DE L'INFINITIF
330. Nous avons déjà rencontré Tinfinitif, qui n'est que le radical lui-même, dans les divers temps composés oix il est régi par les particules telles que ▼ ha et <=>► er. On le trouve aussi avec les particules ^ wi et z**^^ n, ou dépendant directement d'un autre verbe; il suflira d'en citer uft Wemple : la femme lïAnpu se donna toutes les apparences d'une femme qui aurait été violentée, pour accuser faussement son beau-frère :
en-^bu tut-en pais-{ty hai, etc.
En voulant dire à son mari , etc.
De ces deux inOnitifs, le second est gouverné par abxi rr vouloir, désirer, -n et le premier par a**-^ n.
» Pap. dVrbiney, IV, 7.
78 CIIRESTOMATIIIE ÉGYPTIENNE.
La particule <=> ei\ régissant un verbe, indique généralement un but, un motif, mais quelquefois aussi simplement l'état d'action. "^-^ er tut (T en disant ti est une locution qui annonce les moindres discours; mais il est à noter que, de même que le copte SSE, qui l'a remplacée, elle arrive à la valeur d'une simple conjonction avec le sens de cr parce que, à cause àe,n ou simplement tr que* : v c'est ce qui explique pourquoi elle n'est pas toujours suivie de paroles prononcées.
331. L'infinitif gouverné par ▼ Aa, her, peut donner lieu à quelques observations intéressantes. Nous avons vu qu'un infinitif ainsi construit pouvait former un sujet complexe; par exemple, dans la phrase déjà citée de l'inscription d'Ahmès : S^ ® !▼ llnj^ 1 111 LJk^ tin x^'^ b^ ^^ ^'^ ' construisez ainsi le mot à mot : a de servir le roi était à moi (mon office était de servir le roi), n
Une autre particularité remarquable consiste en ce que le verbe ainsi gouverné par la particule peut néanmoins recevoir un sujet, affixe pronominal : l'infinitif devient alors un nom verbal (^masdar). Le môme récit en fournit un exemple excellent :
et' pa-ua melhti her
ta-kuà
henen-d
Je partis pour lo floUo, ou nord, pour me battre; (analysez ainsi : Pour mon (action
de) combattre.
* Nous Tëtudierons plus loin à ce lilre.
(Voir l'exemple cf-après n'SaS.)
' Voyez Memoirti sur r inscription d'Ahmès, p. i83, pour Ti^tude de celte tournure de phrase.
' Voyez Mémoire sur l'inscription d'Ahmes , p. 170. Cest une tournure com|)létenient sémiliquc et qui s'explique facilement par les re^yles du itwsdar arabe ,
auquel on doit comparei* le nom verbal égyptien dans toutes ses propriëlës grammaticales. — P'Ua meh-ti |)eut signifier aussi rie navire nomme mehti;r> cependant, en pareil cas, le nom du navire est suivi habituellement du dëterminatif^.^^; c'est ce qui nous engagea conserver notre ancienne traduction.
33:2. 11 n'est pas rare de rencontrer un verbe à l'infinitif, mis comme titre, dans les tableaux, au-dessus d'un acte représenté; dans cet usage, il se confond avec le nom d'action. Le verbe principal prend souvent, dans ce cas, l'auxiliaire ^ mâk (voyez le n** igt). Cette locution est très-fréquente dans la décoration des tombeaux. ^ <=» x^ ^^^ ^^^f ^danser, sauter, ^^ se trouve sur tous les tableaux d'exercices gymnastiques.
333. L'infinitif actif, en devenant nom verbal, ne cesse pas pour cela de conserver son régime direct; de plus il devient susceptible de recevoir l'article simple ou possessit\ tout comme un substantif ordinaire. Cette double nature du nom verbal produit des tournures de phrase dont l'analyse pourrait embarrasser les personnes qui ne sont pas familiarisées avec les grammaires sémitiques.
Dans un passage du conte des deux frères, Bala explique à Anpu qu'il va se changer en un taureau sacré, ([lïAnpu le conduira au roi et qu'il sera largement récompensé :
her pai-k' àta-d cr per-àa â-f-s.
Pour Ion (aclion d') amener moi au Pharaon.
Aûi est ici un nom verbal : il prend, h ce double titre, et l'article possessif ;)fltA:, comme nom, et le régime aflTixc ^^^ â, comme verbe.
Il est à noter que, suivant le génie des verbes égyptiens, où la notion du temps reste si habituellement sans note précise, le nom verbal pouvait s'appliquer au présent, au passé et au futur. Au papyrus Abbott, Psar, gouverneur de la ville de Thèbes, dit aux gens des tombeaux : t^Si votre déclaration n'est pas exacte^ :d
' Pap, AbboHy V, t5. Cf. Cbabas, loc. laud.
