DES PARTICIPES
335. Les participes, dont les formes se confondent parfois avec celles de l'adjectif verbal , sont assez usités dans la langue ancienne^. Pour la première forme, nous retrouvons encore ici le radical pur et sans flexion, auquel on ajoute assez souvent l'homme ^^^ comme complément grammatical : ainsi de >^ J^S ' x^ien
«rêtre violent, en désordre, t7 on forme le composé >^ Jj^ ir^ U^ X^''^'' {^^ X^^^'h^^^j si le * n'est pas simplement déterminatif), tr le violent, -n
336. Champollion enregistre [Qram, n^ 283), comme une forme appartenant au participe présent, celle du premier aoriste avec les aflixes, quand il est accolé à un substantif sans autre marque de liaison. Comme traduction, cette appréciation rend bien compte du sens; mais on pourrait prétendre, tout aussi bien, que ce n'est pas là un véritable participe, et que ces locutions contiennent l'ellipse si usuelle du relatif ^^^ **^* «rque, qui.?) Ces
* Je dis le traducteur, carie texte ëgyp- daclion. — * Voyez Champollion, Gramtien , contenant quelques particutariiës de maire y n* a83. plus, me paraît avoir étë la première rë-
DU VEnBE. 83
phrases ne présentent du reste aucune obscurilé. Ainsi, dans le premier exemple du numéro que nous discutons :
Il I I
^^^m^àmî I liJri I II I A^^^^N^ -:>^ JM 5
ân-sotem-sen fut-u neler pen an t'tpffp-/ Ijer h'er-sen.
Ils n'entendent pas les paroles de ce dieu grand, s'ëlevant sur leur zone,
le verbe ■ ■ àpajhf peut être un participe ccs'élevanti^ ou un aorisle avec l'ellipse ^]^ nti crqui s'élève, t Cette tournure est très-fréquente.
337. F-.a première forme spéciale du participe actif ou neutre résulte de la finale 11 ou ll^n^ î^vec l'homme pour déterminatif :
quelquefois on écrit 11 %7 vv^ "^ ^'' %ll ^^* ^^^^ w"^^ ^*' Le féminin en 11^ it a donné une forme pour les noms abstraits,
comme i^ ,ll,,^. suten-it a royale n pour cr royauté. ^^ Le pluriel
prend la finale '^1, ^^^, ^^^1, \\^ ] , ou <^Ç)^ Jî «« • c'est celle que nous avons étudiée dans les adjectifs dérivés*; exemples : ^ 11 r V^Vj^ ^ A:rirt cr malfaisant, le malfaiteur ;ti
^^'■^Mllt 5at-ânx» crame vivante;^ "^ 'AlkM¥^ ^•^^ I âuaiu «r les brigands ^. v
Dans les textes antiques surtout, on trouve parfois la voyelle % M, en variante de 11 i, comme finale du participe actif :
temet'U kefenu.
Complet en z^le \
• Voyez cinlessus n"* 162. * Je crois que kefenu e cuire, chauffer»
* Stèle iXAntef, niusëe du Louvre. doit avoir ici un sens métaphorique. (Mus. ^ Stèle du roi Aï,^\\ musée deBeHin. du Louvre, slèle C. tÔQ.)
Hà CHRESTOMATHIE EGYPTIENNE.
Cette phrase fait partie des éloges adressés au défunt sur une stèle du Louvre.
Le participe terminé par t se concilie avec les affixes-sujets. Au tombeau de Seti P''^ la déesse Ma, couvrant le roi de ses ailes, a pour légende :
;^i/i-*(() sas neb to-vL Elle proU^^eaiU son fils, le seigneur des deux mondes (pour: elle prot^e).
Toutes ces formes peuvent recevoir très-régulièrement l'article, tout comme un substantif. Ramsès II dit, au poëme de Pentaury de ses ennemis culbutés devant son char :
pochai neb àrnsen an tes^f- su.
Tous ceux d'enlre eux qui tombent ne se relèvent pas (mot h mot : Le iombant chaque
d'entre eux).
