ANDRÉ RIVOIRE
ayant perdu sa préciosité, après avoir eftleuré la tristesse romantique. Poète sincère et délicat, Rivoire se sert de la versification traditionnelle, mais il en joue avec une sûreté qui lui permet de toujours bien exprimer son âme attendrie et subtile. C'est vraiment le poète du cœur, le musicien délicat et charmeur de la vie sentimentale. •
Le Sachet \
Les bois dorment, là-bas, sous. leur mante aux plis lourds, Le soir tombe ; et le ciel s'affaisse en neiges lentes : Et dans la bonne paix des blancheurs somnolentes, La Vierge^ s'est blottie aux tiédeurs du velours.
Elle rêve et tressaille aux frissons des veilleuses Qui font courir aux murs leur fantôme léger ; Tout l'essaim blanc des souvenirs semble neiger En ses yeux éblouis de candeurs merveilleuses.
Et toujours chante en eUe un page de satin, Qui, doucement, s'éplore en promesses câlines ^ ; Car, dans l'ombre, oublié parmi des mousselines L'âme des printemps morts fuit d'un sachet lointain.
Retour le Soir^.
Je t'apporte à guérir mon cœur blessé du jour ; Et mes yeux, fatigués des hommes et des choses. Avant de s'endormir sous les paupières closes. Ont besoin de douceur, de pénombre et d'amour.
Fais que j'oublie un peu toutes mes lassitudes ; Pose à mon front tes doigts légers ; console-moi D'avoir pu tout un jour vivre si loin de toi ; Fais que j'oublie un peu toutes les servitudes.
Raconte-moi, tout bas, ton âme d'aujourd'hui, Four que mon pauvre amour doucement s'en pénètre, Ta tristesse accoudée au bord de la fenêtre, Et ce que tu souffrais de silence et d'ennui.
* Extrait de son premier recueil Les Vierges (1895), publié avec une préface élogieuse de Sully Prudhomme.
* Il s'agit ici, non de la Vierge Marie, comme pourrait le faire croire la ma* juBCule, mais d'une jeune fille idéale.
' Pris ici daus le sens de caressantes .
* Extrait de : Le Songe- de l'Amou? .
Oh ! parle ! — Et pour demain tu trouveras encore Dans rimmense pitié dont mes regards sont pleins La force de m'aimer autant que je te plains, La douceur de me plaindre autant que je t*adore.
Notre exil ennoblit ta pensive beauté. •
Va, ne regrette pas ta vie ingrate et sombre. Toi qui pouvais sourire, et qui subis dans l'ombre L'amour comme un devoir librement accepté !
Larmes ^
Une larme, ime larme encore...
Du fond de mon cœtu* anxieux, Lentement, je vous sens éclore, O douces larmes, fleurs des yeux !
Vous montez lourdes et pressées, Et voici que monte avec vous Tout un flot de choses passées Au murmure puissant et doux.
Loin, très loin, dans l'ombre j'écoute : Mes souvenirs sont en chemin ; L'im poussant l'autre, goutte à goutte Us tombent et brûlent ma main.
Coulez toutes, anciennes larmes !
. Je vous accueille sans remords.
Derniers regrets, suprêmes charmes Des bonheurs fragiles — et morts !
Vous êtes tout ce qui persiste Du rêveur tendre que je fus...
Quittez pour toujours ma chair triste, Pleurs attardés,' soupirs confus ;
Survivantes de mes alarmes, Reliques d'un lointain émoi, Je sens avec vous, douces larmes, Tout le passé sortir de moi.
Œuvres à lire d'André Rivoire : Les Vierges (1895) ; Le Songe de l'Amour (HXK)) ; Le Chemin de l'oubli (1904). Théâtre en vers : La petite princesse^ 1 acte ; 'Il était une bergère (1906).— Critiques à consulter : Georges PeUissier, Le mouvement littéraire contemporain (1901); André Beaunler. La Poésie nouvelle (19(K?) : J.-Ernest Charles, Le Théâtre des Poètes (lîMO).
* Extrait de : Le Songe de l'Amu'ur.
Né à Duault {Côtes du Nord) en 1859.
La Bretagne, la vieille terre celtique à'Ar-Mor, est encore aujourd'hui la moins latinisée des provinces françaises. Elle a conservé en partie sa langue, ses antiques mœurs, sa foi chrétienne fortement teintée de paganisme gaélique, son âme rêveuse que hante le mystère. Dans son idiome national, elle n'est pas arrivée à la grande littérature ; en français, au contraire, el|e a donné à la mère-patrie quelques-uns de ses plus célèbres écrivains : Chateaubriand, Lamennais, Ernest Benan. Il est vrai que ces nobles auteurs sont avant tout des produits de la culture française; on ne trouve en eux que quelques traits du génie de leur province. Anatole Le Braz, bien qu'ayant passé, lui aussi, par la filière de l'éducation grécolatine, est au contraire un pur représentant de l'esprit breton : dans ses ouvrages français il a exprimé l'âme celtique. Comme Brizeux, mais avec beaucoup plus d-art et de profondeur, il a su rendre la poésie discrète ou troublante, le charme étrange et pénétrant, les tristesses et les joies de la vieille terre de granit, où se dressent, sur les vastes landes rouges de bruyères et dorées par les fleurs des genêts et des ajoncs, les mystérieux cromlechs, les puissants dolmens, les étranges menhirs % de l'époque préhistorique. Anatole Le Braz est 'un lyrique sincère, qui, exilé par sa culture et sa profession de son milieu, a la nostalgie de la terre natale. C'est pour cela qu'il a su si bien en parler et la faire aimer. Maintenant la Bretagne est une province qui s'en va. De même que la mer ronge ses falaises et ses caps en envahissant ses plages caillouteuses, la civilisation française l'enserre de plus en plus, menaçant d'effacer ce qui fit son originalité celtique : partout où s'écroule un mégalitlie dressé par les primitifs aïeux disparaît aussi un peu de l'âme bretonne. Quand le travail d'assimilation sera accompli, l'antique Armorique aura vécu. C'est dans les œuvres d'Anatole Le Braz surtout que pourront alors l'étudier les mélancoliques amants des vieilles choses mortes.
