‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 133 sur 166 · FERNAND GREGH · texte numérisé non relu

FERNAND GREGH

A'»' à Paris en IST.'i.

bien qu'il ail subi aussi riiituionce du syml»olisme, Fornand Gregli i.'st surtout un dos meilleurs di>fiplos de Vorlaino, dont il a le verbo Iroublant, l'art dfs notations siil)til('s et dos nuances adoucies. C'est k* prorniiT porte, à tendances niodornistes. qui ail «Hô couronne par l'Académie française, rrsttV très robolle aux innovations prosorli(]ucs. (^* succès a eu d" très heureux résultats : dans sa deruièn^ o*uvre, le jeune écrivain s'est révélé, comme un lyrique profond et touchant, dont oti fient l)eaucnu}) attendre.

Le parc*.

La Maison de l'Enfance au lointain du passé Se dresse et me sourit Manche parmi les arbres, Et je revois au parc, dès le seuil dépassé. L'allée où nous rêvions le soir, couple enlacé, Sous le uesle immobile et pâle des grands marbres. Je revois le jet d'eau bordé de grands iris Qu'Avril faisait rêver en lleurs mauves cl «graves, C.oiirbés sur l'onde; ainsi les rêves de jadis Se mirent sur ujon âme, iris bleus ou purs lys, Mais V cherchent en vain leurs corolles suaves...

* Ces vers et les suivant» sont pxtraits de La Maison d# Venfanc9 flS'î). qiiph}iioR-une8 dos pièces sont de isOi.

FK!!.\AM) (il'.iJill 545

Jp revois le bassin verdi de mousses d'eau

Qui s'ouvraient coinnic un clair el fragile rideau

Au choc des cailloux blancs que nous jetions dans Tonde

Pour voir fuir, à travers les forêts de roseau,

Les grands poissons d'ar;:enl dans la vasque profonde;

La pelouse où les fleurs en Mai poussaient par gerbes,

Mêlant au clair pavot la jaune renoncule,

Et dont le vent berçait les longues houles d'herbes.

Souffle frais du matin, brise du crépuscule,

Sans trêve, en un remous onduleux qui circule.

Je revois, dans les houx, héros humiliés, Dieux de jadis gisant plus que morts, oubliés, Les marbres dont la tête a roulé sur les dalles, Les nymphes se baissant pour nouer leurs sandales Que dès longtemps le vent a fait choir de leurs pieds.

Et surtout, au détour verdoyant d'une tente, Emergeant de sa gaine de marbre, un vieux Faune Qui, solitaire, au gré d'une ivresse dansante Promenait ses doigts vifs sur une flftte absente Pour charmer les échos lointaius dans le bois jaune...

Cloches d'automne ^

Des cloches, de lointaines cloches.

Dans le grand crépuscule immobile d'Automne éveillent un frisson sonore et monotone.

Des cloches, de lointaines cloches, IJercent sur l'horizon leur plainte qui s'étonne, Baissant soudain la voix comme pour des reproches.

Souviens-toi des matins où chantaient les clochers, El des longs soirs d'Octobre assoupis de langueur Où le vent, qui fait les feuilles se détacher Avec des bruits pareils au battement d'un cœur, Soudain apporte en le silence un chant de cloches... Souviens-toi de ces jours si lointains et si proches Où IN^spoir te berçait de mystérieux chants. Quand s'épandaient, comme des larmes retenues. Les voix des cloches claires ou sombres comme les nues Qui versent le soleil et l'ombre sur les champs...

• c'est une des pièces où le poète a le plus usé dos innovations des veis-

I' iM-i5;t'\s.

Voici qnc les jardins do la nuit vont fleurir.

Les lignes, les couleurs, les sons deviennent vagues.

Vois, le dernier rayon agonise à tes bagues.

Ma sœur, n'entends-tu pas quelque chose mourir!...

Mots sur mon front tes mains fraîches comme une eau pure. Mets sur mes veux tes mains douces comme des fleurs : Et que mon âme, où vit le goût secret des pleur?. Soit comme un lis fidèle et pâle à ta ceinture. C'est la Pitié qui pose ainsi son doigt sur nous; Et tout ce que la terre a de soupirs qui montent, Il semble qu'à mon cœur enivré le racontent Tes yeux levés au ciel si tristes et si doux.

