‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 145 sur 166 · ALEXANDRE EGLI · texte numérisé non relu

ALEXANDRE EGLI

yé à Genève en i85i.

Un bon sens robuste uni à une grande di'licatesse, de la bonhomie et beaucoup de finesse, un réalisme sain s*alliant à un idéalisme élevé, telles sont les qualités qui caractérisent ce bon poète. 11 aime la nature suisse dont il comprend le grandiose, mais il sait aussi tirer des moin> dres incidents de la vie ordinaire une poésie délicate, touchante ou enjouée, dont la forme est toujours adéciuateau sujet traité. L'érudit processeur est un lin lellré ayant gardé toute sa fraîcheur d'ùme.

Vieux sapins.

Près des chalets épars sur les hauts pâturages, Ils rêvent, dépouillés à demi, — toujours fiers, — Les vieux sapins char^'és du poids lourd des hivers. Et les troupeaux pensifs connaissent leurs ombrages.

Leurs troncs, séveux jadis, ont subi maints outrages, — La lèpre des lichens et le chancre des vers, — Mais les rameaux barbus poussent des bourgeons verts. Et leurs sommets al tiers n'ont pas peur des orages.

Rarement les atteint un vulgaire trépas.

Mais quand la foudre un jour les heurte avec fracas,

Ils s'allument soudain depuis la base au faite.

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Et lançant à leur tour vers les deux des éclairs, Ils succombent debout, en parure de fête, Puis, morts, jettent encor un défi dans les airs.

Aux bonnes sœurs ^.

Sous la rigide robe noire,

Sous la coiffe à bavolet blanc,

Vous qui saQS bruit, mais non sans gloire.

Allez luttant et consolant;

Humble phalange d'héroïnes, Pacifiques soldats du bien, Qui pratiquez les lois divines, Donnant et ne réclamant rien ;

Vous qui n'ayant aucune emphase, Ne cherchant aucun piédestal, Faites le bien, — le bien sans phrase, — Dans le secret d'un hôpital

Vous dont Texemple salutaire Rappelle que la li lier té Ne vaudra jamais sur ia terre Un joug allègrement porté;

Pour vos vaillances infinies, Pour vos dévoûments infinis !

Soyez infiniment bénies, Comme vos travaux sont bénis !

Ijorsque sur les sanglantes claies, Se réveille un pauvre amputé, Qu'il faut bander d'immondes plaies, Ou combattre un mal redouté,

Vous êtes là, toujours sereines, Mais sans que votre œil ait pleuré^ 0 vaillante^ Samaritaines, Vous avez le cœur torturé !

1 Extrait d'nne plaquette intitulée L'Obole (1892). (Lœrtscher, Mlteur, Veye> ) . - Les Samaritaines, dont 11 est parlé ici, sont les diaconesses de l'hôpital de evey.

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El voyant ce regard où brille Un courage empreint de douceur, Le Devoir vous dirait : « Ma fille! » La Charité vous dit : a Ma sœur! »

Gomme on faisait pour les Vestales, On devrait vous céder le pas Quand vous allez calmes et pâles.

Et pour vous s'incliner tout bas.

Mais vous passez : l'on vous ignore Aux jours de vie et de santé ; Aux jours d'épreuve on vous adore, 0 bonnes sœurs de Charité!

A rainée.

Quand je te contemple, ô ma douce ainée. — Femme pasencor, presque plus enfant. Ayant accompli ta seizième année, Sans connaître mieux le mal qu'en naissant.

J'évoque aussitôt l'image attendrie D'un passé bien cher et déjà lointain.

Où je n'avais pas l'àme endolorie, Où j'avais aussi le cœur enfantin.

Je revois ta mère,... elle avait ton âge Quand je la connus et quand je l'aimai ! Nous étions naïfs, et, divin mirage, Nous croyions encore à TtHernel Mai !

Dès lors, nous avons marché dans la vie. Pour la joie unis,... serrés dans les deuils ; Car la route à deux, par nos pas suivie, A passé trop près de trop de cercueils !

Pourtant, je bénis Dieu, qui fit revivre Les traits de la iiière en ceux de l'enfant, Me donnant à double ainsi le beau livre Que, vingt ans passés, je lus triomphant ;

Et quand je vous vois côte à côte assises. Dans mes rêves les plus ambitieux, .le dis : « Fais, Seigneur, leurs âmes exquises. Sans cesse plus près, se ressembler mieux . >>

ALICE DE CHAMBRIBR 0l7

L'Impénitente.

Ce soir j'ai dû gronder pour ud affreux délit : On a, boudant son pain, léché ses confitures ; Puis, comme on s'obstinait, — ô cervelles trop dures, Bnfants, quel noir démon quelquefois vous remplit ?...

Malgré les pleurs, les cris et les humbles postures, J'ai jugé sans appel : on va to mettre au lit. Mais tandis que l'arrêt rigoureux s'accomplit, Un scrupule me Tient dont je sens les morsures.

Hélas ! me dis-je> nous, qui, croyant tout savoir,

Parlons toujours des droits et jamais du devoir.

Que deviendrions-nous, vraiment, nous autres'hoàimes,

Si Dieu, quand nous léchons tout le dessus du pain^

Faisant peser sur nous sa formidable main,

Nous envoyait coucher, grands enfants que nous sommes ?

I.os cBuyres d'A. Bgli n'ont pM 6té rfnniM «n volame; elles sont disiéminéef dans diven recueils, entre antres dans les Poiatêa gênevoiaea (1874); La Muté romande (1889, 1890. 1891).

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