Faneuses de Ooémons^
J'ai vécu, tout enfant, parmi les filles frustes, Les vierges de la mer, sauvages et robustes,
Les faneuses de goémons, Qui, du matin au soir, le long de la Presqu'île, Promènent leur chair blonde, indolente et tranquille. Avec le vent du large en leurs larges poumons.
* Le cromlech est un ensemble de monolithes dressés formant une enceinte ; le dolmen est une pierre plate, une table posée sur des mégalithes dressés verticalement; le menhir eat wahloG àe rocher, une longue pierre levée qui parfois fait partie d'un alignement.
' Extrait de La Chanson de la Bretagne (1892). Le mot goémon (du bas breton gwëmon) ou varech est une plante marine dont les cultivateurs de la Bretagne se servent comme d'engrais.
542 CHKESTOMATHIE FRANÇAISE
Je les aimais. J'aimais leurs sereines alltires
Et leurs broussailles d'or, leurs fauves chevelures
Que saupoudre le sel amer, J'aimais leurs yeux pareils aux flaques d'eau des grèves, Où l'on voit onduler des ombres de grands rêves... Le regard s'ennoblit à contempler la mer.
Sous la jupe en lambeaux, leur corps de patriciennes A la chaste impudeur des races très anciennes
Que vêt leur grave nudité ; Elles n'ont jamais eu de toit qui les abrite ; Les gabelous * leur ont cédé quelque guérite, Logis de goélands ^ des tempêtes hanté !
Sur des tas de varechs, elles y dorment, belles ; Et les guérites ont comme un air de chapelles,
Au haut des caps sombres et nus.
Des marins ennuyés y montent, solitaires. On pense à je ne sais quels étranges mystères Célébrés en l'honneur de grands Dieux inconnus.
Quand se lèvent des jours les aurores sanglantes, Leurs yeux cernés, au loin, suivent les barques lentes.
Sans regret comme sans espoir ; Silencieusement, en longue théorie ^ Elles fanent * la grève ainsi qu'une prairie, Retournant le foin roux avec le trident noir.
Mais aux heures de sieste, ardentes amazones. Elles plongent leurs poings dans les crinières jaunes
Des rocs bruns, monstres de granit.
Et, sur le dos géant de ces fauves montures, Vont assouvir leur soif de vastes aventures Par delà le grand cercle où l'Océan finit.
Et c'est pourquoi, le soir, aux premières étoiles, Quand rentrent les pêcheurs et que sèchent les voiles, Lourdes, au long du fin galet ^
^ Nom péjoratif donné anciennement aux employés de la gabelle (impôt du sel) et maintenant à ceux de l'octroi et de la douane.
* Le goéland (du bas breton gwélan) est une grande mouette. Voir page 298 note 1.
' Du grec Otu^la, procession, file de personnes.
* Faner pour fener (dérivé de foin, d'où fenaison) retourner l'herbe pour la faire
sorher.
" Caillou poli par le frottement, déposé par la mer sur le rivage.
On les voit rire avec mépris, ces orgueilleuses, Qui savent le chemin des eaux miraculeuses Et draguent * l'infini d'un seul coup de filet.
Ma solitaire enfance erra parmi ces filles ; Sur leurs genoux, drapés de superbes guenilles.
Elles me bercèrent souvent ; J'entends toujours les chants qu'elles chantaient aux plages. Et mon âme est pareille à ces grands coquillages Où la plainte des mers s'éveUïe au moindre vent.
La chanson du vent qui vente ^
Le vent qui vente est à ma porte Qui pleure, comme une' âme morte.
Il geint ' « Ouvrez au nom de Dieu!
Je vois chez vous lueur de feu, Je voudrais me chauffer un peu ! »
Alors j'ai dit à la servante :
« Annik, ouvrez au vent qui vente. »
Et le vent qui vente est entrée Et, devant l'âtre vénéré, Doucement il a soupiré.
Avec des bonds de chien folâtre, La flamme a sursauté dans l'âtre.
« Salut ! a dit le foyer clair, (Car le foyer parle en hiver) « Salut au pauvre vent de mer ! »
Le vent, assis sur l'escabelle *, A répondu de sa voix belle :
« Langue du feu, chère aux humains, Lèche les pieds, lèche les mains Du vagabond des grands chemins. »
A la claire flamme vivante S'est réchauffé le vent qui vente,
» Dérivé de l'anglais to drag, tirer, traîner; en allemand, aushaggern; en italien ici, pescare.
> Extrait de : La Chanson de la Bretagne, La pièce porte en épigraphe' deux vers bretons dont voici la traduction : a Le vejit vient de loin; — personne ne sait qui est le vent, v
* Geindre, du latin gemere, est le doublet populaire de gémir.
* Escabelle ou escabeau, du latin scabellum, ici, siège de bois sans dossier.
S'est réchauffé le vent errant Qui toujours va courant, courant.
Si maigre qu'il est transparent.
Il m'a raconté son histoire, Sa misère, son purgatoire.
Père ni mère il n'a connu; Il ne sait où va son pied nu, Ni d'où, nu-pieds, il est venu.
Une âme est en lui, qu'il ignore.
Une âme innombrable et sonore :
n la traîne par l'univers ; Elle est la chanson des blés verts Et le rugissement des mers.
Il sème les graines fécondes.