Œuvres à lire (Société Ju Mercure de France, «''diteur) ; Au Jurdm àe l'Infante (18!);{) ; At4,c flancs du vaxe (1S9S) ; Le Chariot d'or (1901). — Critiques à cousiiltcr : Pierre Ouillard, Mercure de France foctobre 1S03) ; François Coppée, Mon Franc parler, 2<n« S'^'rie (1804> ; E. Vifrit'-rjococf. I^a poésie co.itemporaine (1897); Ga^t.ja Deschamps, Le Tenyps {2i octobre 18HT); W. Tompson, Freich Por/roi/5 (1900); Georges Pellissier, Le motivonent littéraire contemporain (1901;.

FEHNAND GREGH

AV (7 Paris en IS7:i.

Bien qu'il ait subi aussi l'inlliionce du symbolisme, Fernand Grejjrb «..•st surtout un dos meilleurs diseiples do Violaine, dont il a le verV)i* lroul)lant, l'art dos notations subtiles et des nuances a'iouries. C'est le premier poète, à tendances modernistes, qui ait été couronné par TAcadémie française, restée très rebelle aux innovations prosodiiiues. Ce succès a eu de très heureux résultats : dans sa dernière œuvre, le jeune écrivain s'est révélé comme un lyrique profond et touchant, dont on peut l)eaucoup attendre.

Le parc *.

La Maison de TEufance au lointain du passé Se dresse et me sourit blanche parmi les arbres, El je revois au parc, dos le seuil dépassé. L'allée oti nous rêvions le soir, couple enlacé, Sous le ijeste immobile et pâle des grands marbres. Je revois le jet d'eau bordé de grands iris Qu'Avril faisait rêver en fleurs mauves cl j^raves, Courbés sur l'onde; ainsi les rêves de jadis Se mirent sur nion âme, iris bleus ou purs lys, Mais y cberolie:it en vain leurs corolles suaves...

* Ces vers et les suivants sont extraits de La Maison de Tenfance (18 'T).

f(nelt}uea-une8 dos pièces sont de IM)?,

KKl'.NA.M) CWlJ.U 545

J(^ revois le bassin verdi de inouSvSes d'eau

Qui s'ouvraient comme un clair ol fragile rideau

Au choc des cailloux blancs que nous jetions dans Tonde

Pour voir fuir, à travers les forêts de roseau,

Les grands poissons d'argent dans la vasque profoude;

La pelouse où les fleurs en Mai poussaient par gerbes,

Mêlant au clair pavot la jaune renoncule,

Et dont le vent berçait les longues boules d*berbes,

Souffle frais du matin, brise du crépuscule.

Sans trêve, en un remous onduleux qui circule.

Je revois, dans les boux, béros bumiliés. Dieux de jadis gisant plus que morts, oubliés, Les marbres dont la télé a roulé sur les dalles. Les nymphes se baissant pour nouer leurs sandales Que dès longteuips le vent a fait choir de leurs pieds.

Et surtout, au détour verdoyant d'une tente, Emergeant de sa gaine de marbre, un vieux Faune Qui, solitaire, au gré d'une ivresse dansante Promenait ses doigts vifs sur une flftte absente Pour charmer les échos lointains dans le bois jaune...

Cloches d'automne ^

Des cloches, de lointaines cloches.

Dans le grand crépuscule immobile d'Automne l'veillent un frisson sonore et monotone.

Des cloches, de lointaines cloches, Bercent sur l'horizon leur plainte qui s'étonne. Baissant soudain la voix comme pour des reprocher.

Souviens- toi des matins où chantaient les clochers, Et des longs soirs d'Octobre assoupis de langueur Où le vent, qui fait les feuilles se détacher Avec des bruits pareils au battement d'un cœur, Soudain apporte en le silence un chant de cloches... Souviens-toi de ces jours si lointains et si proches Où l'espoir te berçait de mystérieux chants. Quand s'épandaient, comme des larmes retenues. Les voix des cloches claires ou sombres comme les nues Qui versent le soleil et l'ombre sur les champs...

* C'est nue des pièces oîi le poète a lo plus use des innovations des vhi.s-

Iiltrislos.

Souviens-toi, souviens-loi des malins de dimanche Où ton Ame était grave et Gère et toute blanche...

