‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 76 sur 151 · Scène IL · texte numérisé non relu

Scène IL

Lâ vierge s'avance vers lui d'un pas précipité. LA VIERGE

Mon fils! Enfinl C'est toi... Viens vi te 1... — Ecoute- t-il?

JÉSUS

Pourquoi m'envoyez-vous encore cette épreuve? Avez-vous ordonné que plus rien ne m'émeuve, 0 mon Père, et ma force est-elle sans défaut ?

LA VIERGE

Viens I... Entends-moi... Jésus 1 J'obéirai, s'il faut.

Je veux bien obéir, mais dis-moi que c'est l'heure,

Prouve-le-moi... J'ai tort de pleurer, mais je pleure.

Je rêvais d'être forte, et voulais. Mais, vois-tu,

C'est trop. Quand l'heure sonne, on n'a plus de verlu.

Dès que ces gens armés ont traversé la roule,

Je t'ai cherché comme eux... Car on le cherche... Ecoute!

Des voix... Non... Pas encore... Et quelqu'un les conduit.

Quelqu'un des tiens...

JJÎSUS

Hélas !

EDMOND HARAUGOURT 441

LA VIERGE

Oh ! j'ai ppiir de la nuit...

Allons plus loin... Judas leur a dit où nous sonuiies, Viens... Ces arbres ont l'air traîtres comme des hommes, l^t je les vois tendant leurs bras pour te saisir.

jKsrs Qu'il en soit fait, mon Dieu, selon votre désir.

LA VIERGE

Le désir du Très-Juste est-il donc que je meure? Ils te tueront si tu demeures.

JÉSUS

Je demeure.

Ne sais-tu pas ?.

LA VIERGE JÉSU3

Je sais.

LA VIERGE

Lnur haine ?...

JÉSUS

Et mon devoir.

LA VIERGE

Le Grand-Prêtre a donné vingt talents pour t'avoir.

JÉSUS

Pour que la volonté du Maître s'accomplisse.

LA VIERGE

Déjà... Non, pas encori Dieu aVst pas leur complice, Quel crime as-tu commis pour qu'il verse ton sang ? Dieu ne peut pas vouloir la mort d'un innocent. Dieu ne peut pas vouloir la douleur d'une mère, 11 est le puits d'amour dont l'eau n'est point amère ; Et lui qui place un ange au lit du nouveau-né Me laissera mon fils, puisqu'il me l'a donné.

GHRESTOMATHIE FRANÇAISE

JESUS

Vous n'avez plus de fils, d Mère trop humaine.

Mon Père m'a fié ses brebis, et je mène

Le troupeau de mon Père à l'étable de Paix.

Pour ramener à Dieu les hrel)ls que je pais.

Il faut faire un chemin d'angoisse, et d'un pas ferme :

J'appartiens à ma route et j'irai jusqu'au terme.

LA VIERRK

Oui, j'écouterai tout, plus tard, fuis maintenant.

JÉSUS

Je suis venu sur terre et j'ai dit en venant : « Jésus n'a d'ennemis que la peine et la haine, « J'endormirai la haine eu guérissant la peine, « Et je ne suis à moi que pour mieux être à tous. » — Si je vais sur vos pas, où me conduirez-vous î Quelle douleur encore à soulager ?

LA VIERGE

La mienne !

Hélas... Je n'ai donc plus un bras qui me soutienne. Et tu n'aimes donc plus ta mère, ô mon enfant? Si tu savais... Par toi, j'ai souffert bien souvent. Je ne me plaignais pas : un enfant, c'est justice. On souffre pour (|u'il naisse, et puis, pour qu'il grandisse, Et notre enfant est fait de toutes nos douleurs... On n'imagine pas ce qu'il coûte de pleurs. Ce petit être grave et blanc, qui vous regarde. Quand tu faisais un pas, j'avais peur... 11 nous tarde De les voir marcher seuls et courir devant nous; Et voilà, dès qu'ils ont quitté nos deux genoux. Qu'ils effacent leur mère et sont trop grands pour elle... Quand tu parlais, j'avais l'effroi d'une querelle : Je t'admirais; j'étais fière, et bénissais Dieu. J'aurais voulu te voir, et te suivre, en tout lieu, Et t'endormir, et te bercer, comme la veille. En écoutant ton souffle auprès de mon oreille... Et tu vois bien qu'il faut avoir pitié de moi. Car, s'il te faut mourir, j'en mourrai plus que loi...

EDMOND HARAUCiHTRT 443

JÉSUS

Pardon, pardon...

A part.

Seigneur, que ta force m'assiste :

C'est ici la suprême épreuve, et l'heure triste.

A la Vierge.

Pardon...

LA VIERGE

Je savais bien que tu m'écoulerais, Et que j'avais raison... Viens vite !... Ils sont tout près... Fuyons... Ce n'est pas l'heure...