Il creuse les fosses des ondes, n chante et hurle tour à tour; C'est un aveugle, c'est un sourd Ouvrier de mort et d'amour.
Œuvres à lire d'Anatole Le Braz (Calmann-Lévy, Champion, Bouillon, Ch. Delàgrave, éditeurs, Paris) : Rancœurs (1892) ; La Chanson de la Bretagne (1892) ; Tryphina Kéranglaz (poème lu par l'auteur). — Lire aussi quelques-unes de ses œuvres en prose où il y a tant de poésie : Les Chants populaires de la Basse- Bretagne; Au pays des Pardons; Le Gardien du feu (roman) ; Le Théâtre celtique; Contes du Soleil et de la Brume — Critiques à consulter : Philippe Monnier, Semaine littéraire (6 octobre 1900); Gaston Deschamps, La Vie et les Livres; K. van Bever, Les Poètes du terroir {i90Q).
COMTESSE DE NOAILLES (Princesse Anna-Elisabeth de Brancovan.)
Née à Thonon (Haute-Savoie) en 1877.
Grecque par sa mère. Roumaine par son père, Française par sa naissance et son éducation, M"" de Noailles débuta par des vers panthéistes où son «cœur innombrable» exprima joyeusement, parfois tumultueusement, l'amour passionné de la nature et de la vie. Le « Grand Pan » semblait ressuscité en elle. Son âme, grisée de sensations et de désirs, était comme une merveilleuse harpe éolienne vibrant à tous les vents des saisons et des jours. On eflt dit que la vie du monde fermentait en son cœur. Les critiques la comparaient alors à une faunesse assoiffée de vie sensuelle intense. Pourtant, sous cette sensibilité frémissante et joyeuse, on sentait poindre comme une tristesse rappelant le mot de Lucrèce : Medio de fonte leporum surgit aliquid amari^.,.
* Du milieu de la fontaine des plaisirs sourd quelque chose d'amer.
Maintenant la poétesse est arrivée à la douleur et à la nuit. Bien qu'elle soit restée panthéiste par sa manière de concevoir la nature, quelque chose de nouveau a frémi en elle. G^ n'est plus un hymne à la vie qu'elle chante. La Mort, à laquelle elle ne songeait pas, lui est apparue avec la projection de son ombre noire. Je me la figure comme un Athénien antique s'arrêtant songeur devant l'inscription du «Dieu inconnu». En tout cas, elle est une remarquable poétesse, malgré son exaltation parfois un peu désordonnée, un des tempéraments lyriques les plus vibrants que la poésie française ait suscités.
La mort fervente ^
Mourir dans la buée ardente de Tété, Quand parfumé^ penchaiit et lourd comme une grappe, ^ Le cœur que la rumeur de l'air balance et frappe S'égrène en douloureuse et douce volupté.
Mourir baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage, Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts Se mêlant à l'antique et naissant univers, Ayant en même temps sa jeunesse et son âge.
S'en aller calmement avec la fin du jour : Mourir des flèches d'or du tendre crépuscule, Sentir que l'âme douce et paisible recule Vers la terre profonde et l'immortel amour.
S'en aller pour goûter en elle, ce mystère D'être l'herbe, le grain, la chaleur et les eaux, S'endormir dans la plaine aux verdoyants réseaux, Mourir pour être encor plus proche de la terre...
0 lumineux matin ^
O lumineux matin, jeunesse des journées. Matin d'or, bourdonnant et vif comme im frelon. Qui piques chaudement la nature, étonnée De te revoir après un temps de nuit si long.
Matin, fête de l'herbe et des bonnes rosées.
Rire du vent agile, œil du jour curieux.
Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées.
Dans les buissons luisants s'ouvrir comme des yeux.
Heure de bel espoir qui s'ébat dans l'air vierge En mêlant les vapeurs, les souffles, les rayons,
» Extrait du recueil : Le Cœur innombrable (1901). ' Extrait du recueil : Le Cœur innombrable .
CHRRST. FR. PORTES :i')
Où les coteaux herbeux, d'où l'aube blanche émerge, Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons.
Belle heure où, tout mouillé d'avoir bu l'eau vivante, Le frissonnant soleil que la mer a baigné Eveille brusquement dans les branches mouvantes Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,
Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance, Gai divertissement des guêpes sur le thym, — Tu écartes la mort, les ombres, le silence, L'orage, la fatigue et la peur, cher matin...
La nuit flotte ^
La nuit flotte, amollie, austère, taciturne. Impérieuse ; elle, est funèbre comme une ufue Qui se dôt sur un vague et sensible trésor. Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort, . Paraît interroger l'ombre vertigineuse . La lune au sec éclat semble une île pierreuse : Cythère ^ aride et froide où tout désir est mort.
Une vague rumeur émane du silence.
Un train passe au lointain, et son essoufflement
Semble la palpitante et paisible cadence
Du cpteau qui respire et songe doucement...
Un parfum délicat, abondant, faible et dense, Mouvant et spontané comme des bras ouverts, Révèle la secrète et nocturne existence Du monde végétal au souffle humide et vert.
Et je suis là. Je n'ai ni souhait, ni rancune ; Mon cœur s'en est allé de moi, puisque ce soir Je n'ai plus le pouvoir de mes grands désespoirs, Et que paisiblement je regarde la lune.
Je suis la maison vide ou tout est flottement.
Mon cœur est comme un mort qu'on a mis dans la tombe ;
» Extrait du recueil Les vivants et les morts (1913).
> Cythère (du grec KûSc^a), aujourd'hui Gérigo, est une petite lie située au sud du Péloponèse, près de la pointe la plus orientale terminée par le cap Malée. D'après la mythologie, c'est là qu'aborda Vénus Aphrodite après être née de l'écume de la mer ; l'île lui fut consacrée par les Grecs. Aujourd'hui, quand on la regarde en passant, elle offre l'aspect d'une masse rocheuse assez désolée, bien qu'elle ne soit pas stérile.