Les clochers l)ourdonnaient comme un essaim d'abeilles, Et les cloches comme une plainte qui s*éveille Et s'endort et renaît plus forte, sursautaient, Et se lamentaient doucement, et sanglotaient... Et leurs voix sur les vents passaient comme de grandes ondes Qui noyaient les forêts profondes Et caressaient les plus secrètes fleurs, Et comme des tlots chargés de sanglols allaient se briser Par les hameaux en joie et les champs apaisés Aux grèves murmurantes de tous les cœurs..,

Ces jours si lointains et si proches.

Ces jours qu'ont évoqués les cloches Du fond du passé sombre où s'eiidorment les jours, Ces jours si lointains et si proches Ont-ils fui pour toujours !

0 passé ! Souvenir doux-amer ! 0 regret! Reviendrez-vous, matins dos divines tristesses! Le chant a-t-il menti des cloches prophétesses ? L'espoir qui me parlait en leur voix fut-il vrai ?

Ou bien, comme ce soir en écoutant les cloches

Dois-je pleurer toujours.

En écoutant chanter, longs sanglots, doux reproches, Au fond des soirs, du fond des jours, Les cloches incertaines.

Les cloches Lointaines...

Menuet ^

La tristesse des menuets Fait chanter mes désirs muets

Et je [>leure D'entendre frémir cette voix Qui vient de si loin, d'autrefois,

Et (pli pleure.

• Cotto inf^cc est un ch«.'f-d'u'uvre de in»'lancolîe douce et tendre ; comme certaine» déliciousoB romanci'» du sièclo poHBé, elle évoque le monde charmant que peignit Watti.>au et dont Marivaux nous a donné la psychologie pénétrante.

FËRNANO GRSGH 547

Chansons frêles du clavecin, Noies grêles, fuyant essaim

Qui s'elface, Vous êlos un pastel d'antan Qui s'anime, rit un instant,

Et s'efface,

0 chants troublés de pleurs secrets, Chagrins (jui s'i^niorent, les vrais.

Pudeur tendre, Sanglots que Ton cache au départ, Et qui n'osent s'avouer, par

Orgueil tendre.

Ah ! comme vous broyez les cœurs De vos airs charmants et moqueurs

Et si tristes !

Menuets à peine entendus, Sanglots légers, rires fondus,

Baisers tristes !..

Appareillage.

Le flot clapote, un homme auprès de nous chantonne; Des voiles passent comme un vol d'oiseaux blessés. 0 phare ! ô port ! demain nous vous aurons laissés Derrière nous, fuyant sous la mer qui moutonne...

Vois déjà près du môle, au soleil froid d'automne. Notre vaisseau halé par les haleurs lassés; Ils tirent pas à pas, et leurs chants cadencés Font un thrène d'adieux lointain et monotone...

Car tout déjà parle d'adieux ! Des matelots Dans les vergues, Ixîrcés sur le péril des flots, Hissent la voile avec un cri mélancolique;

Et triste comme les adieux, de toute part Flotte dans l'air humide et le soleil oblique Le vent qui gonflera nos voiles, au départ !

Le chemin de vie.

Je sens sourdre à mon front des sueurs d'agonie. Et je n'ai fait pourtant qu'un pas dans mon chemin; Je vais en talonnant et je cherche une main... Qui voudra me guider sur la route infinie ?

548 CHUESÏOMATHIK FRANÇAISE

Les cailloux, aulrofois, ponsst'^s d'un piod alerte, Et qui, dans les lilas o.[ les Heurs dV'glanliers, Ruisselaient en chaulant aux pentes des sentiers. Voici qu'en les hfurlant je bute et je m'arrête...

Je suis seul, et pourtant on marche «juehpie part. Je frùle à chacjue pas de jurandes fleurs (pii tremblent. . Gomme la route est somhre au lointain: il me semble Qu'un grand soleil pourtant rayonnait au d«''j»art.

Je ne sais plus; je sens s'aggraver peu à peu L'invisible fardeau qui charge mes ('épaules. Atteindrai-je du moins là-bas le Vallun bleu Où je pourrais dormir près du lac, sous les saules ?

Au d«''part, ce fut comme un (^blouissement. I^a route miroitait toute blanche de poudre, El nous sommes partis en nous serrant les coudes, Et déliant le sort et riant follement!

Sans que j'aie un instant pu voir mes compagnons Se plus mettre leurs pas familiers dans ma voie. Je me suis trouvé seul au chemin qui poudroie... Mais pour les a[)[>eler encor je sais leurs noms.

