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LES SYMBOLISTES

Les Symbolistes, les Décadents et les Vers-libristes.

On désigne sous ces trois vocables, de sens hétérogènes, tous les poètes qui; depuis Verlaine, ont réagi contre la poésie parnassienne et romantique. Comme dans toutes les écoles, il y a dans ce groupe très étendu des écrivains absolument dissemblables. En les réunissant, la classification a envisagé plutôt leurs caractères négatifs que les qualités positives qui les distinguent. La plupart d'eutre eux ont cependant quelques traits communs et des liens de parenté intellectuelle; tous furent des révolutionnaires plus ou moins hardis qui tentèrent de transformer la poésie française. La révolution poétique, d'après eux, devait porter sur le fond et sur la forme. Pour le fond, les novateurs, dégoûtés du naturalisme triomphant, voulurent rétablir l'idée dans la poésie en ayant recours à l'allégorie et au symbole. Cet clément de transposition poétique n'était pas nouveau en français ; sans remonter aux poèmes du moyen âge, au Roman de Renard, à certains Romans de la Table-Ronde et au Roman de la Rose où l'emploi du symbole est permanent, Victor Hugo, Baudelaire, Alfred de Vigny, Sully Prudhomme au XIX® siècle, l'avaient beaucoup employé : mais les symbolistes, subissant dans une certaine mesure l'influence de la poésie allemande, en firent, eux, le centre de leur art, tout en lui donnant une forme différente. Il semble que pour eux la nature n'était plus que la figure des idées. L'analyse philosophique des parnassiens leur paraissait usée, ils y substituèrent la synthèse poétique. La réalité les choquait ; ils eurent recours à l'abstraction et au rêve. Il leur parut qu'au lieu d'exprimei'j la poésie devait plutôt suggérer ; de là les profondes modifications qu'ils firent subir à la langue poétique. Celle-ci avait été, jusqu'alors, d'une grande précision ; ils la rendirent imprécise^ vague, flottante pour la rapprocher de la musique, dont les grandes œuvres de Richard Wagner leur avaient inspiré le goût. Tout ce qui était net et accusé fut proscrit par eux; ils recherchèrent avant tout la nuance. Malheureusement la plupart des novateurs poussèrent ces principes, d'ailleurs excellents en partie, jusqu'aux dernières limites de l'absurde.. Sous prétexte de profondeur symbolique, ils tombèrent, comme Mallarmé, dans la charade ou le logogriphe poétiques, ils déformèrent à plaisir le sens des mots et firent une

langue hermétique et sybilline. Dans leur rage de nouveauté, quelquesuns trouvèrent les correspondances les plus inattendues entre les arts : se basant sur le phénomène exceptionnel de l'audition colorée, Arthur Rimbaud découvrit la couleur des voyelles ; René Ghil inventa l'instrumentation poétique, où chaque consonne est assimilée à un instrument, l'ensemble des lettres formant un orchestre. Ces ridicules exagérations aboutirent à la recherche effrénée des effets, à la préciosité la plus grotesque ; et, par une curieuse contradiction, les symbolistes, après avoir émis la prétention de restaurer Vidée, aboutirent à faire du mot, du verbiage sans pensée, le fond même de leurs œuvres. Un très grand nombre de ces écrivains ont l'air d'avoir transcrit, dans un état de demi-hallucination, sans les associations d'idées qui les relient, des fragments de rêves incohérents ou des divagations de malades. Chez quelques-uns, cependant, l'emploi du symbolisme suggestif produit des effets poétiques d'une intensité profonde. Par le fait même que le poète ne nous enferme pas, comme les romantiques ou les parnassiens, dans les limites logiques d'une idée définie et précisée, il éveille en nous un flux de rêverie qui décuple la force de son œuvre. Par tout ce que nous ajoutons à celle-ci, nous devenons alors les collaborateurs permanents de l'écrivain. Sa poésie s'achève en quelque sorte dans notre âme. Et cela est vraiment très original, étant donné surtout la nature du Français, si fortement influencé par des siècles d'art classique.

A un art si complètement novateur, il fallait aussi une métrique nouvelle. Continuant l'œuvre de Victor Hugo, et certainement sous l'influence de la poésie anglaise, Verlaine modifia la prosodie admise, il rétablit l'impair et usa fréquemment des vers de 5, 7, 9 et 11 syllabes ; il restaura l'hiatus qu'avaient employé avec raison lesVanciens poètes ; il usa de la césure avec une grande liberté et modifia très heureusement l'emploi de la rime. Ses successeurs poussèrent pins loin sa réforme, ils allèrent jusqu'au vers libre, désigné par eux sous le nom de vers polymorphe. La polymorphie consiste à faire des vers de mesures inégales, passant par toutes les polypodies connues et inconnues, allant d'un pied à quatorze pieds, car les novateurs ont créé le tétradécamètre. Dans ces vers la rime n'existe plus qu'à l'état de vestige plus ou moins fréquent, on en est revenu à l'assonance des poètes des Xle et Xlle siècles ; parfois l'assonance elle-même disparait pour faire place aux vers blancs, de sorte que le morceau de poésie se distingue à peine de la prose harmonieuse, d'autant plus que, la régularité dans le rythme étant supprimée, l'élément musical, qui est l'essentiel du vers, a disparu avec elle. On peut s'amuser à faire des laisses rythmiques, suivant les principes nouveaux, en découpant adroitement des pages de Chateaubriand ou de Zola, par exemple.

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