LA MUSE
Poète, prends ton luth ; la nuil sur la pelouse Balance le zéphyr dans son voile odorant. La rose, vierge encor, se referme jalouse Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant.
* Le vœu du poète a été exaucé ; un eaule ombrage son tombeau, au cimetière du Père Lachaise, à Paris.
* Cette pièce (1835) passe pour le chef-d'œuvre de Musset ; elle est comme la transposition sublime de sa tristesse personnelle eu un hymne à la douleur sacrée, génératrice de poésie.
ALFRED DE MUSSKT UVA
Ecoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée. Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux. Ce soir, tout va fleurir : l'immortelle nature Se remplit de parfums, d'amour et de murmure, Comme le nid joyeux de deux jeunes époux.
LE POÈTE
Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi-morte M'éblouit-elle de clarté?
Dieu puissant l tout mon corps frissonne. Qui vient ? qui m'appelle ? — Personne. Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne; 0 solitude l 6 pauvreté !
Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse Fermente cette nuit dans les veines de Dieu. Mon cœur est inquiet ; la volupté l'oppresse, Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu. 0 paresseux enfant l regarde, je suis belle. Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas, Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile. Et que, les yeux en plem's, tu tombas dans mes bras ? Ah ! je t'ai consolé d'une amère souffrance ! Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d'amour. Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance ; J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour.
LB POÈTE
Est-ce toi dont la voix m'appelle, 0 ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
0 ma fleur ! ô mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle Où vive encor l'amour de moi !
Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde,
164 CURESTOMATHIE FRAXÇAISR
C'est loi, mon amante et ma sœm-!
Et je sens, dans la nuit profonde, De la robe d'or qui m'inonde Los rayons glisser dans mon cœur.