Il y avait là-bas, au départ, dans l'aurore. Le fol Esi>oir, le Rêve au front pur et joyeux, Et le Désir avec sa flamme dans les yeux, Et l'Amour au doux rire et le Plaisir encore.

Mes amis autrefois m'ont dit en souriant Qu'ils voulaient me conduire aux îles Fortunées... Peut-être l'alteindrai-je en marchant des années Le mirage apparu dans l'aube à l'Orient ?

Je sais que pour le joindre il faut passer les mers; Mais i)eut-étre en allant devant moi, quelque jour, Ayant erré dans l'ombre et fait un long détour, Verrai-je se dresser enfin ses Palais clairs !

Les Paradis d'espoir ne sont jamais [)erdus.

Et quand on a manqué pour y cingler la voile,

Après avoir souffert et marché sans étoile,

On les voit luire, un soir que Ton n*y croyait plus.

fbhna:«o GnEGn

Mais j'irais moins lassa sur la roate infinie Si je n'étais pas seul à Caire mon chemin. Et si ponr me guider je tenais Dne main Dont je suivrais le charme et la douceur bénie...

Promenade d'aatomne'.

J'ai marchi: longuemcnl i travers la campagne Sous le soleil rt^veur i]ue son omlire accompagne. Comme la (orjiie pâle, à terre, de sou rêve. L'élanft brillait, je ^uis descendu snr la grève.

De beaux cygnes nageaient sous les derniers feuilln^s;

Ils tralniiifiiL derrière eux, calmes, de blancs sillages

Qui ridaient, en s'élargissanl, l'eau solitaire

El semblaient des liens d'argent avec la terre.

J'ai regarda longtemps, assis sous les vieux charmes,

PrOs du pont, me sentant monter anx yeux les larmes

Que fait venir l'aspect de la beauté parfaite.

Parfois passait, dans l'or (hi bel automne en fête.

Odeur de la Toussaint funèbre, attristant l'heure

Du tendre souvenir lointain des morts qu'on pleure,

Un monotone et doux parfum de chrysanthème.

— Et soudain j'ai songé que je mourrai moi-même...

Et j'ai dit à l'aulomne, aux longs rayons obliques.

Au ve]it, an ciel, aux eaux, aux fleurs mélancoliques

K Je ne vous verrai plus, un jour, beauté du monde 1

Tu ne couleras plus en moi, douceur profonde

Qui, tous les soirs, des bois pleins d'ombres colossales

Que le couchant allonge aux prËs lointains, t'exhalea

Et coules lentement dans ma jeune poitrine I

Un jour, lu ne viendras pjus enQer ma narine.

Je ne sentirai plus à mon front ta caresse,

Vent odorant, léger, qui cours avec paresse

Sur les flenrs que le soir n'a pas encor fermées ;

Et vous, fleurs tristes. Heurs pAleinent parfumées,

L'n jour, voua couvrirez ma tombe, chrysanthèiiii'S t

.Mais j'accaeillo ton nom, 6 mort, sans analhùmes

Parmi la vaste paix de ce couchant d'automne ;

Itieu, ce soir, dans ma chair, ne tremble et ne s'étonne,

m *péclai«n très réHBii de poésl

550 CHRESTOMATIIIK FRANCAFSH

Et la grande pensr^e en moi n'est pas uiij«>ro ;

Et je m*en(lorniirais comme aux hras d»^ ma mère,

S'il fallait iriVndorinir par ce soir pacilique,

Remerciant la vie étrange et njagnilique

D'avoir niéNî ses maux do d«^lices sans nombre,

Souriant au soleil, n'ayant point peur de l'ombre,

Espérant dans la mort d'un espoir invincible.

Car tout no trompe pas. car il n'est pas possible

Que mes plours devant ce beau soir n'aient piis de cause

Et ne répondent pas ailleurs à quelque chose.

Que cette ample beauté si douce et si sereine

Ne couvre pas un peu île l)onté souterraine ;

Et que mon âme enlîn, douloureuse ou joyeuse.

Mais (pli rost^' pour moi toujours mystérieuse,

Ne cache pas, peut-être au plus secret en elle,

Un mystère de plus 'jui la fasse étornello! »

Œuvres à lire de Fernau'l (îi-.iii (Ciiliii;i.,n liOvy. «'ditiMir, Paris) : Ln maison de l'enfance (1.S97); Ln Ifrmtfr //»• r/.v' dîi • .— Ctiti(jiies à consiilt'-r : A. Sab&tler, Journal ifr. Gcnèvi^ du 30 inîii IS'.i?. <î:i8ton lJ».'s«.'linmps, Le Tcmjts, du h novembre 1Hl)r ot du 15 avril l'.'OO: (i. Pellissior, A«> mouvement lUlcraire co«temjjorain (iJOl).