JÉSUS

0 mère des tortures, Si bonne, et pitoyable entre les créatures, Vase de ma douleur, ô Reine des martyrs, Qui souffres sans péché pour tous les repentirs, Holocauste qui dois payer la rançon d'Eve, Pauvre Mère, ton cœur est traversé du glaive. Et tu ne connais pas l'ordre auquel j'obéis...

Dieu t'a dit de marcher à travers ton pays !

Rentrons en Galilée, où la vie était douce,

Paisible, et tu pourras faire asseoir sur la mousse

Les enfants qui viendront en baisant tes clie\ eux ;

Et tu leur parleras encore, si tu veux.

Ta tâche est d'être là pour porter la parole,

.Mon Fils... Puisque ta bouche est comme une corolle

D'où tombent les parfums qui rendent l'homme fort.

Tu n'as pas le devoir ni le droit d'être mort :

11 faut songer à ceux que ta voix réconforte,

Et que deviendraient-ils, si ta voix était morte '/

L'homme ne pèse pas les volontés du ciel ! Les autres parleront, et je boirai le fiel ; Mes bras nus vont traîner le fardeau de l'impie .le porte les péchés de la terre. J'expie !

441 CURKSiOMATUlK FRANÇAISE

LA VIERGE

Expier ? Toi, si doux, mon Jésus, toi, si bon. Qui dictes ta justice et verses Ion pardon, Qui fais du criminel un saint, dès qu'il t'aborde 1 Expier ? Mais ton nom, c'est la miséricorde ! Expier ? Où sont-ils les gens que tu trompas ? Je ne suis qu'une femme et je ne comprends pas Qu'un seul puisse expier tous les crimes ensemble. Mais je sais que je suis ta mère, et que je tremble, Et que tu devrais bien comprendre comme moi , Quand tu souffres pour eux, que je souffre pour toi 1

JÉSUS

La douleur est le bain des âmes : elle lave l

LA VIERGE, se jetant à genoux.

Seigneur, Seigneur ! Ayez pitié de votre esclave l

Vous ne permettrez pas qu'on me l'ose arracher !

S'il faut une victime à conduire au bûcher.

Je suis là. Prenez-moi, mon Dieu, mais toute seule !

J'ai trop vécu. Je suis faible comme une aïeule,

Mais lorsqu'on prend son fds, la mère le défend.

Je ne peux pourtant pas leur jeter mon enfant,

C'est ma chair, c'est mon sang, c'est moi plus que moi-même.

JÉSUS, relevant sa mère.

Hélas l Plus qu'en son corps, on souffre en ceux qu'on aime.

LA VIERGE

Il ne m'écoute plus! Parlez-lui... Dites-lui

Que mes bras sont lassés, qu'il est mon seul appui,

Qu'il ne peut me laisser mourir au coin des pierres,

Que j'ai besoin de lui pour fermer mes paupières,

Qu'il est à moi, Seigneur, comme je suis à vous, ^

Qu'il me fait trop pleurer, lui que j'ai vu si doux,

Qu'on croit vous obéir, parfois, et que l'on erre.

Et qu'il faut obéir à sa mère, à sa mère.

Et que vous l'avez dit. Seigneur, dans votre loi !

JÉSUS s'agenouille devant la Vierge.

0 Mère, bénis-moi, Mère, pardonne-moi.

MAIIUCK IlOUCHOH 445

LA VIERGE, lo relevant.

Oui, je pardonne, viens, c'est oublié, viens vite.

JÉSUS, embrassant sa mère.

Adieu. Je dois aller où mon Père m'invite...

— J'eatends les pas de ceux qui m'apportent la mort.

Œuvres à lii-e de Haraucourt (G. Gharpeutier, éditeur, Paris) : L'âme nue (1885) ; La Passion (1890). Critiques à consulter : Francisque Sarcey, Feuilletons du Temps (1890); Augustin FUon, Revue bleue du 16 mai 1891.

Né à Paris en 1855.

Il débuta très jeune, comme son ami Richepin, par le matérialisme tapageur que les naturalistes avaient mis à la mode. Heureusement pour nous, il sortit bientôt de cette ornière boueuse. Son volume L'Aîirare, qui date de 1883, marque son orientation vers le spiritualisme. C'est après cela qu'il se plongea dans l'étude des religions et écrivit Les Symboles, sorte de Légende des siècles mystique, d'un caractère très élevé. Quand se dessina le mouvement néo-chréfien, le po<^,te fit jouer sur le délicieux Théâtre des Marionneltex d'e.xquis mystères religieux où la plus grande sincérité artistique s'allie A un merveilleux talent. Maurice Bouchor est sans contredit le plus remarquable poète de l'heure actuelle. Il rappelle Lamartine par l'harmonie, la fluidité, l'idéalisme élevé, la sentimentalité sereine, la profondeur de la pensée poétique. Son âme exquise, comme la fleur mystique de l'Inde, a eu un superbe épanouissement. Mais il n'est pas de ceux qui s'enferment dans leur tour d'ivoire ; il a récemment écrit plusieurs volumes pour le peuple auquel il voudrait inculquer un noble idéal.

