SECTION TROISIÈME
DES MODIFICATIONS DU RADICAL EN G^NiIrAL.
253. Les raols de la langue égyptienne, et plus particulièrement les verbes, se présentent quelquefois sous des formes où le radical a subi diverses additions, tout à fait indépendantes de celles que produisent les affîxes. Ces additions se divisent très-naturellement en deux classes : les unes, analogues au produit du travail intime qui, dans les langues sémitiques, a fait passer une partie des ra-
' Les numëros de cette livraison ne sont, pour le fond, que la reproduction des leçons professées pour la première fois, il y a douze ans, an Coll^ de France, et qui ont été renouvelées depuis devant une seconde série d'auditeurs; mais nous n'avons pas néglige de mettre cette partie de la grammaire au niveau de la science, soit par le choix de meilleurs exemples , soit par Tétude des formes nouvelles, révélées par les publications de ces dernières années.Tra vaillant d'après les mêmes principes, nous nous sommes rencontré fréquemment avec les savants qui ont élucidé divers points de la gram-
maire et notanmient avec M. Maspero dans ses études récentes sur le verbe ^yptien. C'est pourquoi nous croyons devoir constater ici particulièrement que tout ce qui concerne la génération du verbe copte a été développé dès nos premières leçons.
On trouve d'ailleurs, dans tous nos ouvrages, des applications de cette doctrine, depuis le Mémoire sur V inscription d'Ahmis, où nous avons indiqué dès i85i (voyez à la p. 60, note) la forme ^ j ^^£ /ittî-reX' inconnue à Champollion , comme l'origine du xiv* temps du verbe copte en T^KiTX^psCiSjuiiietiSya.
cines de deux lettres à des types plus développés, ne doivent pas figurer dans l'étude grammaticale des verbes ^ En effet, à la différence des formes variées du verbe sémitique, elles n amènent pas un changement régulier dans la nuance du sens attaché au radical. Parmi celles qui ne paraissent avoir entraîné qu une modification sans importance dans la prononciation, on peut compter : 1® les formes augmentées d'une voyelle initiale. L'addition porte le plus souvent sur la lettre I à : c'est ainsi que le verbe négatif ©V-^^^ Xem se rencontre avec l'orthographe I^V^^^w à/efn.
Quelquefois l'addition comprend les voyelles l^k^ âa ou IÇ âti; le radical Mj\^ X^> m^^ possède une signification très-variée dans les sens de «r protection, honneurs, avantages, esprits, etc.i) est écrit dans certains mots I jL^ ? àa)(u et I Ç ? au^u. L'addition de la voyelle % u est un peu plus rare. Les figurines funéraires sont appelées dan s leu r légende t.tit J I iabti; mais on trouve, en variante, % i I usebti. L'usage attache parfois l'une de ces formes à quelques-uns des mots dérivant du même radical, mais il n'y a rien dans cette modification qui puisse être rapproché des formes causatives Jj»àl ou V^yen.
254. Le radical égyptien comprend ordinairement deux ou trois lettres : on n'en a pas remarqué d'une forme quadrilittérale, mais quelques radicaux n'ont qu'une seule lettre. La seconde lettre du radical prend assez souvent la nasale^; exemple : ^^^^ (T pleurera) égal à "■=*• ji ^^ rim^. Quelquefois l'addition se fait par le groupe P71, surtout deva nt la liquide -«=»► r; exemples : A**^^ 1^^^ ^^^'^y ^8^' ^ 1 M^ Aiiru, nom propre (le Ca-
* Nous avions signale la plus impor- le verra dans les num<$ros suivants, nous
tante de ces forme? secondaires dans le ne pouvons y reconnaître avec Int queU
Mémoire sur l'inseription d'Ahmès, p. i6i. que chose de semblable aux diverses for^
M. Bnigsch a le mente d'avoir attire Fat- mes du verbe sémitique, tention sur leur ensemble dans le préam- * Voyez ci-dessus, n** A4 et &5.