JEAN MOIU^VS

AV a Athenrs ♦->} JS56.

Elevé à MnrspiJh', puis à Paris, devenu Krnncais par adoption, Jean Moréas a joué un rùli- ass<'Z iinpdrtant dans l«i mouvement symboliste, dont il j)assM <iuelqu»' (•■nips pour Tun des chefs. Il écrivait alors vu lau;jjue déi-;nlriit«', tonjli;nit fréqu.înment dans le jarpron inallariuiste. Par une (Uiriruse évolutinn qiri'.\|«li(Hio p"n!-étre son ori^nnc hell/'iiiquc, il a al)andonné plus tard If syml.olisme pour former W'-coff* rcinane. Jaloux d''';;aler le londatt^ir de la Ploïade, il ntns/trdisa dès lors eu un style à la fois archaïqu»' «'t mignard. niélan;,n«:nil »lans ses vers le classicisme de la Kenaissauct' et les nuaj.n'uses inia/inations de la poésie «iécadente. Ot Athénien romanisé a néaniuoins beaucoup de taU-ul v\ de cliariue; il est souvent ori;.'in'^l dans ses thènii^s et dan-; ses rythmes, mais il a pris, ci'oyons-nous, unt.' fauss** voie. Nous nr svuniues j>lus au XVI» siéolr; il ««st \)Wn inutile de refaire l'œuvre de lionsartl, et la poésie artificielle des bunianisîes est auj<«uriVhui frappée de stérilité.

Maintenant > .

Autrefois je tirais de mes tlùlos léLféres

Des fredous variés qui plaisaient aux bor|:ères ^

* Ces vers et Ioh suivuits sont .«xtruils du loouinl Le jn^l'^rin passionné <iS'.H).

JEAN MOREAS

Et reniiaipnt alleiitifs cplui (|ui ilans la mer Jptle ses limnls fllpls el celai qui, en Tair, l.lresse un pièjiP invisible, el ceux qui d'aiguillons P'iiisseQt parmi les eiiaiLips les iK^ufs creuse -s tlious. l'riape lui'iiiP. itliirs, sur le seuil d'un ver^'er, Kn bois dur li^'uri'-, sninbluit m'encoii rager. Mu flftle ne sait plus, hi'las! me réjniiir, .M'in ccpur est travailla de craiiile et de d&ir. Aillen, roseanx amis i|ue savait pertuiscr, l'ciur être Ivs premiers, ma niaiu ! Je veux creuser La tijie du lulns: s'il e^l vrai i|ue sa fleur, Kn apuisanl la Taim, apaise lu doulnir Kl fait à riioinnie errant sur Neplnuc ik'nniGux llublicr sa patrie et ses an[iF|nes dieux, Lursiiue j'v simfdurai, avecquR ninu haleine Peul-Êlrc cnvoleni ma peine.

Etrennes de Doulce.

Seti veux panui S"s joncs, ses lèvres de couleur,

Ses venx sont comme llcur lie violelle au lion'|net joli, lit son sourire Et son (rauc dire EiicluiiilPiit le mal qui me vent occiro, Mica\ iiu'pii avril ni mai Gentil oisean Du liois ramé Ne berce somme Do [)asl<iurran ; C' st pourquoi Duulce je la nomme.

Si le nom de MiMusino

Pourtant Mi le imm d'Ar:;"ntiue Onde laeointessp il.- flassauii, Ni celui jiliis t'aiiicux de lu reine Qui niuurut d'aimer, Ne valent pour lu nommer, l,e nom qn'i'IIu lient de sa marraiuQ.

552 CHRKSTOMATHIR FRANÇAISE

Nom qui m'êtes courtois ôchaiisoii, De loyal heur, en na chanson.

Las, fauilra-t-il toujours vous tairo?

0 doux nom si gracioux Qui faites pleurer mes yeux Quand ma bouche vous profôre.

Pour couronner ta télé, je voudrais Des fleurs que personne ne nomma jauiais. Lavande, marjolaine, héliau thème.

Et la rose que le luth vanta, Et le lis sans tache que Pcrdita Souhaitait pour le prince de Bohéuie; L'œillet, la primevère, les iris.

