‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 132 sur 166 · ALBERT SAMAIN · texte numérisé non relu

ALBERT SAMAIN

Sé à Lille en 1859, mort à Magny- les- Hameaux (Seine) en 1900.

Un élégiaque tendre et délicat, venu un peu tard à la poésie et mort trop tôt sans avoir pu donner sa mesure : toi est ce poète sincère, discret, et finement mélancolicjue. Il a vécu en plein symbolisme, pourtant il ne so rattache que très indirectement aux poètes de cette école. C'fst avant tout, comme Verlaine dont il subit un peu Tinfluence, un lyrique qui exprime son âme en do subtiles notations, douces comme les demi-teintes d'automne. La poésie contemporaine lui doit quelquesuns de ses vers les plus délic^its : il fut vraiment un écrivain d*un charme rare.

Automne^.

A pas lents et suivis du chien de la maison, Nous refaisons la route à présent trop connue.

* Extrait du Livre d'images.

« Extrait de : Au Jardin de l'Infante ^1893).

ALBERT SAMATN S43

Un pâle automne saigne au fond de ravenue, £t des fetumes en deuil passent à Thorizoa.

Comme dans un préau d'hospice ou de prison, L*air est calme et d'une tristesse contenue ; Et chaque feuille d*or tombe, Theure venue. Ainsi qu'un souvenir, lente, sur le gazon.

Le Silence entre nous marche... Cœurs de mensonges, Chacun, las du voyage, et mû, par d'antres songes Rôve égoïstement de retourner au port.

Mais les bois ont, ce soir, tant de mélancolie, Que notre cœur s'émeut à son tour et s'oublie A parler du passé, sous le ciel qui s'endort.

Doucement, à mi-voix, comme d'un enfant mort.

Elégie '.

Quand la nuit verse sa tristesse au firmament, Et que, pâle au balcon, de ton calme visage Le signe essentiel hors du temps se dégage. Ce qui t'adore en moi s'émeut profondément.

C'est l'heure de pensée où s'allument les lampes. La ville, où peu à peu toute rumeur s'éteint. Déserte, se recule en un vague lointain Et prend cette douceur des anciennes estampes.

Graves, nous nous taisons. Un mot tombe parfois, Fragile pont où Tàme à l'âme communique. Le ciel se décolore et c'est un charme unique Celte fuite du temps, il semble, entre nos doigts. Je resterais ainsi des heures, des années. Sans épuiser jamais la douceur de sentir Ta télé aux lourds cheveux sur moi s'appesantir, Comme morte parmi les lumières fanées.

C'est le lac endormi de l'heure à l'unisson, Lfik halte au bord du puits, le repos dans les roses ; Et par de longs fils d'or nos cœurs liés aux choses Sous l'invisible archet vibrent d'un long frisson. Oh t garder à jamais l'heure élue entre toutes. Pour que son souvenir comme un parfum séché. Quand nous serons plus tard las d'avoir trop marché, (Console notre cœur, seul, le soir, sur les routes.

\trnit f\o : A»* Jardin de l'Infante.

544 CmiKSTOMATHlE FRANÇAISE

Voici qnc les janlins de la nuit vonl fleurir.

Les lignes, les couleurs, les sous deviennent vagues.

Vois, le dernier rayon agonise à les bagues.

Ma sœur, n*enlends-tu pas quelque chose mourir!...

Mois sur mon front les mains fraîches comme une eau pure. Mets sur mes veux les mains douces comme des fleurs ; El que mon âme, où vil le gortl secret des pleurs. Soit comme un lis fidèle et pâle à la ceinture. C'est la Pitié qui pose ainsi son doigt sur nous; El tout ce que la terre a de soupirs qui montent, Il semble qu*à mon cœur enivré le racontent Tes veux levés au ciel si tristes et si doux.

Œuvres à lire (Société du Moroure de Frauco. éditeur) ; AuJai-din de l'Infante (l.SHiii ; Afu: fl>nu'.s du vase dSOS) ; Le Chariot d'or (10<)i). — Critiqaes à couyiiltor : Pierre Ouillard, Morcura da France (octobre 1S0:3) ; François Coppée, Mon Franc, parler, 2n>« S'épie (18!U' ; E. Vii^ié-FiOcofi. La poésie rn.iiefûpora'ne (1S97); Ga-tcMi Deschamps, Le Ter.ï^ps ('H octobre 1«î»7); W. Tompson, Fre ich Portraits (idOO); Georges Pellissier. Le motive, nent littéraire contemporain (lOOr-.

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