bide de son dictionnaire ; mais , ainsi qu'on ^ Papyrus de Boulaq , XX , 3.
changement, usilé même dans les noms propres, prouve que la prononciation en était peu affectée. La nasale s'ajoutait aussi à la fin du mot; exemple : ^^'^^T?^ ^/^^ <t tracer des caractères, écrire, tî égal à ^ ?^ w?- Quelquefois l'orthographe elle-même décèle l'addition, comme dans le mot 8Çt| huni, comparé au radical 8ÇH[ Ati (f frapper. 1) Il faut bien se garder de chercher dans cette modification quelque chose d'analogue au j servile du b^Q:, qui forme des passifs.
255. L'insertion du ^$=3 t est aussi assez fréquente : c'est ainsi que les variantes l^ iSS^ ^'^^ àur et I %^S ^^^^ P^" raissent s'échanger indifféremment pour le nom du fleuve. Plus rarement, l'addition porte sur les lettres voisines ^^mm t et ^^ t : les
formes fl i T^^ s^f^b et fl^^ IT sont dérivées de H ]l''>^ seba ff impie. -»
Mais il y a lieu d'observer que le signe a, servant souvent d'explétif et ayant été ajouté uniquement pour carrer l'écriture, des exemples tels que o jk^^^^^w^ P^"'*'*^*'!^^^^^^» ffpleuref * , T) et S J\ petehrer ^ pour s x J\ pahrer cr marcher rapidement, i) sont justement suspects, et ne doivent pas être enregistrés facilement comme des formes nouvelles.
256. L'addition de la lettre r finale a été signalée dès l'origine par Ohampollion; exemple : M^^^S ^^ cf boire, tî égal ^ 01^ ^Ti sàu, copte ca\. Le copte a lui-même conservé noqpE à côté de uc^c^l, mais il a souvent perdu ce p final ^. Beaucoup de
^ Papyrus de Boulaq, XI, 7. autres ieUres, peuvent donner lieu à une
* Todtenbueh, 17, 88. élude très-intéressante pour la formation
' Un très-grand nombre d'autres mo- du dictionnaire, mais elles ne rentrent pas
diGcations produites par diverses addi- dans notre sujet. Contentons-nous de dire
liions, teUes que le ^ { initial, le | h que le ^ initial a ordinairement la force
et@ X initiaux, le P « final et diverses causalive.
à CHRESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.
mots antiques se présentent déjà sous les deux formes. (Voyez le n*" 66 bis.)
257. Une seconde classe de modifications est celle qui s'opère par la réduplication de tout ou portion du radical lui-même. Le cas le plus fréquent est la réduplication de la dernière lettre; elle se rencontre très-souvent pour les radicaux de deux lettres, qui sont ainsi amenés à la forme trilittérale; exemple • j 1 1 ^T\ àheh pour 'T' I '^S àh (f désirer; T) __ \v\ pesas pour __ il pes (T cuire, etc.TOn n'a jamais constaté de nuance particulière, produite par ce changement; cependant, dans certains cas, cette forme est peut-être plus énergique.
Ce redoublement s'observe aussi quelquefois dans un thème trilittéral £omme ® m m .A* yenemem pour ® m .A* yonem (T respirer, dormir, d
On cite aussi quelques cas de redoublement pour la seconde radicale d'un thème Irilittéral, mais ils ne paraissent pas davantage en modifier le sens.