Et tous les trésors de Ch loris :

Gerbe seraient pauvre et défaite Pour couronner ta tète.

Le retour.

Pétrée, chère tête l Pareille au blond épi que la faucille jruelte; 0 Pélréa, génisse indocile au servage.

Moins douce est la saveur de la pomme sauvage

Que ta bouche.

Contre des hommes belli(|ueux que la trompette enivre. Mes bras tendirent l'arc d'aubier où la sagetle vibre; Mais ils sauront aussi s'illustrer d'une lutte Plus bénigne, 6 Pétrée, et j'appris les secrets Des [)ertuisés roseaux et de la curve flûte.

C'est temps nouveau quand de ses traits

Diane n'ensanglante les forêts.

C'est qunnd Jouvence fait à Dioné service. 0 gracieuse enfant, que clairs et simples sont tes yeuxt

Déjà Tas Ire de Bérénice Guide vers l'Occident le Bouvier paresseux.

Pour que tu cèdes à mes pleurs.

Ma main a dévidé des fils à sept couleurs. Chantant l'air redouté, J'ai répainlu la cendre

FHAHCtS YliLlGRim 883

Des herbes de bonté.

La voix du rossigool fait ton ftme plas tendrCt Et Ib favone agace, comblant mes vœux, La couronne de pin qui mêle tes cheveux. Sylva XV.

Moi que la noble Atbéne a nourri.

Moi l'élu des Nyinplies de la Seine, Ja ne suis pas un ignorant dont les Muscs ont ri.

L'intègre élément de ma voix Suscile le barpeur, honneur du Vendômois; Et le comte Thibaut n'eut pas de plainte plus douce Que les lavs amoureux qui naissent sous mon ponce. L'IIjnme et la Parlhi'nie, en mou àme sereine. Seront les chars vainqueurs qui courent dans l'arône;

Et jo ferai que la Chanson

Soupire d'un tant courtois son.

Et pareille au ramier quand la saison le pressa.

Car par le rîle que je sais.

Sur de nouvelles fleurs, les abeilles de Grèce

Butineront un miel français.

■ I.nvres à lire di Jean Morias (Léon YaoEer, (diteur, Paria) : l.e. Sortes I188S- IX-il^ r.fi Cainiliiiea (I8SI-1VB6); L» peUrin paisionné (tSDl); Sian^tt VJW- VMt. — Critiques j( eonsullei : Ch. ISotiCB. La lilléraluri de (oui à 1'.:. uyi I1b.s»); Anniole Franco, la vii Ipiératrt (iSHS); Ch. OUel, Shiolre 4t la lilléraiurt françaUt (I88S); O. Pelliasur, Li «oHMBMnf lUtérairt eonttmporain

FRANCIS VIÉLÉ-GRIBTIN

.\V à -Vor/bi*. en rirymle, *» ISSI.

Di^scendant d'un protestant français exilé, quoique né lai-méme dans rAiii^ni]uc du Nord, Viélé-GrîFlin est un poète absolument francisé, dont l'influence s'exerce aclivpment anr une partie de la jeune école. Il ne se rattache que par une partie de aon œuvre au symbolisme. Ce qu'il chante surtout c'est la vie, sans la fiction ou le symbole. Lyrique, sini'cre et spontané, il dit tout simplement ton Ame délicate et douce, ''n dos vers sinueux, d'un charme discret, caressant comme une musique de nocturne. C'est peut-être lui qui a Tait du vers libre l'applicalion la p!us intellit^nta et la plus artistiiii". Telle qull le oonçoit, ci-lte forme prosodique n'est pna le renversement purement anarchique di^s Ti-n\i^% Iradi lionne! les, mais un proc'dé plus complet, plus étendu, ]ilu3 aubti! et plus musical, permettant de mouler eiactemant le «tyle sur la pensée poétique, en vue d'un effet lyrique plus sincère. Le noïu- -,<sme, la tendance idéoréalitte de la jeune école poétique actuelle, dérive en grande parUe de Viélé-Gririin.

554 CHRESTOMATHIK FRAN^AISK

Pour rêver*.

Voici, pour vivre une heure, un rêve riverain,

Les sa])los el les saules gris, el le serein

Espace du ciel clair, el toutes les prairies

Vers l'occident, où vont les giMiisses nourries

De fleurs et d'herbe douce, el lu peux vivre, aiijsi,

Ignorant quel hasard l'a mcn<'' jusrju'ici.