J'ai longuement suivi ce bel enterrement,
Avec des cris, des deuils, du sang, des tremblements,
Et des égorgements d'agneaux et de colombes.
Mais le temps a séché l'eau des pleurs et le sel. D'un œil indifférent, sans regret, sans appel, Eclairé par la calme et triste intelligence, Je regarde la voûte immense, où les mortels Ont suspendu les vœux de leur vaine espérance.
Et je ne vois qu'abîme, épouvante, silence ; Car, ô nuit ! vous gardez le deuil continuel De ce que rien d'humain ne peut être éternel.
Henri Heine ^
Henri Heine, j'ai fait avec vous un voyage, C'était un soir d'automne, encor tiède, encor clair ; Heidelberg - fraîchissait sous ses rouges feuillages, Nous cherchions, dans la rue aux portails entr'ouverts, L'humble hôtels romantique et vieux, du Chasseur Vert.
Je reposais sur vous, compagnon invisible, Ma tête languissante et mes cheveux défaits ; Un souriant vieillard marchait, lisant la Bible, Sur la place où le jour, lumineux et sensible. Jetait un long appel de désir et de paix...
C'était l'heure engourdie où le soleil s'incline ;
Par un mortel besoin de pleurer et de fuir.
J'ai souhaité monter sur la verte coDine ;
Nous nous sommes ensemble assis dans la berline
Où flottait un parfum de soierie et de cuir,
Et nous vîmes jaillir les romanesques ruines.
Sur la terrasse, auprès de la tour en lambeaux,^ Des étudiants riaient avec vos bien-aimées. Je regardais bondir les délicats coteaux Qui frisent sous le poids des vignes renommées, Et l'espace semblait à la fois vaste et clos.
^ Extrait du recueU Les vivants et les morts. — Henri Heine est le célèbre poète allemand, né à Dusseldorf en 1799 et mort à Paris en 1856, après une longue agonie, l'auteur au Reisehilder et du Buch der Lieder.
* ViUe du Grand-duché de Bade, située sur la rive gauche du Neckar, et l'une des plus pittoresques de l'Allemagne ; sur un promontoire, le Jettenbuhel, se trouve le château, en partie ruiné par les Français en 1689, et de la terrasse duquel on a une vue magnifique sur la campagne. Heidelberj? est aussi célèbre par son université, fondée en 1886 par l'électeur Robert !«'.
' . . Il ■ I .. Il II , > I II I , , 11*111 I ■^— ^
Le Neckar, au courant scintillant et rapide, Entraînait le soleil parmi ses fins rochers. Nous étions tout ensemble assouvis et avides ; L'insidieux automne avait sur nous lâché Ses tourbillons de songe et ses buis arrachés...
— 0 sublime, languide \ âpre mélancolie
Des beaux soirs où l'esprit, indomptable et captif, Veut s'enfuir et ne peut, et rêve à la folie D'enfermer l'univers dans un amour plaintif!
Tout à coup, dans le parc public, humide et triste. L'orchestre qui jouait sur les bords de l'étang, Près d'un groupe attentif de studieux touristes. Lança le son du cor qui chante dans Tristan^...
Henri Heine, j'ai su alors pourquoi vos livres Regorgent de buée et de soudains sanglots, Pourquoi, riant, pleurant, vous voulez qu'on vous livre La coupe de Thulé ^ qui dort au fond des flots ;
L'amour de la légende et la vaine espérance Vous hantaient d'un appel sourdement répété : Hélas ! vous aviez trop écouté, dès l'enfance. Les sirènes du Rhin *, à Cologne et Mayence, Quand l'odeur des tilleuls grise les nuits d'été !
Voyageur égaré dans la forêt des fables, Moqueur désespéré qu'un mirage appelait, Ni le chant de la mer d'Amalfi sur les sables. Ni la Sicile, avec l'olivier et le lait. Ne pouvait retenir votre vol inlassable. Pour qui l'espace même est un trop lourd filet !
— 0 soirs de Dusseldorf, quand les toits et leur neige Font un scintillement de cristal et de sel.
Et que, petit garçon qui rentrait du collège,
^ Pleine de langueur, archaïsme dérivé du latin languidus,
' Dans l'opéra de Tristan et Iseulty de Wagner.
' Allusion à la célèbre ballade que chante Marguerite dang le Faust de Gœtbe. Le roi de Thulé possède une coupe d'or ciselé que lui a donnée sa bien-aimée en mourant. Un soir qu'il se trouve dans la salle de son château, au bord de la mer, entouré de ses nobles, sentant lui-même venir la mort et ne voulant pas qu'un autre possède après lui la coupe, il y boit une dernière fois et la lance dans \^ mer, puis il expire. La coupe, ici, symbolise le bonheur dans l'amour.
* Les ondines qui gardent « l'or du Rhin *, talisman splendide et fatal de la toiitepuissano', caph(' dans les eaux du fleuve. Voir le RhHngold de Wagner.
Vous évoquiez déjà, rêveur universel, L'oriental aspect de la nuit de Noël !
Pourtant vous goûtiez bien la sensible Allemagne^ Les muguets jaillissant dans ses bois ingénus, L'horloge des beffrois, dont les coups accompagnent Les rondes et les chants des filles aux bras nus ;
Vous connaissiez le poids sentimental des heures Qui semblent fasciner l'errante volupté, Quand l'or des calmes soirs recouvre les demeures, Les gais marchés, le Dôme et l'Université ;
Mais, fougueux inspiré, fier ami des naïades S Les humaines amours vous berçaient tristement, Et vous trouviez, auprès d'une enfant tendre et fade, La double solitude où sont tous les amants !
