ISABELLE KAISER
Ta vie est un trépas qui marche, et ton berceau N'est qu'une forme de ta tombe.
Jeune homme, si ton cœur n'a pas un peu d'amoii; Ta carrière est comme un voyage sans retour
Ou dont on revient la main vide.
De qui n'a pas aimé, rien ne demeurera. Sa mémoire est semblable au vent du Sahara
Perdu dans le désert aride.
Jeune homme, si ton cœur n'a pas un peu d'amour. Ta vie est ici-bas pareille au carrefour
Où l'homme se trompe de route.
Ou corwme un vase d'or plein d'un subtil poison Qui consume le corps en tuant la raison.
Jour après jour, goutte après goutte.
Pauvres, donnez au riche un peu de votre amour ! Faites au fortuné l'aumône à votre tour,
Selon votre humaine ressource.
Donnez ce qui ne craint ni rouille ni trépas, Donnez du seul trésor qui ne s'épuise pas,
Car Dieu lui-même en est la source !
Œuvre à lire de Jules Carrara (Lemerre, éditeur, Paris) : La Lyre (1887). — Critique à consulter : Lemerre, Anthologie des poètes français du XIX» siècle.