‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 29 sur 166 · LIONI · texte numérisé non relu

LIONI

« Tu mourras comme trattro.

» Maudit sera le jour où tu fus notre maître. » Tes palais et tes fiefs grossiront le trésor ; » Ton nom disparaîtra, rayé du livre d'or. » Tu mourras où ton front ceignit le diadème, » L'escalier des Géants, à ton heure suprême, 3 Verra le criminel par ses pairs condamné, v> Périr où le héros fut par eux couronné.

Hontrsnt les portraits des doges.

v> Entre nos souverains, contre l'antique usago, )> Ta ne revivras pas dans ta royale image.

CASIMIR DELAVKiNE 29

» A la place où ton peuple aurait dû te revoir,

» Le tableau sera vide, et sur le voile noir,

» Dont la main des bourreaux recouvre leurs victimes,

» On y lira ces mots : Mis à mort pour ses crimes 1 »

FALIERO

Bords sacrés, ciel natal, palais que j'élevai,

Flots rougis de mon sang, où mon bras a sanvé

Ces fiers patriciens qui, sans moi, dans les chaînes,

Rameraient aujourd'hui sur les flottes de Gènes,

De ma voix qui s'éteint recueillez les accents.

Si je fus criminel, sont-ils donc innocents ?

Je ne les maudis pas : Dieu lui seul peut maudire ;

Mais voici les destins que je dois leur prédire :

Faites pour quelques-uns, les lois sont des fléaux ;

Point d'appuis dans an peuple où l'on n'a point d'égau:;

Seuls héritiers par vous des libertés publiques,

Vos fils succomberont sous vos lois despotiques.

Esclaves éternels de tous les conquérants.

Ces tyrans détrônés flatteront des tyrans,

Lieurs trésors passeront, et les vices du pèro

Aux vices des enfants légueront la misère.

Nobles déshonorés, un jour on les verra,

Pour quelques pièces d'or qu'un juif leur jettera,

Prostituer leur titre, et vendre les décombres

De ces palais déserts où dormiront vos ombres.

D'un peuple sans vigueur mère sans dignité,

Stérile en citoyens dans sa fécondité.

Lorsque Venise enfln, de débauche affaiblie,

Ivre de sang royal, opprimée, avilie,

Morte, n'offrira plus que deuil et désespoir.

Qu'opprobre aux étrangers, étonnés de la voir,

En sondant ses cachots, en comptant ses victimes.

Us diront : a Elle aussi, mise à mort pour ses crimes ! x>

BBNETINDB

Par respect pour ton rang nous t'avons écouté, Et tant que tu vivras tu seras respecté. Tu nous braves encor : le peuple te rassure ; Mais autour du palais vainement il murmure.

N*atlends rien que de nous : d'une part de tes biens Tu pourras disposer pour ta veuve et les tiens. Dis-nous quels sont tes vœux, car ton heure est prochaine Parle.

FALtERO

Laissez-moi seul.

BENBTINDE, montrant Israël.

Qu'au supplice on l'entraîne î

ISRAËL, il s'avance et tombe à genoux devant le doge

Soldat, je veu^i; mourir béni par cette main Qui de l'honneur jadis m'a montré le chemin.

FALIERO

Au revoir dans le ciel, mon vieux compagnon d'armes t Jusqu'à ton dernier jour, toi, qui fus sans alarmes. Sois sans remords l

Il se lève.

Avant de subir ton arrêt, Embrasse ton ami...

ISRAËL

Mon prince daignerait..

FALIERO

Titre vain I entre nous il n'est plus de dislance : Quand la mort est si près l'égalité commence.

Israël se jette dans les bras du doge. BBNETINDE^ aux soldats qui entourent Israël.

Allez !

AUX membres de la junte.

Retirons-nous.

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