Accablé par la voix des forêts mugissantes. Vous inventiez Cordoue ^, ses palais et ses bains, La fille de l'alcade, altière et rougissante. Qui, trahissant son âme offerte aux chérubins. Soupire auprès d'un jeune et dédaigneux rabbin...
Les frais torrents du Harz ^ et la mauresque Espagne
Tour à tour enivraient votre insondable esprit.
Que de pleurs pi^ès des flots ! de cris sur la montagne !
Que de lâches soupirs, ô Heine, que surprit
La gloire au front baissé, votre sombre compagne !
Parfois, vers votre cœur, que brisaient les démons, Et qui laissait couler sa détresse infinie, ^ Vous sentiez accourir, par la brèche des monts. Les grands vents de Bohême et de Lithuanie;
Les cloches, les chorals, les forêts, l'ouragan, Qui composent le ciel musical d'Allemagne, Emplissaient d'un tumulte orageux, où se joignent Les résineux parfums des arbres éloquents. Vos Lieder, à la fois déchirés et fringants.
> Nymphes qui présidaient aux fontaines, aux. rivières et aux fleuves, d'après les Grecs anciens ; mais il s'agit ici des ondines du Rhin.
> Ville d'Espagne sur le Guadalquivir ; au moyen âge, elle fut un des centres les plus florissants de la civilisation musulmane ; sa mosquée, transformée en catbé drale, est une merveille d'art mauresque.
' Groupe de montagnes couvertes de forêts, situées à l'est de la Weser, dans la Thuringe ; c'est la « forêt hercynienne » des anciens et une région riche en poétiques légendes. Dans le Buch der Lieder, il y a une partie consacrée au Harz.
— Mais quand le vent se tait, quand l'étendue est calme, Vous repoussez le verre où luit le vin du Rhin ;
Le Gange, les cyprès, la paresse des palmes Vous font de longs signaux, secrets et souverains; Et votre œil fend l'azur et les sables marins. Immobile, extatique et vague pèlerin!
Vous riez, et tandis que tinte votre rire, Vos poèmes en pleurs invectivent le sort ; Vous chantez, justement, de ne pas pouvoir dire Les sources et le but d'un multiple délire. Rossignol florentin. Grèbe des mers du Nord, Qui mélangez au thym du verger de Tityre ^ Les gais myosotâs des matins de Francfort.
— J'ai vu, un soir d'automne, au bord d'un chaud rivage, TJn grand voilier, chargé de grappes de cassis.
Ne plus pouvoir voguer, tant le faible équipage. Captif sous un réseau d'effluves épaissis. Gisait, transfiguré par le philtre imprécis D'un arôme, grisant plus encor qu'un breuvage.
O Heine ! ce parfum languissant et fatal. Cette vigne éthérée et qui pourtant accable. N'est-ce pas le lointain et pressant idéal Qui vous persécutait, quand de son blanc fanal La lune illuminait, dans les forêts d'érables. Vos soupirs envolés vers sa joue de cristal!
— Vous me l'avez transmis, ce désir des conquêtes. Cet enfantin bonheur dans les matins d'été,
Ce besoin de mourir et de ressusciter Pour le mal que nous fait l'espoir et sa tempête ; Vous me l'avez transmis, ô mon brûlant prophète, Ce céleste appétit des nobles voluptés!
0 mon cher compagnon, dès mes jeunes années J'ai posé dans vos mains mes doigts puissants et doux ; Bien des yeux m'ont déçue et m'ont abandonnée. Mais toujours vos regards s'enroulent à mon cou. Sur le chemin du rêve où je marche avec vous.
Mon Dieu, je sais qu'il faut ^..
Mon Dieu, je sais qu'il faut accepter la détresse, Qu'il faut, dans la douleur, descendre jusqu'en bas,
* Nom de berger employé par Virgile dans sa première églogue. ' Extrait du recueil Les vivants et les morts.
Mais, dans ce labyrinthe où votre main nous presse, Puisque vous êtes bon, ne se pourrait-il pas Que nous entrevoyions du moins la claire issue Que déjà votre main prépare doucement, Et qu'un peu de lumière, au lointain aperçue, Nous aide à supporter ce ténébreux moment?
Pourquoi nos maux sont-ils si compacts et si denses Qu*on semble enseveli dans un obscur caveau? D'où vient cette funèbre et perfide abondance Qui submerge le cœur et trouble lé cerveau ?
Pourtant, les lendemains sont quelquefois si tendres. On revoit les regards que Ton n'espérait plus. Mais le bonheur fait mal quand il faut trop l'attendre, Etre sauvés enfin, ce n'est plus être élus.
Consolez-nous parfois dans cette forteresse Dont vous tenez les clefs et fermez le vitrail ; Laissez-nous pressentir les futures caresses Et leur fraîche beauté d'eau bleue et de corail !
C'est trop d'être privé de la douce espérance, D'être comme un forçat serré le long du mur, Qui ne peut pas prévoir sa juste délivrance, Car la fenêtre est haute et les verrous sont durs.
Pourquoi ce faste * affreux de l'angoisse où nous sommes, Pourquoi ce deuil royal et ces chagrins pompeux, Puisqu'il vous plaît parfois d'avoir pitié des hommes Et de remettre encor le bonheur auprès d'eux ?
Faut-il donc au Destin ces heures pantelantes, L'émeut-on par un corps qui tremblie et qui gémit? Nos pleurs sont -ils un peu de cette huile brûlante Que Psyché ^ répandit sur l'Amour endormi ?
*■ Etalage de luxe et de magaiûceace ; il est pris ici, avec le mot angoisse, dans le sens de grande douleur.