Nature *.

Que la brise du ciel est légère et joyeuse !

Comme en silence au loin glissent les blanches voiles !

Que la voix de la mer, grave et religieuse.

Monte tranquillement vers les belles étoiles !

Ohl quand la sombre nuit apparaît et déploie Ses ailes, lentement comme un oiseau sauvage, Moi, mon âme s'éveille, — et ma plus grande joie Est d'écouter rouler les galets sur la plage.

' Extrait des Poèmes de l'Amour et de la Mer (1876).

446 CHRESTOMATHIE FRANr.AISB

Tout est si beau, mes yeux s'emplissent d'uu tel rêve l L'Océan monstrueux me donne le vertige ; La lune, que le tlol fait danser et soulève, Semble une fleur des eaux qui tourne sur sa tige.

Consolez-vous *.

Consolez-vous, consolez-vous.

Mon peuple : j'ai senti se fondre ma colère. C'est en vous que je veux encore me complaire,

Triste multitude à genoux.

11 faut ressusciter Sion, puisqu'elle est morte l

Le temps d'épreuve est accompli.

La grâce, le repos, l'oubli.

Voilà ce que le Dieu d'Israël vous apporte.

Je brûle de compassion, Je sens presque en mon âme une douleur luiinaine Quand je tourne mes yeux vers le chemin qui mèue

A la montagne de Sion.

C'est moi qui vous chassai d'une sainte patrie, Moi qui vous fis broyer du sable avec vos dents, Quand, ayant accompli ses actes impudents, Jérusalem devint une autre Samarie.

Voici longtemps que sous le ciel de l'étranger Mon Israël respire un air lourd qui l'oppresse. C'est le pain de l'angoisse et l'eau de la détresse Qu'un peuple sans merci lui fait boire et manger.

Ah ! qu'ont-ils fait de toi, ma brebis égarée ? Toi que je nourrissais dans mes prés les plus gras, Toi ([ne j'ai si souvent portée entre mes bras, Le terrible lion d'Assour t'a dévorée ! ^

Rien ne restait pour les oiseaux ; Mais celui qui remplit la terre d'épouvante,

' Kxtrait des Symboles (1888). Dans cet ouvrage remarquable, le pofete a cherché à faire revivre les principales relipjions antiques pour en dégap;er ce f(u"el!<;8 ont de noble et de grand. C'est ce. qu'ont fait les parnassiens pourquelques-iines; mais Boucljor procède autrement qu'eux et son lyrisme personnel transparaît dans ces pièces objectives en apparence. Celle qui suit est une belle adaptation biblique.

Le lioa de Babel, vint à l'aube suivante Et féroce, il rongea tes os.

Mais, ô Juda, tu vas revivre !

Tous, je vous ferai boire aux sources du salut. 0 race d'Abraham, du juste qui me plut,

Il est temps que je te délivre !

Je rendrai leur parure à tes vignes en deuil ;

La terre, s'il le faut, enfantera ses ombres ; Et l'on verra, de ses décombres.

Surgir ma ville en un clin d'oeil.

Oui, tu reparaîtras, Sion, la disparue!

Ce sera la joie et la paix.

Je guérirai, moi qui frappais; Je changerai l'épée en un soc de charrue.

Dans les prés de Sâron tes bœufs, comme jadis. Trouveront une ombreuse et fraîche reposée ; Je serai pour toi la rosée Et tu fleuriras comme un lis.

0 Seigneur, je le sais, notre malheur te touche ;

Tu ne veux plus nous châtier.

Je le dis à ton peuple entier.

Tes paroles, tu les as mises dans ma bouche.

Tu nous replanteras, dis-tu, sous notre ciel

Ainsi qu'un rejeton vivace.

Tu ne voileras plus ta face Et nous vivrons tournés vers le Saint d'Israël.

Après les jours de deuil, d'angoisse, d'âpres luttes.

Seigneur, que ton jour est serein !

Nous voici comme un pèlerin Qui vers Jérusalem s'avance au chant des flûtes.

Mais, ô roi de Jacob, nos crimes furent grand» ;

Ils oppriment notre mémoire.

Nous est-il bien permis de croire Que dans ton grand amour, mon Dieu, lu nous reprends ?

448 GHHESTOMATHIE FRANÇAISE

Les pécheurs de mon peuple ont gardé le silence ;

Eh bien ! je parlerai pour eux.

Autrefois, dans les jours heureux, Disent-ils, nous aimions à fausser la balance.

Nous vivions pour la coupe et le sang du raisin ;

Nous étions pleins jusqu'à la gorge.

Tels qu'un étalon nourri d'orge, Nous hennissions après la femme du voisin.

