Ma-t-àrtas v^Mor-t (la mère) l'a donnée. ^
136. C'est par suite de la même idée que les noms propres établissent souvent des rapports de filiation avec les dieux. La forme la plus récente est celle des initiales B 3) a**^^ ^-se-n crie fils de,fl ^^^ 3)^ ta-^e-i-n cria fille de\T) Les noms d'une
de forme analogue, a j||j^ J, quon des plus bas temps. (Voyez Champollion,
doit lire, par inversion du nom sacré, iVe- Grammaire, n° i6i.)
(em-t-mort. Il signifie rr délices de Maulh.» ^ Les Grecs, dans les noms bilingues,
' Comparez les ethniques sémitiques transcrivent le masculin par ^sv et le fé-
parla finale i, et les finales lo^, tus, minin par to-£v; mais cette dernière leçon
' Les formes avec l'orthographe Ji^, est rare et plus récente. Les noms propices
J^ pâ, /à, citées par Champollion, sont conservent souvent des formes archaïques;
plus ancienne époque sont écrits sans article et sans particule, comme ^^ '^ ^^^ Se-hathor crie fils d'Hathor. -n
La règle d'inversion que nous avons indiquée ci-dessus s'applique ici très-souvent; exemple : '^ fcj^ J Hathor-se-tj qu'on doit lire Se-t-hathor^ ainsi que le prouvent les variantes.
Cette règle d'inversion s'étend à des noms plus compliqués, surtout dans les cartouches royaux, oii il était de style de mettre un disque solaire au sommet; c'est ainsi que le célèbre cartouche doit être lu imiiii [J jj [J O i^/^w-fcaw-râ *; toutefois cette inversion ne doit être adoptée dans la transcription que lorsque les variantes l'ont clairement autorisée, car il est des noms propres oh le nom divin reste initial , quoique le sens semble y indiquer l'inversion.
La finale ||| M mes «r engendré , né , a ne donnait pas lieu à l'inversion; exemples : [|| [i «^ ^Am«», transcrit A {xcoeri?, Afia- (xts.et T^ lllr M^ Tutmes. Ces noms, et surtout celui d'Ahmes^ sont masculins et féminins^. Le célèbre nom de Râmses est l'abrégé de la formule plus complète O (u 1'^% Rânnes-^u (rie soleil a enfanté lui;fl c'est sous cette forme que se présente le nom de Ramsès I«'*.
137. Les rapports de l'homme avec la divinité sont encore in-
aussi la transcription ordinaire des noms féminins de cette classe, qui sont trèsnombreux, est-elle aev, en se conformant à la prononciation ancienne, qui n'admettait pas Fartide dans ces composes:
exemples veviàts , vsvTrorjpiç, etc. (Comparez Brugsch, Gramm. démotique, n° 1 17.) ' Ce nom est transcrit dans Mandthon Meneheres; on le trouve réellement écrit dans Tordre de la prononciation, MenkaurTà, dans les deux vei'sions hiératique et démotique du papynis Rhind, expliqué par M. Brugsch.
* Le nom de la lune, -t" ^•-- àh, était masculin comme le copte 5>5>^ ; Tapplîcation si fi^quente de ce nom aux femmes prouve qu'on ne doit pas traduire Ahmes par (rie jeune Lunus;» il faut entendre, suivant nous, malgré l'inversion, crie fils ou la fille de Lnnus ou de tel autre Dieu.»
^ II est possible que cette légende, réduite au nom propre, soit elle-même abrégée de la légende du soleil ^ (1) P 1 ^P^ mes-su't'es-f «qui s'enfante luimême, y*
IG
diqués par dautres formules plus compliquées et d'une grande
variété. Voici quelques exemples de ces noms qui devaient donner
lieu à des abréviations de toute espèce dans Tusage ordinaire :
^~ I ^^i Amun her-y^epes-f cAmon (est) sur son glaive, tî
"^t^ fl' ^ ^^i Prà-her-unami'f ffVra (est) sur sa droite, tî
V— i\l ^^fx NexJt-har-heb «rLa force de THorus de Heb (Necta-
bes) , 7) 1 ^^k ® ^ U^ Sam-tolir-taf-fiext <t (Le dieu) qui a
réuni les deux pays ^ est sa force, y)
Ces formes conduisent à Tintelligence d'autres composés où le nom du dieu protecteur reste sous-entendu *. Cette classe est trèsnombreuse; nous indiquerons seulement, comme application de ce principe, -*^|l t il U^ Taf-ney^t-ta trsa force, ou sa victoire,!)
fl j ¥^,p.^^J^ Senelhf tr son salut, n Dans M I u ^-*-^ ^^^ Senebsert trieur salut, 7) les dieux protecteurs étaient au pluriel. Il en était de même dans | M ^^^ Usur-t-sen «rieur puissancf^ , t)
nom célèbre sous la XII* dynastie.
138. Les dénominations divines elles-mêmes composent une classe de noms propres très-étendue. Les Egyptiens n'hésitaient pas à s'attribuer ces noms ; il y a cependant ici une distinction essentielle à faire; on n'osait pas, même dans la famille régnante, prendre d'une manière absolue le nom du dieu suprême. Nous n'avons rencontré, dans l'antiquité, aucun personnage qui se nommât simplement Aman ou Plah^ ni même Osiris', tandis que les
* C'est un des noms royaux d'Horus; il rappelle sa souverainetë sur les deux parties de l'Egypte, après la défaite de Set.
* Hérodote est témoin du scrupule qu*on attachait à la prononciation de certains noms divins. Il y avait peut-être aussi, dans ces réticences, le désir de ca-
cher aux puissances ennemies le vrai nom du dieu protecteur.
^ Cette abstention n'existait plus dans les derniers temps ; M. Brugsch cite même , dans sa grammaire démotique, les noms d'Amon et de Ptah; Amon se trouve parmi les noms des Coptes. (Voyez Brugsch.
Grammaire démotique, n" 1 1 1 . )
divinités secondaires, telles que Horus, x^yns, l-m-hotep et même Isis, pour les femmes, sont mises largement à contribution. Toutefois on se permettait les formes particulières et les surnoms des personnages divins rappelés ci-dessus. C'est ainsi qu'on trouve fréquemment I™* \k — ■ ^Q^ Ametirem-ha-t (t Amon au commencement, tî ItIIIt jkl /^ dans Ap (partie de Thèbes),?) .<s>w | ^^ ^^1 Asàr-ueri [Oaropœvpis) «rOsiris le
Grand, 7) jl u^ Piahrnefer (rPtah le bon.-n On rencontrera également les surnoms affectés aux mêmes dieux, tels que .^^1 «^ UnnefeTy 1 ""^ u^ Nefer-Kotep^ nomsd'Osiris, et T ^"^kNefer-har^ surnom de Ptab, dit (rie dieu au beau visage. t^