' Dans le conte d'Apulée, écrivain latin du Ile siècle, Psyché, fille d'un roi d'Asie, fut aimée de Gupidon (l'Amour), qui lui fit construire un palais magnifique et le lui donna, mais sans se montrer à elle, sinon pendant la nuit sous, les feuillages du jardin, afin de piquer sa curiosité et se faire plus sûrement aimer d'elle. Ses sœurs, dévorées parla jalousie, la poussèrent à tuer le prince qu'elles accusaient d'être un vampire. Psyché tenant d'une main un poignard, de l'autre une lampe, parvint à s'introduire dans la salle où celui-ci reposait. Quand elle aperçut, au lieu d'un monstre, le dieu Amour qu'elle reconnut, de saisissement elle fit pencher la lampe et une goutte d'huile brûlante tomba sur Gupidon qui s'éveilla en sursaut. La curiosité de la jeune fille lui fit perdre son bonheur, mais plus tard, elle reconquit l'affection du dieu qui Tépousa. — Un écrivain très distingué, Gabriel Mourey, vient de faire une Psyché remarquable.
S'il se peuti écartez ces moments de la vie Où nous sommes broyés sous un joug trop étroit, Et, pareils aux mineurs dans la noire asphyxie, Nous tentons d'écarter le roc avec nos doigts.
— Déjà, loin du plaisir, du monde, des parades, Mon cœur ardent n'est plus, dans son éclat voilé, Qu'un feu de bohémiens sur la pauvre esplanade, Où l'enfant nu console un cheval dételé.
— Mïiis a'il faut que ces jours de supplice reviennent, S'il faut vivre sans eau, sans soleil et sans air.
Que du moins votre main s'empare de la mienne Et m'aide à traverser l'effroyable désert...
Œuvres à lire : Le Cœur innombrable fl901 ; L'ombre des Jours (1902) ; Les Ëblouissements (1907) ; Les Vivants et les Morts (1913). — Critiques à consulter : Tbureau-Dangin, Rapport académique (21 novembre 1902) ; Vigié-Lecoq, La poésie contemporaine; Michel Salomon, Semaine littéraire du 3 septembre 19(»4; Jean de Gourmont, Muses d'aujourd'hui (1911) ; Gustave Lanson, Le Matin (Q juillet 1913) ; Paul Souday, Le Temps (2 juillet 1913) ; Gérard d'Houville, Le Figaro (15 juillet 1913) ; André Beaunler, Revue des deux mondes (1" août li»13) ; Francis Jammes, Revue hebdomadaire (Septembre 1913).
Né à Reims en 1872.
(ie qui frappe de prime abord dans l'œuvre de ce poète si original, c'est sa métrique. Il divise typographiquement ses poèmes en courtes strophes, formées de vers imprimés à la suite les uns des autres comme des phrases de pro^e. C'est seulement à la lecture orale qu'on saisit la nature propre de ces vers polymorphes, qui se , distinguent de la prose rythmée par le retour de la rime et de l'assonance. On aurait tort de contester au poète le droit à cette forme intermédiaire, car il en tire des efifets remarquables. Qu'importe l'instrument pourvu qu'on ait la musique! Paul Fort, novateur audacieux mais très intelligent et plein de goût, est un musicien-poète de premier ordre ; il suffit d'entendre une seule fois bien lire une de ses ballades pour comprendre qu'en dehors des formes prosodiques traditionnelles, et même du vers-libre proprement dit, on peut faire des poésies qui soient un charme pour l'oreille. Ce n'est pas d'ailleurs, ce que d'aucuns ont cru, pour se singulariser que Paul Fort h adopté cette forme neuve. Comme le poète lui-même l'a fort bien expliqué, en procédant ainsi « il a tenté de marquer la supériorité du rythme sur l'artifice de la prosodie». Mais il y a chez lui autre chose que la forme. D'une remarquable réceptivité, il saisit la nature multiple dans sa riche complexité, il pénètre jusqu'au fond mystérieux de la légende, il exprime la vie avec une sincérité d'impressions vraiment rare. Sa fécondité étant considéral)le, il est quelquefois un peu flou, un peu lâché ; peut-être aussi
manque-t-.il de temps en temps de clarté et de mesure. Mais que de charme il y a dans ses vers ! que de fraîcheur et de spontanéité dans ses notations délicieuses ! Maeterlinck, qui s'y connaît, l'a appelé « le seul poète intégral que- nous ayons actuellement». Il mérite cette flatteuse appréciation, car, s'il y a des lyriques plus puissants, des poètes plus artistes, il n'y en a pas aujourd'hui dont l'âme soit au même degré imprégnée de poésie naturelle. Rien de ce qui est lyrique ne lui est étranger, et c'est peut-être le seul poète qui ait su retrouver le secret de la chanson populaire.
Ballade de la mer^
La mer brille au-dessus de la haie, la mer brille comme une coquille. On a envie de la pêcher. Le ciel est gai, c'est joli Mai.
C'est doux la mer au-dessus de la haie, c'est doux comme une main d'enfant. On a envie de la caresser. Le ciel est gai, c'est joli Mai.
Et c'est aux mains vives de la brise que vivent et brillent des anguilles qui cousent la mer avec la haie. Le ciel est gai, c'est joli Mai.
La mer présente sur la haie ses frivoles papillonnées. Petits navires vont naviguer. Le ciel est gai, c'est joli Mai.
La haie, c'est les profondeurs, avec des scarabées en or. Les baleines sont plus vilaines. Le ciel est gai, c'est joli Mai.
Si doux que larme sur la joue, la mer est larme sur la haie qui doucement descend au port. Mais on n'a guère envie de pleurer.
— « Un gars est tombé dans le port !» — « Mort dans la mer, c'est jolie mort. » Mais on n'a guère envie de pleurer. Le ciel est gai, c'est joli mai !