Il est juste, aujourd'hui, que l'Eternel nous broie, Lui qui hait l'amour clandestin... La veuve était notre butin ;

Chacun de nous faisait de l'orphelin sa proie.

Ne méritions- nous pas d'être abreuvés de pleurs

Et déchirés par le ciliée?

Le juge même était complice ; Le conseil des Anciens regorgeait de voleurs.

Tes prêtres nous donnaient le plu» infâme exemple.

Comment retenais-tu ton bras ?

Un repaire de scélérats, Voilà ce qu'ils faisaient. Seigneur, de ton saint temple

Dans nos lâches tribus il n'était demeuré Qu'un petit nombre de fidèles, Et ces justes, au milieu d'elles,

F'ormaient le pur Jacob et l'Israël sacré.

Ah 1 ce reste, perdu dans notre multitude, Etait vraiment ton serviteur l Il nous reprenait sans hauteur;

II n'avait point de cris ; sa voix n'était point rude.

Il disait : « Le Seigneur est las de voire encens ;

Il ne lient pas aux sacrifices.

Purifiez-vous de vos vices ; Ne faites point fléchir le droit des innocents.

» Ouvrez votre maison à l'honinje sans asile ;

Soyez heureux de partager.

Ne maltraitez pas .l'étranger Oui, rongé de chagrin, sur vos terres s'exile.

X La débauche, le sang et la fureur du vin

Donnent une bien courte gloire.

On a de la vaillance à boire ; Mais quel brusque réveil quand ceci prendra fini

» Un sombre châtiment plane sur votre tête

Comme l'ouragan sur les mers.

L'injustice a des fruits amers Et qui sème le vent récolte la tempête. »

C'est ainsi que parlait le serviteur de Dieu.

Et nous disions : «Quel trouble-fétel

Ne fH^ophétise pas, prophète ; 0 voyant, ne vois pas ; tu nous réjouis peu. »

La tempête aurait dû nous broyer d'un coup d'aile t

Par nous, peuple inique et railleur,

Il fut un homme de douleur, Le serviteur de Dieu, le juste, le fidèle.

Nous bâtissions alors Sion avec du sang, Jérusalem avec nos crimes.

Bien des fois, Seigneur, nous le prîmes

Et les verges de fer labourèrent son flanc.

Mais il ne poussait point de clameurs indignées

Lorsque nous l'accablions de coups ;

Son visage était triste et doux Lorsque nous arrachions sa barbe par poignées.

Lui qui devait bientôt payer notre impudeur.

Pâtir pour notre violence,

Il ressemblait dans son silence A la brebis muette en face du tondeur.

Brusquement tu sifflas. Malheureux que nous sommes.

D'où viennent toutes ces rumeurs ?

Ecoutez 1 le fouet 1 les clameui-s !

Le tonnerre des chars, des bêtes et des hommes...

Fiers, sans délier leurs sandales ni s'asseoir,

Des peuples traversaient la terre,

Avec les bonds de la panthère, Avec le hurlement des maigres loups du soir.

450 CHRESÏOMATHIE FRANÇAISE

Dans la ville sacrée, après l'horreur d'un siôge,

Le flol terrible déborda.

Seigneur 1 la fillo de Juda Vit sou voile arraché par uu mi sacrilège.

Ta pieuse maison, que la myrrhe et le nard

Enibuuniaient dans nu letn|)s pritspÎTO, Pour l'onagre fut un repaire,

Ton saint temple abrita les petits du renard!

Nous, misérable essaim, nous quittâmes la ruche.

Ce fut l'exil. Un autre ciel,

Loin de Juda, loin d'Israël, Nous entendit longtemps gémir comme l'aulrucbo.

Mais lui, ton serviteur, n'élevait point la voix ;

l'our nous le juste fut sans blâme.

Il ne souffrit qu'au fond de l'âme.

Nos péchés, sans rien dire, il eu porta le poids.

A l'heure du sommeil, sous les tristes saulaies. Humble, il fléchissait les genoux.

Sa détresse parla pour nous

Et nous fûmes guéris par le sang de ses plaies;

Car tu reviens à nous, Eternel, mais non plus

Enveloppé dans ta colère ;

C'est bien ton jour qui nous éclaire Et nous sommes toujours la race des élus !

Pourtant, tu nous fais peur à force do clémence ;

Et nous sentons nos cœurs troublés

Comme dans ces malins voilés, Lorsque la nuit s'achève et que le jour commence.

Seigneur, Seigneur, que nous languissions dans ce lieu,

Mais qu'Israël s'y purifie !

Fais qu'il te consacre sa vie ; Fais que nous soyons tous le serviteur de Dieu !...

MAURICE BOUCllOR 4ol

Oui, répond l'Eternel, c'est bien : courbe la tête, 0 Jacob ! tu seras mou peuple à tout jamais. Garde-toi d'oublier ce que tu me promets Par la bouche de mon prophète.

