‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 120 sur 166 · LE DUC, FLAMBEAU · texte numérisé non relu

LE DUC, FLAMBEAU

FLAMBBAU, se soulevant sur les poignets.

C'est drôle tout de môme, — ici — sur celte terre, Où je me suis déjà fait tner pour le père. De venir retomber pour le fils aujourd'hui !

LB DUC, agenouillé près de lui, avec désespoir,

iNon ! ce n'est pas pour moi que tu meurs, c'est pour lui ! Pas pour moi l pas pour moi t je n'en vaux pas la peine !

FLAMBEAU^ avec égarement.

Pour lui l

LE DUC, vivemeu

Mais oui, pour lui !

£t dans une brusque inspiration.

C'est Wagram, cette plaine !

11 lui crie tout bas.

Wagram !

FLAMBEAU, rouvrant des yeux vagues.

Wagram !

LK DUC, d'une voix pressante, — essayant de ramener dans le passé cette

âme qui vacille.

Vois- tu Wagram?... Reconnais-tu La plaine, la colline et le clocher pointu?

PLAliBEAU

Oui.

LK DUC

Sens-tu, sous ton corps, la terre qui tressaille ? C'est le champ de bataille!... Entends-tu la bataille?

FLAMBEAU, dont les veux se réveillent.

La bâtai llr !...

500 GHRRSTOMATHIE FHANÇAISB

LE DUC

Enlends-tu ces confuses rameurs ?

FLAMBEAU, se cramponnant k cette belle illusion.

Oui... oui... c'est à Wagram, n'est-ce pas, que je meurs?

LE DUC

Vois-tu passer, traînant son cavalier par terre, Ce cheval schabraqué d'une peau de panthère?

11 se lève et, debout maintenant, il raconte à Flambeau oouchôdaas l'herbe.

Nous sommes à Wagram. L'instant est solennel. Davoust* s'est élancé pour tourner Neusiedel. L'Empereur a levé sa petite lunette.

Ou vient de te blesser d'un coup de baïonnette. Je t'ai transporté là sur ce talus, et j'ai...

FLAMBEAU

Est-ce que les chasseurs à cheval ont chargé ?

LB DUC, montrant du doigt de lointains brouillards.

Tout ce bleu qui du blanc des baudriers se raye, Ce sont les tirailleurs, là-bas !

FLAMBEAU, arec un faible sourire.

Général Reille.

LB DUC, ayant l'air de suivre la bataille.

Mais l'Empereur devrait envoyer Oudinot!

Mais il laisse enfoncer sa gauche 1

FLAMBEAU, clignant de l'œil.

Ah ! le finaud l

LB DUC

On se bat 1 on se bat i Macdonald se dépêche, Et Masséna blessé passe dans sa calèche l

FLAMBEAU

Si Tarchiduc s'étend sur sa droite, il se perdl

LE DUC, criant.

Tout va bien.

FLAMBEAU, vivement.

On se bat ?

i Ce nom et les suivants sont ceux de géutîraux français ou autrichiens.

BDMONO ROSTAND 801

LB DUC, âveo une fièvre croissante.

Le prince d'Anersperg Est pris par les lanciers polonais de la garde I

FLAMBEAU» essayant de se soulever.

Et TEmperear? qne fait TËmperenr?

LB DUC

Il regarde.

FLAMBBAU, soulevé sur les poigntts.

L'archidnc se prend-il au piège du Petit ?

« LB DUG

Tu vois, cette poussière, an loin, c'est Nansouty !

FLAMBBAU, avidement.

L'archiduc étend-il l'aile de son armée?

LR DUC

Tu vois, c'est Lanriston, là-bas, cette famée I

FLAMBBAU, haletant.

Et l'archidac?... que fait l'archidao?... le vois-tu?

LB DUC

L'archiduc élargit son aile !

•: FLAMBBAU

IlestfoutuM

Ilntombt.

LB DUG, avec hnresM.

Cent canons au galop t

FLAMBBAU, se débattant boy le fol.

Je meurs l... J'étouffe I... A boire 1 -- Et... que fait... l'Empereur?

LB DUC

Un geste.

FLAMBBAU, fermant doucement les yeux.

La victoire.

Silence.

» Populaire, pour perdu.

500 GHRESTOMATHIE FRANÇAISE

LE DUC

Enlends-tu ces confuses rumeurs ?

FLAMBEAU, 86 eramponnant k cette belle illusion.

Oui... oui... c'est à Wagram, n'est-ce pas, que je meurs?

LE DUC

Vois- tu passer, traînant sou cavalier par terre, Ce cheval schabraqué d'une peau de panthère ?

11 se lève et, debout maintenant, il raconte à Flambeau couché dans l'herbe.

Nous sommes à Wagram. L'instant est solennel. Davoust ^ s'est élancé pour tourner Neusiedel. L'Empereur a levé sa petite lunette.

On vient de te blesser d'un coup de baïonnette. Je t'ai transporté là sur ce talus, et j*ai...