Ballade au hameau ^
Cette fille elle est morte, est morte dans ses amours.
Ils l'ont portée en terre, en terre au point du jour.
Ils l'ont couchée toute seule, toute seule en ses atours.
Ils l'ont couchée toute seule, toute seule en son cercueil.
Ils sont rev'nus ^ gaîment, gaîment avec le jour.
Ils ont chanté gaîment, gaîment : « Chacun son tour.
» Cette fille, elle est morte, est morte dans ses amours. »
Ils sont allés aux champs, aux champs comme tous les jours...
» Extrait des Ballades françaises, tome 1, livre I (1897). ' Extrait des Ballades françaises» tome I, livre I (1897). » Prononciation populaire pour reventts.
Hymne dans la nuit^
L'ombre comme un parfum, s*exhale des montagnes, et le silence est tel que Ton croirait mourir. On entendrait, ce soir, le rayon d'une étoile remonter en tremblant le courant du zéphyr.
Contemple. Sous ton front que tes yeux soient la source qui charme de reflets ses rives dans sa course... Sur la terre étoilée surprends le ciel, écoute le chant bleu des étoiles en la rosée des mousses.
Respire, et rends à l'air, fleur de l'air, ton haleine, et que ton souffle chaud fasse embaumer des fleurs, respire pieusement en regardant le ciel, et que ton souffle hiunide étoile encor les herbes. ^
Laisse nager le ciel entier dans tes yeux sombres, et mêle ton silence à l'ombre de la terre : si ta vie ne fait pas une ombre sur son ombre, tes yeux et sa rosée sont les miroirs des sphères.
Sens ton âme monter sur sa tige étemelle : l'émotion divine, et parvenir aux cieux, suis des yeux ton étoile, ou ton âme étemelle entr'ouvrant sa corolle et parfumant les cieux.
A l'espalier des nuits aux branches invisibles, vois briller ces fleurs d'or, espoir de notre vie, vois scintiller sur nous, — scelsd'or des vies futures, — nos étoiles visibles aux arbres de la nuit.
Ecoute ton regard se mêler aux étoiles, leurs reflets se heurter doucement dans tes yeux, et mêlant ton regard aux fleurs de ton haleine, laisse éclore à tes yeux des étoiles nouvelles.
Contemple, sois ta chose, laisse penser tes sens, éprends-toi de toi-même épars dans cette vie. Laisse ordonner le ciel à tes yeux sans comprendre, et crée de ton silence la musique des nuits.
Le bercement du monde'.
Du coteau, qu'illumine l'or tremblant des genêts, j'ai vu jusqu'au lointain le bercement du monde, j'ai vu ce peu de terre infiniment rythmée me donner le vertige des distances profondes.
L'azur moulait les monts. Leurs pentes alanguies s'animaient sous le vent du lent frisson des mers. J'ai vu, mêlant leurs lignes, les vallons rebondis trembler jusqu'au lointain de la fièvre de l'air
* Extrait des Ballades françaises, tome I, livre II (1897).
' Forme ancienne de aceau, du latin populaire sigellum, diminutif de signum, seing (dérivé, sceller).
3 Extrait des Ballades françaises^ tome II, livre I (1898).
Là, le bondissement au penchant du coteau des terres labourées où les sillons se tendent, courbes comme des arcs où pointent les moissons avant de s'élancer vers le ciel dans Tair tendre.
Là se creuse un vallon, sous des prés en damier, que blesse en un repli la flèche d'un clocher ; ici, des rochers rouges aux arêtes brillantes se gonflent d'argent pur où croule une eau fumante.
Plus loin encore s'étage une contrée plus belle, où luisent des pommiers près de leur ombre ronde. Là, dans un creux huileux de calme, le soleil, où vit une prairie, fait battre une émeraude.
Et je voyais des terres, des terres encore plus loin, en marche vers le ciel et qui semblaient plus pures ; l'une où tremblait le fard gris-perle des lointains; les autres, au bord du ciel, étaient déjà l'azur.
Je restai jusqu'au soir à contempler cette œuvre, à suivre l'ondulation de cette mer, et je sentais très doucement faiblir mon cœur au bercement sans fin des vagues de la terre.
Comme un bouillonnement de vagues déchaînées, devant moi jusqu'aux grèves en feu du soleil, je vis vallons et monts, nuages et ciel d'été remonter l'infini des clartés et s'y perdre.
Je me tenais debout entre les genêts d'or, dans le soir où Dieu jette un grand cri de lumière... et je levais tremblant la palme de mon corps vers cette grande Voix qui rythme l'Univers.
Icare ^
Fougueux, sa chevelure fouettée des vents de mer, quel honmie traîne ainsi le vertige à ses pieds? Son long cri de triomphe enlace les vallées de longs cercles d'échos tournoyant dans les airs.
Aurore ! est-ce un esprit échappé des enfers ? Quel homme, avec deux ailes d'or, s'est envolé? Il traverse en criant le ciel couleur de chair, qu'une aube verte encor glace de ses lauriers.
Il va- Le soleil monte. 11 atteint sa lumière, se couvre des rayons comme de plumes d'or, les perce de ses ailes, et va plus vite encore.. Son image et son ombre le suivent sur la mer.
* Extrait des Ballades françaises, tome IV, livre I (1900). — D'après la légende mythologique, Dédale, célèbre architecte exilé dA.thènes,cong.truisit le labyrinthe de Crète (voir page 297, note 2), monument disposé de telle manière qu'on ne pouvait plus en sortir sans fil conducteur, une fois entré. Minos, irrité un jour contre lui, l'y enferma avec son fils Icare. Dédale, pour s'échapper, fabriqua des ailes artificielles qu'il adapta avec de la cire à ses épaules et à celles de son fils. Mais celui-ci s'approcha trop du soleil, les ailes fondirent, il tomba dans la mor Egée.