Moi, ton Seigneur, je me souviens !

J'aime, n'en doute pas, une âme droite et sainte. Les maux que l'innocent avait soufferts sans plainte

M'apitoyèrent sur les tiens.

Mais j'aime aussi ta multitude !

Ah ! tu ne sais donc pas ? tu ne comprends donc pas? Souviens-toi du désert, lorsque tu t'échappas

De la terre de servitude !

Rien ne doit ébranler ta foi.

Ton Dieu, lorsqu'il le faut, t'ouvre un chemin sublime. Quand tu serais couvert par les eaux de l'abîme,

Je serais encore avec toi !

Mais je te veux, et sans partage.

Jamais je ne te céderai.

Toi, mon bien séculaire et mon champ consacré. Toi, mon immortel héritage !

0 pécheurs, si vos pieds vous portaient vers le mal,

La faute en est aux dieux infâmes

Qui dans les plus paisibles âmes Déchaînent toutes les fureurs de l'animal.

Vous m'offriez avec une feinte allégresse Des torrents de parfums et des fleuves de graisse; Mais ne montiez-vous pas ensuite sur les toits Pour mieux vous prosterner en face des étoiles, Pour prier, le visage enveloppé de voiles,

Un simple ouvrage de mes doigts?

M'ayant bien supplié de les rendre fécondes, Vos femmes pétrissaient la pâte avec le miel Pour offrir des gâteaux à la Reine du ciel : Puis elles s'enfonçaient dans ses cryptes profondes.

Ne condamniez-vous pas vos premiers-nés au feu ? Je n'aurais pas eu, moi, cette pensée horrible!

4î)'2 CHRESÏOMATHIE FRANÇAISE

Mais vous vous étiez fait une idole terrible ; Vous frissonniez devant un cadavre de dieu.

Ecoulez bien 1 Avant que, par les solitudes, Je vous ramène en paix à vos chères cités, Je veux vous faire horreur de ces iniquités, Vous soulever le cœur devant ces turpitudes.

Après, las de vous réprouver, J'épancherai sur vous ma pitié la plus tendre. Mon oreille n'est pas trop dure pour entendre,

Ma main trop courte pour sauver 1

L'étoile des Mages *.

Salut, rois, salut!

Le Seigneur voulut Pour vous seuls créer une étoile aimante.

Aux regards humains,

Par les longs chemins.

J'ai guidé mes rois que l'amour tourmente.

Salut, rois, salut !

A Dieu même il plut De vous in)poser une dure épreuve.

Mais loué soit Dieu !

Vous verrez dans peu La source d'amour où l'Amour s'abreuve.

Je vous guiderai

Vers le lieu sacré, Vers l'étable où dort sur la paille fraîche,

L'enfant radieux.

Avant nos adieux, Je rayonnerai longtemps sur la crèche.

Salut, rois, salut 1

Dieu qui vous élut Ouvrira pour vous la maison charmante

Où je resplendis.

Dans le Paradis Vous retrouverez votre Etoile aimante.

• Extrait de Noél ou Le Mystère de la Nativité (1890), une des plus touchantes œuvres néo-chrétiennes, un vrai chef-d'œuvre de grâce et de douceur.

Berceuse de la Vierge i.

Jésus, mon amour, dors bien, je l'en prie, Ne fais pas pleurer ta mère chérie ; Dors entre mes bras jusqu'au jour naissant, Dors pauvre innocent.

Bien que nous n'ayons, en ce froid décembre, Ni de beau feu clair égayant la chambre, Ni linge embaumé, ni moelleux berceau.

Dors comme un oiseau.

Jésus, mon mignon, les charmantes choses ! De beaux fruits, des fleurs fraîchement écloses, Des oiseaux du ciel, un doux agnelet Plus blanc que le lait.

Dors, petit oiseau du boa Dieu, sommeille, Sommeille longtemps, ma rose merveille, Vers tes bons amis, demain tu tendras En riant tes bras.

Jésus, mon Jésus, pauvre agneau si tendre, Ah ! les mots cruels que je viens d'entendre 1 J'ai le cœur percé d'un glaive de feu. Mon Jésus, mon Dieu !

Si tu dois mourir pour sauver la terre, Que cela du moins te soit un mystère, Sans même rêver que tu souffriras, Dors entre mes bras.

Le jugement de Zeus*.

Cinquième tableau.