FLAMBEAU

Est-ce que les chasseurs à cheval ont chargé ?

LB DUC, montrant du doigt de lointains brouillards.

Tout ce bleu qui du blanc des baudriers se raye, Ce sont les tirailleurs, là-bas !

FLAMBEAU, arec un faible sourire.

Général Reille.

LE DUC, ayant l'air de suivre la bataille.

Mais l'Empereur devrait envoyer Oudinot ! Mais il laisse enfoncer sa gauche !

FLAMBEAU, clignant do rosil.

Ah ! le finaud !

LB DUC

On se bat 1 on se bat ! Macdonald se dépêche, Et Masséna blessé passe dans sa calèche l

FLAMBEAU

Si Tarchiduc s'étend sur sa droite, il se perdl

LE DUC, criant.

Tout va bien.

FLAMBEAU, vivement.

On se bat ?

i Ce nom et les suivants sont ceux de généraux français ou autrichiens.

EDMOND ROSTAND Mi

LB DUC, avec une fièvre croissante.

Le prince d'Auersperg t^st pris par les lanciers polonais de la garde t

FLAMBEAU, essayant de se soulever.

Et l'Empereur? que fait l'Empereur?

LE DUC

Il regarde.

FLAMBEAU, soulevé 8ur les poignets.

L'archiduc se prend-il au piège du Petit ?

, LB DUC

Tu vois, cette poussière, an loin, c'est Nansouty !

FLAMBEAU, avidement.

L'archiduc étend-il l'aile de son armée?

LE DUC

Tu vois, c'est Lauriston, là-bas, cette famée !

FLAMBEAU, haletant.

Et l'archiduc?... que fait l'archiduo ?. . . le vois-tu?

LB DUC

L'archiduc élargit son aile !

FLAMBEAU

Il est foutu « !

Il retomlM.

LB DUC, avec ivresse.

Cent canons au galop l

FLAMBFJ^U, se débattant sur le toi.

Je meurs 1... J'étoufieL.. A boire!

— Et... que faiL.. l'Empereur?

LE DUC

Un geste.

FLAMBEAU, fermant doucement les yeux.

La victoire.

Silence.

' l*opTiîaire. pour perdu.

502 CHRRSTOMATHIE FRANÇAISE

LE DUC

Flambeau!...

Sileace. Puis le râle de Flambeau s'élève. Le duc re^^arde autoor de lui avec effroi. Il se voit seul dans cette immense plaine avec ce mourant. Il frissonne, il recule un peu.

Mais ce soldat couché là, mai u tenant, Me fait peurl — Eh bienl quoi ! ça n'a rien d'étonnant Qu*un grenadier français dans cette herl)e s'endorme, — Et cette herbe connaît d<^jà cet uniforme 1

Il se penche sur Flambeau en lui criant.

Oui, la victoire 1... Au bout des fusils, les shakos !

FLAMBEAU, dans son râle.

A boire!

DBS voix, dans le vent.

A boire 1... A boire!...

LE DUC, tressaillant.

Oh ! — Quels sont ces échos :

UNE VOIX, très loin.

A boire!

LE DUC, essuyant une sueur à son front. Dieu!

FLAMBEAU, d'une voix rauque.

Je meurs!

DES VOIX, de tous côtés, dans la plaine.

Je meurs... Je meurs...

LB DUC, avec épouvante.

Son râle Se multiplie au loin...

UNE VOIX, se perdant.

Je meurs...

LE DUC

Sous le ciel pAlol...

Ahî je comprends!... Le cri de cet homme qui meurt Fut pour ce val qui sait tous les râles par ccKur, Gomme la {)remier vers d'une chanson connue. Et quand Thomme se tait, la plaine continue!

LA PLAINE, au loin Ah!... ahl...

LB DUC

Ah! je compreodsl... plainte, râle, sanglot. C'est Wagram, maintenant, qui se souvient tout haut !

LA PLAINE, longuement.

Ahl...

LE DUC, regardant Flambeau, qui s'est raidi dans l'herbe.

Il ne bouge plus!...

Avec terreur.

Il faut que je m'en aille !

Il a vraiment trop l'air tué dans la bataille! ...

Sans le quitter des yeux, il s'éloigne, à reculons, en murmurant

Ce (levait être tout à fait comme cela! — Cet habit bleu... ce sang...

Et tout d'un coup il prend la fuite. Mais il s'arrdte, comme si le soldat mort était encore devant lui.

Un antre...

Il veut s'enfuir d'un autre côté, mais il recule encore en criant.

Un autre, làl...

Une troisième fois il est arrêté.

Là...

Il regarde autour de lui.

Partout, s'allongeant, les mêmes formes bleues...

Il en meurt!...

Reculant toujours comme devant un flot qui monte, il s'est réfngié au sommet du tertre doù il découvre toute la plaine.

Il en meurt ainsi pendant des lieues l...

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