Nous avons parlé d'une troisième méthode, qui consiste
rait dans la négation ordinaire, différenciée simplement par le ton de la parole. Si je dis à quelqu'un : Vous n avez pas fermé la porte? laccentuation pourra faire, de cette phrase, une négation simple, une exclamation ou une interrogation. Les notions générales de la grammaire donnent à penser que ces tournures se présentent dans la plupart des langues; mais la théorie ne suffit pas, si raisonnable qu'elle soit, il faudrait prouver, par les textes, que telle locution a été réellement usitée en égyptien. Nous ne pourrons citer ici que très-peu d'exemples et aucun n'est d'un caractère incontestable.
T^ se rencontre au Papyrus Anastmi dans les conditions suivantes : le maître parle à son disciple d'un sentier difficile (au moral), il conclut ainsi : ^ i Ç flw rer^h m crue le sais-tu
pas ' ? 7)
Quant à la négation ^oaz V , on a cité souvent la phrase du Pajiyrus Anastasi n^ â, adressée au scribe :
tem-ek- fai tnesta.
Ne portes-tu pas la palette?
Ce sens paraît bien naturel , malheureusement le texte est très-corrompu dans le duplicata du Papyrus SaUier\
La stèle de XemmeSy au musée du Louvre, contient la phrase suivante, dans l'hymne a Osiris' :
tem uer-u ma kethsen ndc dm.
Les graads et les petits (des hommes) ne sont-ils pas à toi?
' Pap. Anastaêiyl^ tfi^'j.Onfoximii parait beaucoup meilleur que celui du
comprendre ce membre de phrase dans Pop* Saiiier, 1 , 6 , i o ; il milite en faveur
le sens de irtu ne le connais pas.n du sens intentigatif.
' Le texte (P«p. Anagtngi, II, 7, ij ^ Musée du Louvre, stèle C. 918.
lAO CHRESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.
La position de tem ne nous engage pas à la rapporter ici au radical temu crètre complètement, t^ l'interrogation est plus probable.
411. Remarque. — On voit que cette question reste ouverte et aurait besoin de preuves très-claires pour chaque négation : nous n'avons trouvé aucune phrase de ce genre pour justifier le sens interrogatif donné à f)en et bu (sans particules) par divers auteurs. Nous citerons la phrase suivante, pour montrer avec quelle précaution on doit procéder dans cette recherche. Elle est tirée du discours du prince de Kheta au prince de Katiy qu'il invite à venir visiter Ramsès W ; c'est de ce roi qu'il parle ainsi :
"/eta em. hiu-f uâ bu sep en nuter uiennu-f
hu pelerà-f mu na pe-t àurf em biu en rà user ma ànx ufa senh.
Ce passage a été traduit dans la supposition de bu interrogatif, mais la négation simple nous paraît donner un sens plus satisfaisant et nous proposons de le rendre ainsi : (r (Le pays de) Khet est dans les esprits (du roi) seul, aucun (autre) dieu ne reçoit ses ofr fraudes; il ne contemple plus l'eau céleste, il est dans les esprits de Râ user ma. -n C'est une flatterie de l'écrivain pour le Ramsès divinisé. La série des négations j Ç interprétée par M. Ghabas, dans le Papyrus Anastasiy comme interrogative, a été comprise dans le sens ordinaire par MM. Brugsch et Devéria, et nous sommes de leur avis sur ce point du débats
^ Pap, Anaêtasi, II, 3; et IV, 9, com- ptar-ek-sen ter mesuk trlu ne Tas pas vu
pares : ies points • sont rongées et mar- depuis que tu es në.i) Elle nous semble
quent ia séparation des versets. assurer la marche de tout le discours,
* Voir ci-dessus, n' 38 1, la phrase hu dans le sens de la négation ordinaire.
Ul
Nous avons joint à chaque article la partie la plus élémentaire de la syntaxe des verbes, il nous reste à exposer certaines modifications de temps, qui dépendent du jeu des conjonctions et de la position des membres de la phrase ; nous en ferons l'étude dans les numéros suivants'.
* Tel ëtail.Ie projet de l'auteur de Y Abrégé grammatical; malheureusement sa fin prématurée Ta empêche de le mettre à exécution. Le manuscrit du IIP fasci-
cule était complètement terminé : c est ce qui m'a permis d'en poursuivre la publication , et je n'ai eu pour ma part qu'à en corriger les épreuves. (V** J. de Rongé.)