DE L'USAGE DU CARTOUCHE
139. Le cartouche, qui semble une sorte de nœud, ( i ou [], et que nous avons signalé comme renfermant les noms royaux, s échange dans l'écriture avec le mot ^S re», en copte Ti-p&K '«fie nom.-n On ne sait pas au juste l'origine ni le vsens de cette distinction, qui appartient à la plus haute antiquité pharaonique; mais il est certain que c'était un signe de royauté. On trouve r^ même le cartouche entourant le mot j M (rroi.^ Dans les v^U monuments plus modernes, on le rencontre à tout instant avec l'expression officielle de la royauté : Tlp^-âatr la grande demeure, le palais, T> qui s'écrivait plus anciennement Y A M ^^^ double
grande demeure. ^ Les trois caractères qui terminent le groupe,
+ A n, sont l'abrégé de la formule <¥• ^ % é jK.1 I ^^^ ^*^ sen^b ffla vie, la santé, le salut. ^^ On les ajoutait comme un sigle honorifique soit aux cartouches eux-mêmes (ce qui était la règle absolue dans l'écriture hiératique) , soit aux mots comme hek <t roi, t^
* Comparez Champoliion , Grammaire , cartouche dans les sigles dëmotiques , voy. n" 187 et suivants. Pour les dëhris du Brugscli, Grammaire, n'* io5.
l^ mh (T seigneur,^ ou f ' hon-fr^sa majesté, i) qui inlroduisaicnt dans le discours la personne royale. Les variantes montrent qu'en pareil cas les signes 4^ | Il ne devaient pas être prononcés.
La légende royale, complètement développée, comprenait deux cartouches; le premier renfermait le nom d'intronisation, devise choisie par le roi en montant sur le trône; le second cartouche contenait le nom propre du prince, augmenté souvent à la même occasion d'une qualification religieuse telle que 17™^^=^ Il w^àmen (rianné dAmon,T),jV-^ ^ ^^t^ enra cri approuvé de Ra,^ etc. ou relative au siège plus spécial de sa puissance ou de son affection, comme | îl ww^ hek an tr divin roi d'An (Héliopolis) '. n
Les cartouches sont quelquefois très-chargés de ces noms et qualifications accessoires, et, les caractères y étant disposés pour la régularité du dessin, il devient très-difficile de rétablir l'ordre naturel des mots. Il faut alors se guider par l'analogie des noms propres et des qualifications qu'on retrouve ailleurs isolés. Souvent aussi une variante hiératique, dans laquelle l'écrivain n'avait plus à se préoccuper de l'aspect, du cartouche, vient au secours de la lecture. C'est ainsi que ChampoUion^ a heureusement expliqué le" cartouche d'un des derniers Ramsès. La variante en écriture hiératique l'amène à décomposer cet ensemble de la manière suivante :
^lU
Bâmeses y^à em uns tnerer âmen nuter hek m.
' La légende officielle du Pharaon, qui devint plus compliquée de siècle en siècle, comprend divers autres sur^ noms. Un seul mérite d'être signale ici au point de vue graphique, c^est la devise de renseigne, qui était censée tracée par le dieu Thoth, et qui, dans les textes ornés, s'é-
crivait souvent dans la figure même de Tétendard, ka ncyt meri mâ-t rrle taureau puissant, ami de la vérité, i^ devise de Ramsès le Grand. Cette bannière était toujours surmontée du dii^e solaire et de répervier couronné, rappelant la royauté d'Horus \^,
* Voy. ChampoHion, Gramm, n' i4o;
On trouvera en effet, séparément, dans les monuments du même temps, soit le nom propre RmneseSy soit les qualifications ^â em têos (T régnant en Thébaîde,?) merer àmen tr chérissant Amon,^ et nuter hek an «divin roi de la ville de An K'n
Les reines recevaient aussi régulièrement cette distinction; quelquefois même on leur attribua les deux cartouches, probablement pour constater qu'elles possédaient de leur propre chef le droit à la couronne ^. On ne trouve le cartouche enveloppant le nom des princes que très-rarement, et peut-être pour marquer une véritable association à l'autorité souveraine. Les dieux qui étaient censés avoir régné en Egypte, commeV^ J«m, Osiris et Hor us , avaient droit, à ce titre, au cartouche pour renfermer leurs divers noms royaux; exemple : Un-nefer (Osiris).
Les exceptions à la règle que nous venons d'énoncer sont de deux sortes; premièrement le cartouche est quelquefois omis, peulrêtre par négligence de l'écrivain ; c'est ainsi qu'une stèle du musée de Leyde écrit fcP n ^ se râ àntefy «rie fils du soleil Antef , Ti le nom d'un roi de la XI^ dynastie.
