LE TABAC
Celui de nos sens qui joue le moindre rôle dans nofre ëire, qui, sans aucun doDle, est le pins inhabile à nous donner des idées, qui a le moins d'action sur notre iniulltgence , c'est l'odorat . Il réside dans le nei ; et , en vérité , si ce nez ne nous servait qu'ï nous procurer des sensations d'odeur, nous consentirions volontiers à nous en passer; mais il nous est fort nécessaire et fort commode pour
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respirer Pair qui nous fait vivre . Quelle étrange idée que celle de loger dans nos narines une poussière noire et piquante , qui transmet à tout ce que nous respirons une odeur étrangère et désagréable ! car lepriseur ne respire plus Tair embaumé du printemps, sans qu*il n'ait auparavant traversé la forte prise dont il a comblé ses narines. Il ebt toutefois une idée plus étrange,et que nous ne voudrions pas croire si on nous la racontait des temps anciens. Cette même substance , cette plante qui exhale une odeur repoussante quand on la prise,en exhale une encore bien plus saisissante quand on la brûle;eh bien^ cette fumée est devenue un parfum délicieux , duquel n'approchent pas la myrrhe et l'encens . On ne se contente pas de rcFpirer cette fumée acre et enivrante ; on ne se contente pas d'en Imprégners>eshabits^sesmeublesja chambre où l'on dort;il faut en emplir sa bouche^ i'avalerja faire pénétrer dans son estomac.dans ses ponmons:on fait de son corps une cheminée;et cette folie devient une nécessité impérieuse^une seconde nature. Le priseur et le fumeur se condamneraient à mille privations plutôt que de consentir, l'un à renverser sa tabatière, l'autre à briser sa pipe.
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Les nalions du Nord fument parce qu*il fait trop froid chez elles; les nations du Midi fument aussi parce qu'elles ont trop chaud. En France on prise moins depuis qu'on fnme davantage. Comment faisaient donc nos ancêtres il y a trois cents ans? Us vivaient sans tabac^ et, s'il faut en croire les récits qui nous ont élé conservés, lis vivaient cependant assez bien; ils ne manquaient pas de jouissances;leur vie était assez remplie. Comment faisaient, sans pipe et sans tabatière, tous ces grands hommes de Tantiquité, ces sages, ces poètes, ces héros que nous admirons et que nous ne valons pas?
Cependant on ne peut pas^nîer que l'usage de cette plante, et particulièrement celui de la fumer^a été quelquefois suivi de bons effets , par exemple dans le traitement des maladies nerveuses . Mais ceci n'empêche pas de dire , qu'en général, l'usage du tabac, tant à fumer qu'à priser, est, sinon nuisible^ du moins inutile et incommode.
Quoi qu'il en soit, comme il n'est pas à présumer que le tabac sera abandonné de longtemps encore^ disons ici ce que nous en savons. Il nous est venu d'Amérique en 1560; il a été introduit en France, d'abord comme un remède, par un mé-
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