‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 49 sur 151 · MICHEL, CONSTANTIN · texte numérisé non relu

MICHEL, CONSTANTIN

MICHEL, à part, apercevant Coastaatiu qui vient de surgir à droite, parmi les rochers.

Mais quoi?... Rêvé-je?... Un homme auprès de ce rucher,

Haut, et violemment.

Holà, rôdeur, il est défendu d'approcher.

Au large, sur le champ... La consigne est sévère...

Au large 1...

CONSTANTIN, s'approchant .

Calmez-vous. Ce n'est que moi, mon père.

MICHEL

Constantin \... Mon fils !

CONSTANTIN

Oui.

MICHEL

Qui t'amène, dis-moi, Dans cette solitude, à cette heure ?... Et pourquoi Celte bouche qui tremble et cette face blême ?... Que viens-tu faire ici ?

CONSTANTIN

Qu'y faites-vous vous-même?

MICHEL

Réponds, et sans pousser ma patience à bout. Que viens-tu faire ici ?

CONSTANTIN

Mon devoir. Je sais tout.

300 CHRESTOMATHIK FRANÇAISE

MICHEL

Tu sais?...

CONSTANTIN

Que le Balkan va s'emplir d'un bruit d'armes ;

Que les Turcs vont venir, que ce bûcher d'alarmes

Auprès de lui n'a pas un fidèle gardien ;

Et, ce soir, pour sauver tout le pays chrétien,

Ainsi que votre honneur, mon père, et que voire âme,

Devant vous, malgré vous, j'y viens mettre la flamme.

MICHKL, à part.

Dieu juste ! j'adressais au démon mes défis. Et le voilà qui prend la forme de mon fils !

Haut.

Quelle démence ! As-tu vraiment fait un tel songe?

CONSTANTIN

Mon père, épargnez-vous la honte d'un mensonge. Le trône offert, le Turc ici même allondu... Tout, je sais tout, vous dis-je, et j'ai loul entendu.

MICHEL, à part.

Enfer l

CONSTANTIN

Ou plulûl non... Non, ce n'est pas possible, Non, je me suis trompé, j'ai fait un rêve horrible, J'étais pris de folie, et vous avez raison... Lorsque vous vous disiez prêt à la trahison, Vous vouliez seulement abuser cette femme. N'est-ce pas? Son baiser scellant le pacte infâme, Dès que vous fûtes seul dans la nuit du chemin. Vous l'avez essuyé du revers de la main. Je devine. C'était une ruse, une feinte. C'est pour le cher pays, c'est pour la guerre sainte. Qu'un instant vous mettiez ce masque déloyal. El vous venez ici pour donner le signal. Nous allons écraser OthorguI pris au piège ; Le Balkan. couronné du feu qui nous protège, Va flamber tout à coup d'Iskren à Kilandar, Et je vais m'éveiller de l'affreux cauchemar. Allumez ce foyer, mon père, et qu'il rayonne!

FRANÇOIS COPPÉB 301

Donc je le suis suspecl, doue mou fils m'espionne.

Ah ! voilà ilu nouveau. L'héritier de mon nom

Ose se demander si je trahis ou non.

Mais depuis quand faut-il que le père supporte

L'oreille de son fils aux fentes de la porte ?

Depuis quand ai-je pris tes avis ? Depuis quand

Le chef est-il soumis à son valet de camp ?

Je ne daignerai pas te faire de réponse.

Tu sais qu'on m'obéit quand mon sourcil se fronce.

Or je veux rester seul, ce soir, sur ce plateau,

Et tu vas retourner à ton poste, au château.

Par le plus court chemin, sur-le-champ. Pars et tremble.

J'allumerai ce feu plus tard, si bon me semble,

Et je sais ce qu'il faut pour le bien du pays.

Je l'ordonne. Retourne à ton poste. Obéis.

CONSTANTIN

C'est donc vrai. Je n'ai pas fait un rêve funeste. La traiiison est près de s'accomplir. Je reste.

MICHEL

Tu prétends l...

CONSTANTIN

Ah ! je puis braver votre courroux.

Car c'est ce qui me reste encor d'amour pour vous, Mon père, qui m'a fait venir sur cette cime El jeter ma personne entre vous et ce crime. Sentiment filial, respect du chef vainqueur. Arrière ! Je n'ai plus qu'un désir dans le creur. Je veux sauver — car Dieu m'en demandera compte — Mon pays du malheur, mon père de la houle. Il faut que l'incendie éclaire les sommets. Place! Je veux saisir celte torche.

MICHEL

Jamais.

CONSTANTIN

Mon père, songez-y ! mon père, prenez garde ! Car Dieu vous voit, le ciel étoile vous regarde!...

Je me suis demandé, quand j'ai pu tout savoir,

Ce qu'exigeait l'honneur, quel était mon devoir.

Il était clair, hélas ! Dénoncer l'acte infâme.

Oui, vous dénoncer, vous et votre horrible femme !

Et rlcmasquer ce Turc... Mais pour vous, malheureux 1

C'était la mort après quelque supplice all'reux ;

C'était, c'était surtout votre gloire passée

Par ce crime public en un jour effacée.

Devant cet effrayant devoir qui m'incombait,

J'ai vu, dans un éclair, la honte, le gibet.

Cette atroce action d'un fils livrant son père

M'a rempli de terreur, je n'ai pas pu la faire.

Non, je n'ai pas voulu que ce nom plein d'éclat

Fût méprisé, que tant de gloire s'envolât

Comme une feuille morte au souffle de la tombe.

Et qu'un jour le passant crachât sur votre tomljo.

Je me suis tû. Le cœur dévoré de tourment,

J'ai tardé, reculé jusqu'au dernier moment.

.Mais à présent, je dois agir, car le temps passe.

Je veux bouter la flamme au feu d'alarme. Place !

Apaisez la patrie et le ciel en courroux.

Songez qu'en me taisant j'ai détourné de vous

La mort sur l'échafaud, les tortures prochaines.

Sans moi, vous sentiriez déjà le poids des chaînes

Et la main du bom-reau sur vous s'appesantir...

Mon père, n'allez pas m'en faire repentir !

MICHEL

Trop tard. Regrette donc d'avoir sauvé ma vie.

Il fallait, fils pieux, contenter ton envie

Et tout dire, et me voir, ainsi qu'un vil Judas,

Massacré sous tes yeux par mes propres soldats.

Tant pis pour toi. Ton cœur s'interroge et discute.

Mais ce qu'a résolu le mien, je l'exécute.

Qui n'a rien su prévoir ne peut rien enqiéchcr,

Et je ne permets pas qu'on touche à ce bûcher.

CONSTANTIN

Vous abandonneriez notre vieille frontière 1 Les Turcs ravageraient l'Europe tout entière, Tout le monde chrétien !

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MICHKI,

II fui ingrat pour moi.

CONSTANTIN

El le Clirist, votre Dieu ?

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