ZEUS, LA JUSTICE, LA PITIÉ, DÈMÉTER, PERSÉPHONE, TELLIS, MYRTO, le choeur

La scène se passe dans une forêt de l'Epire qu'éclaire le soleil levant. Le dieu des enfers, Hadès, a enlevé Perséphone, fille de Dèmèter, et l'a entiainée dans le sombre royaume. D'abord, il veut brutalement la contraindre à l'épouser, mais la fière résistance de la vierge le touche ; sous l'empire de l'a-

1 Extrait de Noël ou Le Mystère de la Nativiié .

' Extrait des Mystères d'Eleusis (1894) , pièce philosophique dans laquelle l'auteur a repris le vieux mythe grec de Hadès (Pluton) et de Perséphone (Pro-

4o4 CHRESTOMATHIE FRANr.AlSE

mour et de la douleur, boq âme se transfigure. 11 a honte de ses violences et devient profondément respectueux. Pour obtenir la main de Perséphone, il consent à laisser partir des enfers les âmes des justes et des repentants qui s'en iront vers les Iles Fortunées de l'occident, jouir de la joie immortelle. Perséphone, poussée par son frère Jacchos, se laisse toucher, espérant sauver les hommes; quand Dèmèter, désolée, vient la redemander à Hadès; elle est prête à céder. On décide de soumettre la question de son mariage au jugement de Zeus (Jupiter), la plus haute divinité. Celui-ci va rendre la sentence de suprême amour qui consolera la mère affligée en faisant le bonheur des hommes.

ZEUS, debout entre la Justice et la Pitié.

Démêler aux pieds d'or, salut, ô Vénérée ! Reconnais-lu, déesse, en cette ombre sacrée, Les chênes qu'après tant de siècles tu revois ? Dans celte âpre forêt, dont la confuse voix Murmure ma pensée à l'oreille du sage Qui, non sans lutte, a pu se frayer un passage, Tu me livras la fleur de ton âme, et longtemps Se mêlèrent ici nos souffles haletants.

Comme le vaste ciel enveloppe la terre, J'étreignis ta beauté dans la paix du mystère; Et, pareille au printemps, fleur divine des fleurs, Une vierge naquit de tes saintes douleurs. Or, mon cœur paternel l'aime autant que tu l'aimes •l'ose le le jurer par le Slyx aux flots blêmes I

DKMÈTKR

Alors, que faisais-lu de l'éclair flamboyant?,..

ZEUS

L'amour peut être aveugle, ô mère, ou clairvoyanL

DÈMÈTER

Parole au son lugubre...

ZEUS

A ma droite, est assise Une vierge qui n'eut jamais l'âme indécise. Un casque rayonnant couvre ses beaux cheveux. Pour contraindre le crime à de cruels aveux, Il sufQl que ses yeux l'observent en silence; Rien ne saurait fausser son intègre balance ;

serpiuc) pour en faire la symbole de l'immorlalilô. Ce qu'il y a de plus élevé ilans la croyance païenne ee trouve exprimé ici magnifiquement par un lyrique moderne. C'est la mytliologie hellénique vue à travers l'âme d'un iiéo-clir<!ticii profond et délicat.

MAURICE BOUGIIOR 45o

El dans sa main, terrible à ceux qu'elle maudit, L'auguste nudité du glaive resplendit.

Elle garde les lois, à tout jamais fixées, Dont la trouble origine égare nos pensées. Car elles ne sont point d'hier ni d'aujourd'hui, Mais que le plus obscur des hommes porte en lui. Je la contemple, ému, dans la nuit solitaire. Rien n'est si radieux que cette vierge austère, L'étoile du matin ni l'étoile du soir... Toujours, à mon côté, puisse-t-elle s'asseoir!

LE CHOEUR

Que ta louange retentisse.

Vierge qui près de Zeus, muette, viens t'asseoir. L'étoile du matin et l'étoile du soir

Sont moins belles que la Justice.

DÈMÈTER

J'attends son témoignage.

ZKUS

0 reine, celle-ci, Oui te regarde avec le plus tendre souci, Nuit et jour à tarir des larmes occupée, Voudi'ait que la Justice eût brisé son épée. C'est une vierge au cœur saintement maternel, (jui, pour plaindre et bénir même le criminel. Tient à garder toujours sa pieuse ignorance De toute chose au monde, excepté la souflTrance. Elle est le pur amour, l'oubli profond de soi. Les hommes, Dèmèter, pourraient vivre sans loi. S'ils pratiquaient enfin les choses qu'elle enseigne Par les pleurs de ses yeux et par son cœur qui saigne. Mais un peuple vivant dans la stricte équité, Sans la vierge divine assise à mon côté. Respirerait un air mortel de sécheresse. C'est pourquoi mon regard attendri la caresse.

LE CHOEUR

L'homme, innocent ou cliâtié, Veut qu'à ses maux cruels une âme compatisse. Sois bénie à l'égal de la pure Justice,

Vierge au grand cœur, sainte Pitié !

4o6 CHRESTOMATHIE FRANÇAISE

DÈMÈTER

Qui donc, si ce n'est moi dans mes âpres ter l ares, A droit à la pitié ?

ZEUS

Toutes les créatures.