338. L'addition d'un ( final forme aussi des participes actifs. Cette valeur du t s'est conservée en copte, tant dans la finale du participe passif — H*<t:, que dans le préfixe ET des participes présents. On peut distinguer trois formes, t** i J ta, variantes : g — i i ou -^ /; 2^ ^, variante : ^ ti; 3^ ç , ^% tu, qui ne semblent pas se confondre entièrement dans l'usage.
A la 1'® formel on doit remarquer que, dans quelques manuscrits, l'orthographe |, |J to est réservée pour le féminin, s=>etm. servant au masculin; mais la distinction, qui devait impliquer une différence dans la prononciation, n'est pas constamment observée dans l'écriture. En effet, on trouve souvent l'expression | X'^"^ (T couronné 7î appliquée au roi. Le choix entre 1 et s=s ne semble souvent dicté que par les habitudes ou les convenances des écri-
* Voyez Cbampollion, Gram. n" q83 h la fin.
vains : ainsi •¥• i ân;^-^ «vivant ou vivante t^ forme un meilleur groupe que ^s^; mais on écrira ~, j ou 1 indifféremment ^
La finale 11-^ û, qui forme des noms abstraits, n'est autre chose, en réalité, que le féminin du participe : ^^ 11 meri-t-ef cr son amouri) est, mot à mot, (rson (action) aimante. ?)
339, H ne faut pas négliger ici un emploi très-curieux de ce participe pour une des formes polies de l'impératif ou du précalif. Le dieu Khons est ainsi salué, à son arrivée à Bakiitan, par lesprit possesseur qu'il venait d'expulser^ :
ai't em hotep nuter âa.
Viens en paix, ô grand dieu I ( Mot h mol: venant en paix).
Le scribe de Toutmès III se sert de la même tournure dans la grande stèle de Boulaq; Amon dit au roi ^ : il 11 j ài-lànà^ et le contexte montre bien qu'il faut traduire : ce venant à moi,T) pour : ff viens à moi ! n et non pas (r je suis venu *. v
On lit aussi, un peu plus loin, dans le même monument :
hà'là maa nefer-d,
Rëjouis-loi , en voyant mes bienfaits ^ !
* Je rencontre , dans le Conte des deux frères, un narticipe féminin en | ^, gouverne par ^^, qui semblerait exiger Fin- (initif; la première vache ayant averti JSato du danger qu'il courait, la seconde vache
arrive: |«îhL:J::\]^-^V2r àu's{t) her lut-ia-f em inali tripsa allocuta
est eum similitcr.') Mais il est bon de remarquer que le manuscrit n est pas trèscorrect : la tournure tut-ta-f pour «disant h \mn aurait elle-même besoin d'être jusliflce par d'autres exemples.
* Voyez Élude sur la stèle du prince de Bakhtan, p. 63, 1. 19.
^ Étude sur divers monuments du règne de Toutmès III, p. 1 1 .
* L'exemple cité, n' SaG. ^ ^ V^ ài'ui «viens!» montre que cette valeur n ëtait pas réservée au participe en t fînal. Les exemples de la â* personne terminés en |, que M. Brugsch cite dans sa nouvelle Grammaire, n" i3o, s'expliquent par ce principe.
* Maa est probablement ici le parti-
86 CHKESTOMATHIE ÉGYPTIENNE.
340. Le si{{ne ÎW , où Ici forme de Toiseau varie souvent, équivaut à la syllabe tt, dont il est Thoniophone régulier dans les bas temps. Dans l'ancien style, il est surtout employé comme finale du participe et dé l'adjectif verbal. Nous en avons déjà parlé ci-dessus S et nous nous bornerons à faire figurer les exemples suivants : ^""^^ M^' *'*^"'*^ ff les justes ;tî llH^tt^^^i ûs-tiu cries pervers, tî etc.
341. L'alîixe -^\^, Ç ^^, quelquefois écrit %^, £ ut, est habituellement consacré au participe passif, mais le vague des voyelles ramène bien souvent à la place des formes s=>, 11, *. La vocalisation indiquée par le groupe -^m tu se liait peut-ôtre mieux avec les afiixes personnels, car c'est celle qui est usitée en pareil cas :
iàua-iu-d neferu-k^.
(Suin ) célébrons ego dona tua.