258. Le redoublement du radical entier se caractérise au contraire comme fréquentatif ou emphatique; il s'applique très- habituellement à des verbes où l'action est multipliée ou continuée; il se rapproche donc sous ce rapport des formes dont l'étude appartient plus directement à la grammaire ^
Si le thème est syllabique, il se redouble tout entier; exemples : ZV ànân de zv âw «r se retourner; tî 8 Hr S Hr ZV
hunhun <c revenir,^ comparé à 8 ^ ZV hen. m TîTîT \l V TtTtT ^(? ^ ^ usausau cr brisera n^échappe pas à cette rè^e, malgré le nombre des voyelles écrites : c'est ce qu'on voit par la comparaison du copte O'^EcyO'^a^cy crdistendere ad caedendum,^ qui en
^ Voyez, pour la discussion de celte mis, p. i6i, où nous en avions expliqué forme, le Mémoire sur Vimaiptim d'Ah- dëjà toute la théorie.
représente la prononciation, o 1 o 1 -^ henbhenb semblerait aussi une exception, mais elle rentre également dans la règle, car la nasale n'est ici qu'un accident de la voyelle.
Quand le thème comprend trois articulations, le redoublement ne s'applique qu'aux deux dernières ^ L'exemple cité par M. Brugsch est très-frappant : le type I ^ ben vanneau 57 devient J
teben cr tourner, n et ensuite au fréquentatif J J tebenben
cr circuler, parcourir, d Le copte observe cette règle tout comme l'égyptien; exemple : ^"^JiriJtx (c brouillard, obscurité, etc. ^d C'est aussi exactement la règle que suivent les mots hébreux de composition semblable , tels que nnaian cr des taches, etc. -n qu'on ne range pas dans les conjugaisons régulières, quoiqu'ils forment une classe assez nombreuse. Il est à remarquer que plusieurs mots de cette forme semblent emporter une nuance diminutive, surtout dans les noms de couleur, tels que didik (rrougeâtre,T) de dik <c rouge. -n Quoique cette modiCcation de sens n'ait pas encore été observée dans l'égyptien, il y a là une analogie de forme toute spéciale qui ne doit pas être négligée. La valeur grammaticale de tebenben est d'ailleurs reproduite exactement dans inino «rcircum irei) (Psalm. xxxvm, 11).
259. Le radical ainsi redoublé se rencontre à son tour sous deux formes apocopées. La première radicale y est toujours redoublée, mais la seconde est omise tantôt dans la première syllabe, comme sesen de ^^^T^^^ sensentf respirer ^ souffler; ^ tantôt dans la
seconde I __ ^r sensé. Il est à remarquer que la suppression porte presque toujours sur les liquides; nous n'oserions pas répondre que toutes ces formes apocopées fussent réellement distinctes dans le lan-
' Voyez le Mémoire sur l'inscription négation î^.^ j^ tem . d*où vient le verbe
d'Ahmis, p. 161 et suiv. Comparez aussi f ^«ot^ «r diminuer, obscurcir, « dans le-
Oppert, Grammaire assyrienne, 1868, qud l'addition de \ h initial amène Fidëe
p. 102, pour les formes h:fh^lD et ^:?DD. d'action.
' Le premier type est évidemment la
gage , car il serait possible que récrivain se fût servi là d'une véritable abréviation; considérant, par exemple, la forme redoublée sensen comme suflisamment indiquée au lecteur dans un groupe écrit nP m^ ou |i"jp" par ia réduplication de la première lettre radicale ^
260. Outre ces modifications, le verbe égyptien possède une véritable voix causative et tout à fait comparable cette fois au *?3^Dcr araméen, qui a ses analogues dans l'assyrien et l'éthiopien. Elle
provient de l'addition de 1' (Tstarei) fait régulièrement
I 8 initial^. C'est ainsi que 9 hâ
1 § 8-hà «r erigere. d (Rosette, 0^)7- (TOLi.) On trouve aussi la forme Ma, dans laquelle je crois le * explétif. Nous comparerons plus loin cette modification à d'autres formules du causalif '.
Toutefois l'addition au radical de Ys initial n'entraîne pas toujours le sens causa tif: c'est ainsi que M ^^ ^Js seiit ne signifie pas cr faire dire, faire parler, -n mais simplement «r dire ou parler, n comme le copte cIk^i^ qui y correspond.