Rieur du rire inconscient, rêveur du rêve

Gai des forêts d'avril où sourd nu chant de sève.

Car le jour est joyeux el la fleur s'endort : On y pourrait cueillir le reflet des fleurs d'or.

Tl s'envole de blancs flocons aux toisons grises

Des nuages, épars aux plaines inconquises

l']n lents troupeaux I (routeurs el que pousse, berger

Invisible desinflnis, un vent léger.

Si It'^ger tjiie son vol à peine effleure l'onde...

El la passivité de celte heure est f»''Conde.

Ces heures-là-.

Ces heures-là nous furent bonnes.

Comme des sœurs apitoyées; Heures douces et monotones.

Pâles et de brumr-s novées, Avec leurs pâles voiles de nonnes.

Ne valaient-ils donc pas nos rires, Ces sourires sans ami'^rlumes Vers le lourd passé dont nous fûmes?

Ah ! chère, il est des heures pires Que ces heures au voile de brumes.

Elles passaient en souriant

— Comme des nonnes vont priant —

De lueurs opalines baignées.

Les douces heures résignées.

Va, nos àrnes sont encor sœurs Des heures de l'automne grises.

Dont la pénombre dans nos cœurs Estompait les vieilles méprises.

Et nous ne voyions plus nos pleurs.

* Extrait de Cueille d'Avril (1885).

« Kxtrait de Joips (1888-1889).

Celle qui passe'.

Celle qui passe m'a soori

— L'azur est plus piile et l'air est rose — Celln qui passe sans une |>ause, Vajjiieinenl tejiilre comme une Ciiose, Coiiime nn ruisseau, comme un pn'' fleuri

— Celle qui passe m'a souri — Tout est joie, el tout cliuule et prie

— Celle qui passe a rayonné — L'Avant liier est pardouiië,

La messe d'amour a sonné Aux clocliettes de la prairie .* Celle qui passe a rayonné.

Rien n'est plus du jour et de l'heure :

Celle qui passe a souri lies rayons ;

Mon ùme flotte par les sillons

Avec la lirise el W pajiillons,

Je suis le jour iuOnk' c|ui chaule <^t Jleure,

— Ci'lle qui passe a souri des rayons. — Avec nu peu de galle blonde,

En rayon par la route qui grimpe ; Avec un |ieu de ton rire — (une oudo

Qui jaillit et poudroie I) — Avec, ù, ton doux rire où se fonde Mou rêve déclin de sou vieil Olympe

Et qui pleure de joie ; Avec un froufrou de ju|)e — t\xns aile I) — Avec un l'clat des yeux — (ù rayons !) La vie est légère et la vie est U-ï\e Fà mon àuie chante en les uariUous.

L'étape -.

5r>6 GHR£ST0MATH1B FRANÇAISE

Je sais notre âme tendre et lasso,

Que tu marchais sans regardor, ni voir,

Vers quolijup f^sitoir

Ancien et cher — nu jeune, à peine aim«S

Comme un rire entrevu qu'on suit, moiiueur.

Ou connne un long regard ponln qu'on va cherchant,

Marchant,

Marchant — d'octohre en mai;

Je sais ton coMir, mon c^pur.

Vois; pense avec mes paroles choisies; Malgré le lourd reflux de ton sang Qui bat la lempe Ilots sur flots, Rêve en mes paroles choisies :

Avec ton gai si filet par les genêts Kl tout le blond soleil éblouissant,

— Si bien que tu marchais les yeux mi-clos Sur la roule qui le menait —

Tu n'étais joyeux que de quelque espoir?

C'est d'elle ? avec un baiser à cueillir?

Je sais ton coiur — on n'est pas gai à moins;

Vers son baiser qui sait vieillir

Marche, ivre, donc, au long des jeunes foins :

On n'est pas ivre à moins.

Si ce n'est d'elle — assieds-toi ; tu es triste; Hors celle-là, il n'est pas d'autres joies; La vie est grave et la mort est sinistre : Avec son envergure au vol déuiesuré, Son ombre sur la vie est d'un oiseau de proie.

Certes, tu n'auras pas désespéré; Serrant ta volonté autour de loi

— C(jnmie on serre un manteau trempé de pluies — Tu marches droit,

Tu te sais immortel et tu défies

Le temps que lu sais leurre.