Cette phrase est tirée d'un hymne au soleil : on y remarquera l'emploi du participe pour le présent de l'indicatif, ainsi qu'on le pratique fréquemment en arabe et en hébreu; cette tournure est aussi trés-familière c^ l'égyptien.
La place du sujet afiixe varie encore dans celte formule; ainsi l'on rencontre : |M «, ài-k-tu, aussi bien que : |4J àxAu-k,
signifiant l'un et l'autre : cr viens Iu,t^ pour : (rtu viciis. -n
A la formule précative du participe, que nous avons déjà signalée, il faut ajouter encore ici la combinaison de la finale tu avec le préfixe mà^ de l'impératif:
cii)e lidens; l'infinitif eût amène une par- jes cuiaclères de cet oiseau ne sont pas
licule , ou f"^ avant le verbe. bien Irancbfîs ; il se confond souvent tout à
' Voyez Je n* 1 62. On connaît les va- fait avec la forme de l'aigle ]^ . riantes de formes : 5lv > ?l^ ^ 5^^ jfk^ ' Musée de Leydc, pilier de User-hà.
j^^ ^^» 5Vi J^ . t'I plusieurs autres : ^ Voyez le n" 3 no.
mâ~wbi-^u-nek se^et Iwiepu.
Puisses-tu traverser le champ de Hotepu * I
3A2, La finale ^\, ç tu peut s augmenter de In/*^'^^, qui doit faire incliner le sens vers le prétérit, quoique le participe reste actif. Ce participe peut remplacer l'aoriste présent, tout comme le précédent. Deux exemples , tirés de la grande allocution de Ramsès H à son père Séti, feront voir que Taffixe sujet pouvait y être joint de deux façons différentes^ :
inâk^uà her t-âit^ ^««-^ nefe-ntud tu-à her
%o viviOcavi nomen tuum , pie agens ego adverti os
en erpa-k, ad templum tuuiu.
Le verbe neC signifie : «rendre hommage à quelqu'un, prendre soin de sa mémoire. •» Son affixe à vient ici après nlu; c'est le contraire dans la phrase suivante :
mcsiu ^-nà-tu katu~à ha-t meri-t nek.
Effingens ego, aedincavi templum (quod) amabas.
Ici le sujet ^^L à est inséré entre Vn et la linale m, ce qui
* Hymne de Hui sera, musëe du I^u- les types pronominaux ci^dessus n" 191. vre, C 67. ^ A/e^est pris ici dans le sens plastique
* Voyez Mariette, grande inscriplion tr former, modeler ?> : les voyelles varient dWbydos, I. 7O et 78. Pour imk-uà, voyez singulièrement dans récriture de ce mot.
88 CIIRESTOMATHIK ÉGYPTIENNK.
montre clairement que cette syllabe ii'eât pas un simple support euphonique pour laffixe \
La Hnale tu, que nous venons d'étudier, n'a probablement pas d'autre origine que l'auxiliaire ^% tu (r être, n
3A3. Le verbe I \ au se prêtait également à la formation du participe, mais il restait initial. Nous retrouvons, dans cette forme composée, l'origine des participes coptes en E et Enf, qui sont égaux à 1 % au et I %«^% àu-tu.
Pour la forme absolue J \t nous emprunterons encore deux exemples à l'allocution de Ramsès II à Séti I**^ : crlous les temples, dit le fils pieux, j'y ai établi Ion nom :v
i'sirri^Iro -^i
àu-em-dri en-mâ-tu er-ful rut,
A|[ens vere, ila ul^ illustre (lat [nomen luuni]. (Mot h mot : Ltre à agii% être faisant.)
Dans la seconde phrase, le verbe a pris un aTixe sujet :
dU'Cfn-àri'd pa-sep uha her-k àrui-à
SU x^"^- Agons ego rein l>ouain prœtermissani a te, facio (facieus ego) illud pro te.
' C'est probablement au participe du modèle àr-niu-à qu'on doit rapporter la finale irrëgulière ntvinsen, qui se lit sur la stèle hiératique du Biitish Muséum (SharDe,^.XXIX,t): JTII^M'^ |l '•--^ J^^^^ I Nj * — tat-nlui-nsen eût bahu Aon/ (fils disent devant sa majeslë.?) (Je supprime, dans la iranscription, Texplëlif hiératique qui n'a pas son correspondant dans Ic'S hiéroglyphes, el qui se trouve
dans le texte après ntui ftsm et après em bahu),
* Mariette, grande inscription d'Abydo8, \, 8i et 79.
