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Chrestomathie égyptienne

Lorsqu'une mort prématurée vint, à la fin de Tannée 1872, enlever si subitement mon père à Taffeclion de sa famille et briser une carrière scientifique dont on pouvait encore tant espérer, le manuscrit du IIP fascicule de Y Abrégé grammatical était complètement terminé : des circonstances indépendantes de ma volonté en ont jusqu'à ce jour retardé la publication.

UAhr^é grammatical est le résumé des cours du Collège de France, dans lesquels mon père, à deux reprises différentes, développa devant ses auditeurs les règles fondamentales de la grammaire égyptienne. Ceux qui ont suivi ces leçons se souviennent encore de la maturité qui présidait à leur préparation comme de la prudence que le professeur savait y apporter, prévenant avec un soin jaloux des doutes qui pouvaient subsister dans son esprit, et signalant toujours les points où Tinsuffisance de nos connaissances ne permettait pas de poser des règles définitives. En particulier, au sujet de la syntaxe de la grammaire égyptienne, il répétait souvent que, pour le moment, il fallait se contenter de tracer quelques règles générales, en laissant aux travaux de l'avenir la tâche de combler les lacunes par l'étude plus approfondie des textes déjà connus et le déchiffrement des inscriptions nouvelles.

Ces leçons du Collège de France, en dehors do Initéret scientifique, ont laissé dans mon cœur des souvenirs que j'ai

Il AVANT-PROPOS.

le devoir d'exprimer ici. Ce (pu frappait tout d'abord, ce me semble, citait la clarté la plus parfaite dans la démonstration, unie à une modestie incroyable. 11 y avait pour moi je ne sais quelle émotion profonde, lorsque j'entendais celui qui venait d'élucider des textes les plus difficiles ou d'exposer d'une façon magistrale quelque règle de grammaire jusque-là restée obscure, avouer simplement et sans embarras que tel passage restait pour lui lettre close ou telle tournure de phrase sans explication satisfaisante. Il y a dans ce fait un grand amour de la vérité, une abnégation de soi-même assez rares pour mériter qu'on les relève; aussi est-ce avec une joie bien vive que j'ai vu dernièrement un de ses auditeurs les plus assidus rendre un hommage public, dans la préface d'un de ses livres, à la mémoire scientifique de mon père et particulièrement à la méthode suivie par lui dans ses cours du Collège de France; cet éloge a été fait par l'auteur en des termes tels, que je veux ici lui en témoigner ma reconnaissance.

Il y avait en effet dans cette méthode une telle prudence, dans les résultats qu'elle produisait une telle sûreté, que si l'on voulait dresser la liste des connaissances nouvelles introduites par mon père dans la science, et qui s'y sont maintenues malgré les progrès si remarquables de l'égyptologie, cette énumération serait longue et bien remplie. D'ailleurs ne suffirait-il pas à sa gloire, comme le disait naguère M. Grébaul, ce d'être resté le représentant le plus autorisé des études que cfson génie seul avait sauvées après la mort de ChampoUion. -^

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