‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 112 sur 151 · GUSTAVE KAHN · texte numérisé non relu

GUSTAVE KAHN

Pais perdu dans la foule, auprès du sanctuaire, ,

il reçut de l'évêque de Rome le signe

et la parole qui lavent le pécheur, et qui délient

sa conscience enchaînée près des crocs des remords ;

alors il s'en revint beau comme un grand cygne

et tranquille et blanc, le pas ferme et l'œil doux,

vers la contrée natale et vers l'amour jaloux

qu'il retrouvait en lui, pour Hilberte la belle,

aux yeux berceurs, au corps de pêche et mirabelle.

Las l les rudes Lorrains, revenus vers le Rhin, avaient conté la mort du preux ; la tendre Hiberte s'en alla parmi les voiles d'étamine et de pierre du cloître, pour prier en pensant à la perte éternelle de sa meilleure âme, au val creux

d'Espagne : et sa vie esseulée elle la voulut parmi l'amour divin enlinceulée comme une opale tendre en un coffret d'ivoire et ses yeux se détournèrent du passé noir.

Et Roland s'en revenait vers ses châteaux pour aller réveiller l'apparat des bannières et de son cor sonner au manoir où sa belle l'attendait, joues d'aurore et cœur lié. Il passait seul, encore portant la sombre bure près du cloître, sans savoir que ce caveau blanc de soleil gardait son âme prisonnière des barreaux de son vœu, intangibles et durs.

Or la cloclie tintait, frêle comme chant d'alouette

parmi ce matin tendre aux féeries natales,

et bientôt s'éleva, parmi les chœurs, une voix,

la plus triste et dorée de celles qui vers le Roi

de la Durée s'éveillent aux geôles monacales ;

une voix d'ambre et d'aube, voix de colombe en quête

d'un pan d'azur plus frêle et d'une branche plus verte

parmi la candeur fondante des paradis,

et celte voix toujours plus haut s'élançait sur les débris

d'un grand cœur de douleur et d'un corps de héros,

car Roland, ayant reconnu et compris

le son de la voix unique, la vie le délaça de sa dure tunique

CHRESTOxMATHIE FRANÇAISE

aux pointes intérieures d'acier d'adversité et Roland gisait ici, le cœur brisé.

Chanson ^

Voulez-vous un collier d'or?

J'aime mieux qu'on danse à la ronde —

alors une couronne de bleuets

et un baiser, et un baiser. —

Alors je danserai couronnée,

j'aime mieux les fleurs que l'or alarinetle, alariaette

et puis nous ferons di nette

et noire los sera chanté

par les clochettes des prés.

Voulez-vous un collier d'or?

j'aime mieux aller à. la ville —

ma couronne de bleuets,

un bouquet de roses,

des violettes en bracelet me feront plus belle que si un beau carrosse

avec quatre chevaux me traînait. —

Allons à la ville, si vous voulez, mais jamais je n'irai qu'avec un beau bouquet.

Œuvres à lire de Gustave Kahn (Société du Mercure de France, Paris) : Les Palais nomades (1887); Domaine de fée (1895); Limbes de lumière (1896); Le livre d'images (1897). — Critiques à consulter : Jules Tellier, Nos poètes; Ch.

Morice, La littérature de tout à l'heure.

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