L'angoisse étreint le monde ; et malheur à celui Pour qui la Vérité splendide n'a point lui ! Pas un être, brisant d'une main téméraire L'étroit lien d'amour qui l'attache à son frère, N'a le droit de penser : « Mon bonheur est à moi » . Toujours le sacrifice est l'inflexible loi. Le fruit que tu portas dans une heure féconde, Sois prête à le donner pour le salut du monde.

DÈMÈTER

D'avance, je me suis soumise ; mais pourtant, Zeus, ne me brise pas...

KEUS

Un soleil éclatant S'est levé sur la mer où la vague s'embrase; Les hommes que le poids des ténèbres écrase, Délivrés de la nuit, le regardent monter ; On entend l'Espérance immortelle chanter. Quelque chose est vaincu de la matière hostile. J'ai dompté ma fureur, désormais inutile ; Penché sur les Titans, moi, j'ai rompu leurs fors. Pour qu'un souffle de grâce embaume l'univers ; Et vous n'entendrez plus les cris de Prométhce, Car Héraclès, riant dans sa force indomptée, A percé de ses traits, funestes aux bourreaux, L'horrible chien ailé qui mangeait ce héros l

DÈMÈTER

Je défaille; mais parle, et grandis mon courage.

ZEUS

Toi seule, ô Dèmèter, parferas mon ouvrage 1

Ainsi que j'ai dompté ma cruelle fureur.

Toi, reine aux tendres yeux, toi, dont la seule erreur

Fut de chérir avec une âpre jalousie

Celle que, dès longtemps, Hadès avait choisie,

MAURICE BOUCHOR 4o7

Ah ! reaonce à l'aimer pour toi seule, et consens, Non point farouche, avec des gestes frémissants. Mais le cœur élargi par un tel sacrifice, A ce que la Pitié veut comme la Justice l

DÈMÈTER

Je ne murmure pas. Prononce ton arrêt.

ZEUS

Encore une parole, et ton cœur sera prêt. Celle qui donne à tous des ordres sans répliques, La suave Aphrodite aux doux regards obliques, Désireuse, elle aussi, de servir mon dessein. Devant le lier Hadès a fait battre le sein De la vierge...

DÈMÈTER

C'est vrai.

ZEUS

Qu'elle soit donc heureuse 1 Hadès n'est plus un maitre à l'âme ténébreuse. Ta fille l'a soumis : un léger frein d'acier Ne réprirae-t-il pas la fougue du coursier? J'envierai, dans le ciel, leur sereine existence.

DÈMÈTER

J'accepte. Je bénis. Prononce la sentence.

ZEUS

Je t'accorde deux mois ; prodigue à ton enfant Tes maternels baisers dans cet asile. Avant Que l'automne ait doré le feuillage du chêne. Ayant baigné son corps à la source prochaine, Tu la reconduiras, dans les pleurs de l'adieu. Déesse, jusqu'au seuil du redoutable lieu. Sans fleurs à ton retour, nue et morne, la terre Imitera le deuil de ton cœur solitaire...

LE CHOEUR

La voix de Zens ne tremble pas, Mais une larme brille au bord de ses paupières. J'entends gémir les eaux, les arbres et les pierres.

Démêler sanglote tout bas.

158 <:hrestomathie française

ZEUS

Le sombre hiver, après l'automne rougissante,

Viendra se lamenter en rêvant à l'absente,

Qui ne semblera plus qu'un songe évanoui.

Six mois* se passeront dans ce mortel enimi.

Mais lorsque, tout à coup, pénétrés de lumière,

Les arbres sentiront la sève printanière

Palpiter dans leurs troncs robustes; quand les tlcuis

Ouvriront leurs beaux yeux, baignés de larges [)l(,'urs,

Alors, ô Dèmèter, qu'un poids cruel oppresse,

Puisse ton cœur ne point éclater d'allégresse I

Car elle sortira du noir palais d'airain,

Ivre de rospirer l'air libre, l'air serein ;

Elle en sortira, pâle et rayonnante, celle

Pour qui le flot sacré de tes larmes ruisselle I

dèmëtër C'i'ai-je entendu, roi Zeus? Qu'as-tu dit?

ZEUS

Tu pourras Durant six mois entiers l'enlacer de les bras; Puis, ne te laissant plus qu'une peine légère, Ellle ira vers l'époux à qui sa vue est chère. Que chaque année, au temps où le ciel s'assombrit, Elle s'en aille comme un songe-de l'esprit, Emportant la beauté de la terre et sa joie. Mais pour nous revenir quand la sève rougeoie; Et tous les ans, joyeux d'accomplir mon dessein, Avec elle quittant l'abîme, un fier essaim D'âmes justes fuira vers d'autres destinées Par l'éclatant chemin des Iles fortunées l

DÈMÈTER

0 suprême clémence ! 0 Zeus, maître béni !

ZEDS

Bénis la loi du monde.

' Ou sait que le mythe de Proserpine symbolisait chez les Grecs le retour péi-ioJiqne des saisons; quand Cirla (D^mt'•tcr) ronvoy.'iit sa fille, c'était li' sombre hiver, quand elle la ropronait, c'était le temps ilu renouveau il dfs fleurs.