* Er tat repond ici h ^E ^en sorte que, afin que.?»
* Cette phrase peut sembler obscure, nous pensons en avoir saisi le sens; sep, sans d|>ithète, est en général une bonne action ; uha signifie rr échapper, nian(|uer. «
Au-em-àrir^ s'analyse : «r être-à-agir-moi; tî après âw, Tm indique
l'état. Àrui'à est encore un participe actif avec son affixe sujet. Le
sens est : a quand je fais quelque œuvre omise par toi, je la fais
(encore) pour toi. a
344. Nous avons vu que le présent-aoriste, formé par l'initial I % au répondait au 2* prétérit du copte EX-, ek-, Eq-, etc.; il est, comme celui-ci, usité pour les participes • I T @ ^^"^'"
àw^, signifie : cr vivant tî aussi bien que tril vit.^ 1 ^ ^^.//^^^'^ mer cr étant mort; ^ c'est l'état dans lequel Anim ' retrouve son frère, couché sur sa natte, quand il arrive à sa maison. Le décret de Canopus dit, à la ligne 26, de la jeune Bérénice, morte en bas âge :
nuter-t ten àu-s-renen âks er pe-l.
Celle déesse, étant vierge, entra au ciel.
I Ç I du-u initial du participe pluriel se remarque à plusieurs reprises dans le Papyrus judiciaire^; par exemple, après l'énuméralion des juges, on ajoute :
du-u-^em-u àu-u-kam-u etn âfai-l.
Instruisant leur affaire, trouvant eux en culpabilité.
L'initiale àuf se prêterait au neutre et même au passif, d'après l'exemple suivant du papyrus Abbott'; il y est question d'un tombeau, où personne n'avait été enterré :
' Voyez Pap, d*Orbiney, pi. XIII, 3. On s'attendrait h trouver un-lu avec la ' Dcvéria, Pap.judic. page 18, IV, t. marque du passif, mais elle était souvent ' Pap. AbboU, V, 3. Cf. Cbabss, /or. /. omise par les scribes.
du-f'Xaâ M».
Étant laisse ouvert.
345. Le participe du verbe auxiliaire I Ç « àu-lu répond exacleuiciit au préfixe E^ des participes coptes.
Le Récit des deux frères, en offre un exeniple bien caractérisé : Balay revenant à la maison pour chercher des semences, trouva la femme de son frère * :
dutu henue her fiebetv^s{t)* Étant assise à sa coiffure.
(^e participe de l'auxiliaire se trouve employé seul et suivi d'un adjectif. On lit, dans le même récit ^ : cria princesse était assise à la
table du roi;^) le texte ajoute : Iç ^X ^ ji II r*^ àu-tu nefer
7fia-S'[sel) ff étant bon avec elle^i pour fil se «lontrait aimable pour elle. T^ C'est la forme du copte sahidique ETHO^^pE.
Retnarque. Il ne faut pas confondre cette valeur avec celle que possède l'initiale âu-lu remplaçant le pronom vague avec le sens : (Ton fut.^ (Voy. ci-dessus, n** sSG.)
346. iNous pensons qu'on doit aussi considérer comme un participe, au prétérit-aoriste, la combinaison de l'initiale Iç» àu-lu avec un verbe conjugué par l'alBxe ^]]^ nef. Cette forme singulière : àU'tu her àn-nef âu-iu her loruef semble répondre à : (rayant été à faire venir, ayant été à mettre, t^ Voici deux phrases de ce modèle tirées du Récil des deux frères ^ :
' Pap, d'Orbiney, pi. II, lo. cilë par M. Brugsch pour Tinfînitif ( Cr.
* W. pi. \ VI, 3. hiérogl, n' 190) du-tu her solem-f pa-ten
^ Pap. d'Orbiney, XIX, 5. l/exempic x^^ montre un ras de ce participe vi
àu-tu her àn-nef paif-ten àa.
Ayant fait venir son frère afnë, etc.