C.ÉRALn
Vous maudire... jamais! Pas même en cet instant! Comme vous avez dû souffrir ; je soutTre taut !
AMAURY
Ah! parle-moi plutôt avec colère et liaine ; J'ai soif de tes n)épris, s'ils soulagent ta peine !
(iÉRALI)
Vous mépriser... janjais! Je ne veux rien savoir Sinon qu'enfant par vous j'ai compris le devoir, L'honneur, le dévoûment, la fierté, le courage ; Rien de bon n'est en moi qui ne soit votre ouvrage!
Quel que soit le Ji^niou qui vous pAt égarer,
Je reste voire lîis... Mais laissez-moi pleurer!
— Ah ! quaud elle apprit tout, daus ce jour de misère, ■
C'est ainsi, jiVst-ce pas, que dut pleurer m« méreî
WraU...
QEHALD
Ne parlez pas 1 n'arrachez pas le fer ! Laif^^z le dard aî^'u se fixer dans la chair t — Moi qui me rappelais ma fierlé, ma vaillance. Mou ilt'^vnueroeut!... Hélas! 0 mon orgueil, silence! Je i]i'explif|ne à présent ce que je sentais là, Ce mal sombre, profond, hideux... C'était cela! L'héritage fatal que l'homme n'est pas iiialEre De fuir!... Mon père ainsi l'avait reçu peut-Atre! ■ Oui, c'est vr.ti ! c'est bien vrai ! Je sens avec effroi L'fitre mystt^rieux caché toujours eu moi. Qui supprime soudain mou existence ancienne. Et qui me prend mon àme et me donne la sienne ! Je parle... c'est sa voix ! je marche... c'est son pas I .\h! c'est horrible!... Non, non, non! je De veux pasl
tii'rald... Mais je n'ai pas le droit de le répondre. Et rien que ton regard suffit à me confondre. Charlemajïue sans doute hier fui trop dément ; Dieu l'est moins : ta douleur, voilà mon châtiment !
.Ma douleur. .. il est vrai ! ~ J'ai mal compris ma tache ;
Ce COU]) brutal du sort m'a trouva presque Iflche ;
Terrible fut le choc, mais en le recevant.
J'ai Irembh-, j'ai pleurS i'«i soufferl eu enfant ;
Je suis homme à présent! D'une àiiio plus virile
J'éloifne désormais tonte plainte stt'Tile ;
J'aurais dft, respectant In faute et le malheur.
Devaut vous, dans mon sein, étouffer nia douleur;
Mais l'expiation éclatante et suprême
Il Uni ({ue je la trouve, à l'inslaul, en moi-même.
'i/O CIIUESTOMATIIIK FRANÇAISE
Pour racheter l'honneur de mon père et le miea. Le ciel me donnera la force et le moyen ; S*il est à ma blessure encor quelque remède, Si terrible qu'il soit, je suis prêt! que Dieu m*aide.
AMAURV
Dieu rinspire, G(^rald î Je ne peux désormais Que t'approuver en tout; à tout je me soumets. Mon destin est fini ; je pars, cela doit être: L'ombre que je jetais sur toi va disparaître ; Mais laissc-nioi mêler, on fuyant de ce seuil, A mes larmes de honte une larme d'orgueil. U»''las! plein d'une horreur que ta pitié tempère. Sans doute en ce moment tu te dis : c'est mon père ! Mais moi, plein d'un orgueil inconnu, je me dis:
— Pardonne-moi, Géraldl — je me dis : c'est mon ûls!
(IKHALD
Mon père !
AMAURV
Adieu, G^Tald 1
GÉRALD
Mon père 1
AMAl^RV
Un jour, peut-être,
— Bientôt si je pouvais, mais Dieu seul est le maître l — Quand cette vie aura cessé de me punir,
Quand je ne serai plus qu'un lointain souvenir, G«*rald, malgré mon crime immense, irréparable, Songe qu'il t'aimait bien, ce cœur si misérable. Et que je l'ai trouvé, mon plus dur châtiment. A voir tes bras pour moi formés en ce moment !
GÉRALD, lui ouvrant ses bras.
Ah 1 mon père !
AMAURV
Mon fils! — Maintenant je te laisse; Adieu, mon fils! Plus tard j'aurais trop de faiblesse! J'entends venir, je fuis I je serais trop honteux Si le père et le fils se trouvaient devant eux !
HENRI DE BORMKH 471
Amaury sort i»ar la porte de gauche. Gôrald reste îmmohUe sur le devant de la scèue et se retourne à demi à l'aspect de Churlemagne, de Berthe, du duc Nayme et de toute la cour qui entre par le fond.