PRÉFACE VII
tique n'a pas le droit de l'ignorer, il faut la citer, ne seraitce que pour la combattre. C'est pour cela que j'ai admis dans ce volume l'école symboliste et les vers-libristes, tout en faisant mes réserves expresses sur les principes de ces novateurs que je suis loin d'accepter en bloc.
Cette Chrestomathie est consacrée surtout aux œuvres poétiques de la France ; celles de la Suisse y figurent aussi. Dans le volume des prosateurs, pour ne pas entrer en concurrence avec l'ouvrage de MM. Tissot et Cornut, j'avais du laisser presque entièrement décote les auteurs romands. Dans celui-ci, cette omission, que je trouvais très regrettable, est réparée en partie. J'ai fait également une place aux poètes belges et aux exotiques, de sorte que cet ouvrage a un caractère de généralité et d'équité littéraires beaucoup plus grand que celui du premier. A d'autres égards, il est plus complet encore, car, en dehors de l'étude sommaire consacrée à chaque écrivain, j'ai fait précéder chaque école d'une notice littéraire générale destinée à guider les noninitiés, et les notes sont plus nombreuses. En rédigeant la partie critique de mon ouvrage, je me suis efforcé, du reste, d'être absolument objectif; j'ai tâché aussi de donnera chaque poète une place proportionnée à son importance.
Et maintenant que mon long et difficile travail est terminéy je voudrais pouvoir m'écrier comme le poète : Exegi monunientum I Je le voudrais, non par orgueil littéraire, mais parce qu'il me serait doux de penser qu'avec les pierres précieuses taillées par les grands génies de ce siècle, j'ai élevé un monument à la France, ma patrie d'origine, à la Suisse, ma terre d'élection, à tous les pays aimés où résonne notre douce langue natale. Mais je sais qu'une chrestomathie est un monument modeste et la fière affirmation du poète latin serait ici outrecuidante. Pourtant, à composer ce travail, j'ai éprouvé de grandes joies intellectuelles. Pendant les milliers d'heures que j'ai passées à lire et à étudier à fond les prosateurs, les poètes et leurs cri tiques, j'ai vu pour ainsi dire s'épanouir devant mes yeux la fleur de
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la civilisation française. Tout ce que le génie français a produit de meilleur dans ce siècle-ci, il m'a été donné de le savourer longuement et j'ai goûté, malgré les difficultés et les fatigues du labeur, des sensations inoubliables. Elles effaçaient en moi les tristesses et les rancœurs qui assombrissent aujourd'hui tous les vrais amis de la France. Un rayonnement magnifique sort des œuvres littéraires qu'a inspirées ce pays ; souvent j'en fus ébloui pendant mes recherches. Je voudrais que tous les lecteurs de ce livre éprouvassent la même joie à admirer ces nobles fleurs de poésie, cueillies pour eux par une main pieuse.
Lausanne, octobre 1898.
Cette nouvelle édition est plus complète que la première ; elle renferme quelques auteurs nouveaux et divers morceaux ne figurant pas dans la précédente.
Je dois adresser tous mes remerciements à l'auteur des Chants du pays, M. A. Imer-Cuno et à M. Hebmann, directeur de la maison Payot & C>«, qui m'ont beaucoup facilité la revision de ce volume.
Lausanne, décembre 1901. Henri Sensime.