Mais tu as peur de mourir, même une heure

— Une heure l... tu le vois bien, l'heure t*étreint, Mon frère humain.

FRÀNas vi^LA-oamw

Ta es triste;

Tant souvenir esl nn tombeaa sang Chriatf La route qni t'a mené ias(|ti'ici ' D'un vieux souci vers un jeune souci — Si tu le retournais, la main au front. Ainsi que celui qni regarde au loin, Ainsi que font

Aus portes des tombeaux les hauts veilleurs de marbre - La route esl toute de croix bordée.

Et d'arbre en arbre- Ton bel amour, ta jeune idée 1

Si bien que tout rire d'un sanglot se faus^ Et que ton cher espoir se fait atroce.

0 crois-moi qui me souviens de demain :

La haute joie est douloureuse et telle

Qu'en sa douleur Tàine exulte icnmorlells,

Pleurer est doux par-dessus toutes choses ;

Assieds-toi près de moi;

Quand j'ai pleuré la télé entre les mains

J'ai vu, entre mes doigts, ce lent jour gris tout rose :

Alors, mon flme eut foi.

Et toi, ma sœur qui passes,

Je te s^s triste anssi, bien que tn fasses.

Bien que lu pares de galté l'inquiétude.

Bien que tu traînes aux cailloux, fleurdelysés,

Les pans ailiers de ta robe de prude.

Ou, bien que tes lèvres soient pleines de baisers

Que ta main prend et lance — ainsi qu'une pauvresse

Qui, pour se croire riche, vide à poignées

Aux autres mendiants sa sébile d'aumône ;

Ton âme est en détresse.

Fille de l'homme.

Hors ta petite fièvre

Jolie au gré du désir. Ion miroir.

Que sais-lu de ta grlce î Si, même, elle esl î

La Irislesse t'a fait sigae (flaque soir

Montrant la vie, aussi, et ce qu'elle valait.

h58 CHRESrOMATMlE KRAXi'.AlSE

Si bien qu'en tremble un peu la pauvre lèvre Et que Ion long regard s'en est vuil<'*.

Assieds- toi là, ma sœur, et pleure :

Pleurer est beau par-dessus tout<^s choses; Il n'est (ju'une heure, «die demeure Eternelle en mélamorjdioses :

L'heur»* de pili»'* sainte et d'amour surhumain Qui pleure jusqu'à sourire... enlin.

Diptyque *.

Voici la [jlaine aux grands blés loux

Que rêvait un moine de Fiésole;

llegarde la faux qu'on y voit luire :

La Taux est belle,

Qui vole

A tire-d'aile,

• ioiiifiie une aile noire dans les blés roux;

La Mort est belle et sans paroles,

Kl l'auche et fauche à lar;:<'s coups

Kl sa moisson est bonne et belle.

De sa faucille

Le bel Amour glane des fleur

Parmi réteulo,

(ilane et pleure

Kl chante

Et marche seul

Sans é[)onvante;

Et la Mort marche devant Lui

Avec sa faux qui luit et luit

— Drapée d'aube en son linceul —

[''auche sans parole et sans bruit

Le million des grands épis.

La voici sur le ventail d'or; p]lle pousse la charrue d'automne :

Le long champ déferle en sillons Charriant le chaume pâle et mort; Et derrière Elle, 11 marche encore Avec encor des épis d'or

' K\ trait des Cifffucs.

Dans ses cheveux il'ailolescent,

Avec, eiicor, le iiiSnie chant

h:t sème, encore, aii\ vieux aillons.

tJ^ns l'or du soli'il pàli^suiit,

Sùme les cœurs pur niillrons.

Veux-la pleurer alors qu'il chante?

Aimer c'est mourir el reuallrr ;

Quel pauvre ifurre t'ê|iouïauteî

UeiioulPS-lu de te coiiuailreî

Hi>;anlc encore et fais la vie

Selon in vision de joif :

La faucille d'Amour dvvie,

La Taux comme une aile sVploic ;

Vois : l'Amour fauche de son aile

l^es plus hauls lys ijue pleurent les saules.

La Mort faîl liiilte et sa faux noire

Kst comme une aile.

hjSt comme une lile, à son épaule !

Ui'jnuis-loi et sache e

VL,;i.'. . GrifUi. (SofiiSté du JlrTCîure ^1805)1 La liatnda ailéa it Witlar, \,:t : Henri Gliégn. VErmiiapt rann«<

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