En second lieu, la présence du cartouche n'annonce pas toujours la personne royale elle-même ; on composait des noms propres avec les noms royaux comme avec les noms divins, et par des motifs analogues; souvent alors on conservait le cartouche. C'est ainsi que la légende y JJjJJJ ^-;fjj M I Ameti^^m'ha-t'Seneb n'indique pas la présence du roi Amenem/iart; c'est le nom d'un personnage de son temps nommé AinenemhM-seneh. (of-^jM-r ^ Rà-uah-het-^ny^^^ nom très-usité vers la XXVI* dynastie, est composé avec le premier cartouche de Psamétik I*' et l'addition ân;^ cr vivant. ^ C'est
observez que rëcrivain hiératique ares- ^ Ce nom s'appliquait à plusieurs villes;
titné la particule de flexion ^= m^ qui Hëliopolis, Dendërah et Hermontliis se
manquait dans le cartouche grave; le nom Taitribuaient toutes les trois, complet exige en effet cette particule, x^ * ^^ P^^^ ^i^^r comme exemples, la
em-tuM est le nom d'un fils du grand reine Ha-t-iep-u, soeur de Tutmès III, et
Ramsis. Amenàr-tas, belle-mère de Psamétik 1".
20 CHUESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.
surloul à la XH*^ et à la XXVP dynastie qu'on remarque ces particularités.
140. Les noms propres étrangers s'écrivaient par les caractères phonétiques de toute espèce, mais le détermina tif les signalait à i attention. Le plus ordinairement, c'est le déterminatif générique 1 qui leur est appliqué; souvent aussi, dans les textes gravés, la figure de l'homme qui termine le nom porte les caractères généraux de la race à laquelle il appartenait et la coiffure spéciale de sa nation ^ . Pour la transcription régulière de ces noms, il faut étudier soigneusement la correspondance qui peut exister d'une manière plus ou moins exacte entre les articulations égyptiennes et celles de la langue à laquelle appartenait le nom à déchiffrer, lorsqu'on a sur ce point des données suffisantes \
141. Les noms propres de lieux sont composés, au point de vue graphique, d'une partie phonétique et d'un déterminatif qui varie suivant la nature de la localité. Ainsi que nous l'avons dit, k^ est spécial pour les montagnes et les vallées ; l^l^ le remplace, mais il désigne aussi sans distinction les contrées et nations étrangères; i — ^ représente une île, il s'applique aussi à diverses régions terrestres ou célestes; TfflF est affecté aux nomes égyptiens et à tout territoire régulièrement divisé ; ^^ et 33 , outre les eaux de toute nature, déterminent les lieux bas, frais, arrosés, et, d'une manière plus générale, les lieux cultivés et habités; Q représente les villes, villages et lieux habités. Enfin, le signe CTTl est commun aux lieux de toutes sortes et à toutes les demeures.
* On distingue toujours soigneusement leurs liens; mais on se contente souvent
1 1 ikl* j i« 1» A • ^fi> d'un seul de ces caractères,
le nèifre ^fv de I nomme d Asie TK , . , , , . ,
/^ JLLl^ ' Nous avons donne ci-dessus, aux
par son costume , sa coilTure , le galbe de n**' â 5 et suivants , les règles pour la corres-
son profil et aussi par les plantes symbo- pondance des lettres (^^yptiennes avec les
liques du nord et du midi qui terminent articulations sémitiques et Talpbabet grec.
Le nom d'une ville ou d'un temple composé avec le mot V 1 hâ-t cr demeure n s'écrivait souvent dans l'intérieur de cette encemte rectangulaire; exemple : hârtrRéMnenr-mâ^t (rla demeure de Rârmenrmâ (ou Séti I^');^ ces sortes de légendes prennent quelquefois un très-grand développement, c'est d'ailleurs la forme la plus usitée pour les noms des temples ^
Outre les noms vulgaires, chaque ville avait un ou plusieurs noms sacrés qui rappelaient soit l'habitation de son principal dieu, soit un événement mythologique dont le souvenir lui était attaché. Les premiers sont très-nombreux ; voici des exemples de leui*s diverses formules : ^ pâ-râ «rla demeure de Ra (Héliopolis), t? I hàrt-net «la demeure de Neith (Saïs),Ti Lj | i 8^ ^^ "kfh-ptai^ «rla demeure de la personne de Ptah (Memphis),!)©
^'"''■10 nii-r-dm^fi cela ville d'Amon*,T) ^|f o llOi ^ 2^
portimp^nri^ «rla ville d'Horus,Ti en copte '^JUiH^tup, (Damanhour). On peut citer, comme exemple de traditions mythiques, ^1 *^ ^k Ç Ç^x^^^ ^^^ combat, localité voisine d'Héliopolis '. a On trouve encore une quantité d'autres noms qualificatifs qui composaient pour chaque ville importante des listes assez étendues; plusieurs de ces noms étaient usités à la fois et cités dans le même texte, ce qui devient la source de grandes difficultés pour l'identification de certains noms antiques avec les localités ^.