‹ Chrestomathie française du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 65 sur 166 · Scène IL sn.viA · texte numérisé non relu

Scène IL sn.viA

Et n'ai-je p.as le droit de chercher à connaîlre Celui qui prétendait dormir sous ma fenêtre ?

ZANETTO

Si fait. Je ne veux pas garder l'incognito.

Je suis musicien et j'ai nom Zanotto.

Depuis l'enfance, étant d'un naturel nomade,

Je voyage. Ma vie est une promenade.

Je crois n'avoir jamais dormi trois jours enti(;rs

Sous un toit, et je vis de vingt petits méliers

Dont on n'a pas besoin. Mais, pour être sinccre,

L'inutile, ici bas, c'est le plus nécessaire.

Je sais faire glisser un bateau sur le lac,

Et, pour placer la courbe exquise d'un hamac.

Choisir dans le jardin les branches les plus souples.

Je sais conduire aussi les lévriers par couples

Et dompter un cheval rétif. Je sais encor

Jongler dans an sonnet avec les rimes d'or,

^ Cette délicieuse petite comédie ulégiaque fut jouée pour la première fois en l'%0; c'est d'elle que date le grand succès du poète.

FRANÇOIS GOPPEE 2lf7

Et suis de plus, mérite assurément très rare. Eleveur de faucons et maître de guitare.

SILVIA, souriant.

Toutes professions à dîner rarement, N'est-ce pas ?

ZANETTO

Oh ! bien moins qu'on ne croirait vraiment. Pourtant, c'est vrai, je suis un être peu pratique. L'heure de mes repas est très problématique, Et je suis quelquefois forcé de l'ouUier Alors que le pays m'est inhospitalier.

Souvent, loin des maisons banales où vous êtes, Assis au fond des bois, j'ai dîné de noisettes ; Mais cela m'a donné l'âme d'un écureuil. Et puis presque partout on me fait bon accueil ; Je tiens si peu de place et veux si peu de chose 1 J'entre dans les châteaux, le soir, et je propose De dire une chanson pendant qu'on va souper. Tout en chantant, je vois le maître découper Le quartier de chevreuil et la volaille grasse ; Et ma voix en a plus de moelleux et de grâce. Je lance aux plats fumants de longs regards amis ; On comprend, et voilà que mon couvert est mis.

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