Un malheur infini M'enveloppait, roi Zeus, et tu m'as délivrée. Pardon, je pleure trop; pardon, tête sacrée!

LE CHOEUR

0 lumière! ô joie! ô printemps!

Le souffle exquis des fleurs embaume l'air céleste ; Perséphone aux yeux bleus revient du lieu funeste

Dans la grâce de ses vingt ans.

ZEUS

Ames justes, bientôt, libres et vagabondes,

Par la route de. Zeus vous fuirez sur les ondes.

N'oubliez point les dieux : encensez leurs autels.

Les rois olympiens, comparés aux mortels.

Sont comme un frère aîné près de son jeune frère;

Noire cœur a besoin de votre humble prière,

Ainsi que, pour gravir un périlleux chemin,

Il vous faut le secours puissant de notre main.

Travaillez à notre œuvre, ô purs enfants des hommes !

Certes, pour nous aussi, tout divins que nous sommes.

Rien ne peul s'accomplir sans lutte et sans douleur'.

Quel patient efl"orl^ pour que s'ouvre une fleur.

La route qui conduit vers le mal est unie ;

Mais si l'homme écoutant son intime génie,

A préféré le dur sentier de la verlu.

Que son cœur soit robuste et son vouloir têtu ;

Qu'il ne souhaite point la douceur d'une halle;

Qu'un immortel désir le soulève et l'exalte.

Car le faîte qui brille entre les purs sommets.

Toujours il s'en rapproche et ne l'atteint jamais 1

Nul ne reposera dans la paix éternelle.

Vous que l'enthousiasme emporte sur son aile,

11 vous faudra livrer de splendides combats

Contre tout ce qui rampe et menace d'en bas ;

Sans cesse vous garder de pièges invisibles ;

Vous détourner souvent des horizons paisibles,

1 Comme les grands pLilosophes de l'antiquité, Maurice Bouchor admet ici le perfectionuemeut et, en quelque sorte, le devenir moral des dieux olympiens. — On remarquera la sublimité des vers qui suivent.

Et, le cœur anxieux, prêter l'oreille au bruit

Des êtres qui, là-bas, s'étreigiieut dans la nuit;

Partager les douleurs d'une race innombrable ;

UalTermir le vaillant, sauver le misérable,

Rendre la force au cœur que l'épreuve a dompté,

Par le rayonnement d'une ardente bonté !

La sagesse des dieux vous confie à vous-mêmes ;

C'est un dépôt sacré ; dans les périls suprêmes,

Gardez-le saintement comme il sort de nos mains;

Restez pleins de pudeur, nobles, toujours humains.

L'àme que je verrais, lentement obscurcie,

Glisser vers une lâche et honteuse inertie ;

Celle qui, dans l'orgueil de sa force, voudrait

Asservir la cité ; celle que le regret

D'une brutale étreinte et de la chair meurtrie

Poursuivrait àprement dans sa pure patrie ;

Celte âme, par le poids de son crime, bientôt

Cesserait de planer et tomberait de haut,

Prisonnière d'un corps soumis à la naissance,

Faible, et se débattant, seule, en son impuissance,

Dnrement châtiée, en proie aux longs remords,

Pour descendre à la (in dans l'ombre où sont les morts.

Mais, si vous triomphez de l'aveugle matière,

Si, préservant du mal votre âme tout entière,

Vous savez enrichir le dépôt précieux,

Je vous attirerai d'un souffle jusqu'aux cieux;

Et je vous mêlerai, dans les hauteurs sublimes,

A ceux qui, sans terreur, contemplant les abimes

Du lumineux espace et du temps dévoilé,

Roivent le pur nectar sur l'Olympe étoile l

LE CHOEUR

Que ton indomptable génie Nous emporte, roi Zens, vers l'avenir divin I Que dans le large espace et les siècles sans fin

La loi du monde soit bénie !

Œuvres à lire de Maurice Bouchor (G. Charpentier, Fischbaclicr, Kolb, Lecèuc-Oudin, éditeurs, Paris) : L'Aurore (1883); Les Symboles (18S8-180.5). — Théâtre : Tobie (1880); Noél (1890); La légende de Sie-Cécile (189,') ; La dévotion à Saint-André (1893): Les Mystères d'Eleusis (1804); Chants populaires de l'ancienne France; La Chanson de Roland (1898); Vos la pensée et vers l'action (lOOU); Poèmes et récils (1000). — Critiques à consulter : Jules Lemaîtro, Impressions de théâtre (1892, 1893, 1895) ; Francisque Sarcey, Feuilletons du Temps (1891-1895) ; Gaston Deschamps, La vie et les livres, 8» série (1895) ; Henry Hérenger, Semaine littéraire, 30 mars 1901 .

HENRI DE BORNIER 4fil

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