80 CHRESTOMATHIE EGYPTFENMÎ.
pai-lcn- à'hai pa-dri-ten.
Analysez : «rie de Vous expier le faire de vous,?! c'est-à-dire : tîvotjs expierez ce que vous avez fait,?) le premier nom .verbal expiiiiiimt un futur, et le second un prétérit. Celte phrase montre frfjîlleurs deux variétés dans la manière d'attribuer l'action au sujet par les aiïixes : les deux locutions ne s'analysent pas de même, la première répond à : cr votre expier \t7 et la seconde à : «l'acte de
vous. 7)
Dans cet emploi, avec le nom verbal, l'article pa se rapproche beaucoup de sa valeur radicale, qui est le verbe crêtre. t Ainsi, dans la phrase suivante, adressée par Ramsès II à ses soldats, qu'il se vante d'avoir sauvés :
I I I II w ^ fr^ I I
pa-ten sêseni pa-nifu,
Vntrf* respirer l'air, ce qui signifie : Vous respirez Tair; c*esl-h-<lire : Vous Aies encore vivants,.
OU comprend fort bien que l'article possessif inclut l'idée du verbe fTiMre.T) H en est de même de celle phrase du même discours :
pailen" yâa-uà un-hmi em )(ennu
pa-yenm.
Voire (action de) m'abandonner, moi seul, au milieu dos ennemis (jmur : Vous m'avez
abandonne^) , elc. *
' Bnns celle-ci le signe du pluriel est nuance précise du mol àhai esl un peu inpît'lif, il nest pas grammatical, puis- indc^cise. qu*' Inrlicle pai-len esl au singulier. I.a * l.e Ih'cit ilen </<'i/tr/Î7TC*em|)lo1edeux
La forme suivante, que je rencontre dans \ Histoire des deux frèreSy appartient à un masdar formé avec le futur de l'infinitif; Buta jura à son frère en lui disant :
Z3 JL
àr paik-er-'xp1ehu{k) em Icar.
Ton action d'être pour me tuer est un crime V
Toutes ces qualités spéciales, appartenant à l'infinitif devenu nom verbal, méritent d'être étudiées avec un grand soin.
334. Au lieu d'être gouverné simplement par un premier verbe, ou régi par une particule, le verbe à l'infinitif peut dépendre de tout un premier membre de pbrase. C'est ainsi que dans le décret de Canopus, après divers considérants, le dispositif est mis presque partout sous la forme de l'infinitif; le résumé du raisonnement est : «attendu tels faits, faire telle chose, tî pour ce on fera, ou qu'on fasse ;7î en sorte que l'infinitif est ici pour le futur ou l'optatif, pris dans le sens d'un ordre. Deux fois seulement l'optatif est indiqué formellement par àu-maiy er-mai (voyez n^ 3o6 ci-dessus); partout ailleurs, les prescriptions sont introduites par le simple infinitif (actif ou passif suivant les cas), ou par l'aoriste. C'est ainsi qu'à la ligne 1 1 on lit :
er-t-â em àb-sen an ualh-u na to-mer au s-uer ser-x^t-u. Ont mis dans leur cœur les prêtres de TEgyple (d*)augmenter les donneurs, etc.
A^ X 1 1 n ^"'^ "•=* "IL. ^^ ^ *^^ ^® l'acte. ( Voyez Pap. d*Orbmey, Ç^\emasdar : ^ XMI'. . . V 1^ H, ,, et IV, s,.)
<2 v-i paisenrà beku trieur ouvrage,'» ' Pap, d'Orhiney, VII, 8. Le -•n de
ce qui doit être analyse trieur acte de tra- ;^ojeJM-/r est fautif; il faut évidemment
vailler.» L'auxiliaire ^p râ vient renfor- ^jj^, s'il y avait un ri^gime exprime.
Suivent toutes les dispositions prescrites, qui sont introduites ainsi par des infinitifs.
De même (I. i3), après le considérant sur les bienfaits résultant de la naissance du roi, les choses décrétées en conséquence sont introduites, sans autre marque de commandement, par les infinitifs A^ ta-ul crêtre mis, (qu'on mette) ^^ : ^ )(ep frêtre, (qu'il soit,^ etc.
Cette tournure, qui rappelle le çwe retranché du latin, se reproduit dans toute la longueur du décret, et le génie de la langue grecque a permis au traducteur^ de la calquer exactement.