556 CURESTOMATHIE FRANÇAISE
■ --I -Il ■ I. -^ . L - Il . ■■ ■ . -__ I -
Il court, il nage, il monte dans la chaude atmosphère, et s'y roule et s'y plaît. Quel homme ose voler? A la renverse, il plonge, et c'est l'azur ! O sphères !... Son épaule plus largement a palpité.
Que l'azur est aisé! Il y tombe en volant ; son vol semble à loisir couler en gravissant. Il traverse, 11 déchire la grille bleue des vents, et rit, ayant brisé leur fragile prison.
La terre le regarde : il n'est plus qu'un point faible, im point d'or qui se perd dans les vols d'hirondelles. Lui, cherchant dans l'abîme son image incertaine, rit de voir, sur la mer, Icare décroissant.
Il rit, il vole, il rit, il monte, il a des ailes ! Il fait pour son plaisir la conquête du ciel \ sur ses membres luisants voit l'azur qui le frôle, et frotte amoureusement sa joue sur son épaule.
La terre l'a suivi, les hommes l'ont suivi — amour ! — les yeux des hommes et les sommets du monde, l'effort d'im seul amour! a vaincu l'inertie, et la mer, qui le mire, s'est levée vagabonde.
De nouvelles montagnes s'ébauchent dans un cri. La terre parle et s'émeut : les rochers et les chênes, les plateaux de bruyère où s'étirent les nuits, sont sa voix. Oh ! parlez en vous sculptant, les plaines !
Et la foule des hommes, ardente, s'est levée, et tous les hommes sentent, sur les rochers gravis, levant les yeux, levant les bras vers l'insensé, les veines de leur front battre d'amour pour lui !
Icare, cependant, suit son vol qui l'amuse. Il connidtra le ciel et d'où nous vient le feu, et, comme sur la mer affleurent les méduses -, il verra, de l'azur, sortir les fronts des dieux.
Ah ! que vient-il ravir ? il veut connaître, il aime. Ah ! qui veut-il surprendre ? il vient voir pour aimer. Qu'y a-t-il derrière ce bleu? les dieux qu'on aime. «S'il n'est que moi qui passe, s'il n'est rien dans les cieux,
» Je suis Icare, enfin ! s'il n'est que moi, je m'aime ! O dire enfin : mes frères les hommes, nul ne blasphème que contre soi. Grand ciel! si chacun est son dieu, les hommes pourront bien alors s'aimer entre eux . »
» On peut voir dans cette pièce de quelle manière originale et avec quelle puissance l'auteur a su renouveler le mythe antique.
" Zoophytes de substance gélatineuse informe.
— Et tes ailes de cire fondaient... O dieux barbares ! La foudre vint ravir tes ailes périssables. Va, suis l'orage, tombe, reviensnous, doux Icare ! — Mêlons nos pleurs d'amour aux gouttes innombrables.
Mais toi, Grèce, ô pays des gouffres et des ailes, limpide du cristal des vallons abrités, dans ton geste de foi vertigineux^ plus belle, demeuré vers l'azur éternellement sculptée !
Œuvres à lire de Paul Fort (Société du Mercure de France, et Eugène Figuière, éditeurs, Paris) : Ballades françaises, 15 volumes (1897-1918) ; Choix de Ballades françaises, î volume (1918). — Critiques à consulter: Pierre Louys, Préface du tome I des Ballades françaises (1897) ; Henri Ghéon, La Critique (5 avril 1897) ; Remy de Gourmont, Le II* Livre des Masques (1898) et Promenades littéraires, IV série; Robert de Souza, La poésie populaire et le Lyrisme sentimental (1899); V. Thompson, French Portraits (1900); Louis Mandin, Etude sur les Ballades françaises (1909); Junia Letty, Albert Calais, etc., La Belgique Française (octobrenovembre 1912) ; Henry Spiess, Journal de Oenève (30 janvier 1912) ; Henriette Gharasson, Revue du Temps présent (2 février 1913) ; Emile Faguet, Le Temps (30 août 1913).
La poésie étrangère d^eœpression française.
Le génie français a rayonné bien au delà des frontières politiques de la patrie gauloise. Le noble parler de l'Ile de France n'est plus, comme aux temps de Voltaire et de Rousseau, une sorte de langue universelle, il a gardé cependant une importance considérable : loin de reculer, comme on a pu le croire un moment après les cruelles défaites de l'Année Terrible, il tend à se répandre de plus en plus. Ses centres d'expansion sont d'abord les colonies françaises, en premier lieu l'Afrique du Nord destinée à devenir une Nouvelle-France, pais les anciennes colonies, telles que le Canada et Haïti, enfin les pays limitrophes, comme la Belgique el la Suisse, où la culture française est certainement en sérieux progrès. Partout, d'ailleurs, où brille un foyer universitaire, la littérature de la France vient forcément contribuer à l'alimenter. L'Académie de Berlin n'est plus, il est vrai, présidée par un Français, et n'entend plus l'éloge de Voltaire prononcé en notre langue par le roi de Prusse, mais, dans toutes les Universités allemandes, on étudie à fond notre idiome et notre littérature, ce qui montre bien l'importance qu'on leur attribue, même dans les pays que la rivalité nationale et politique dresse contre la France. Dans une chrestomathie, il n'est pas possible de montrer un tableau complet de la littérature française hors de France ; du moins est-il aisé d'en donner une idée. C'est du reste un devoir de justice et de reconnaissance que de faire connaître à ceux qui les ignorent les principaux représentants de cette littérature à l'Etranger.
Pour étudier l'expansion de la langue française, consulter : Rivarol, Discours sur l'universalité de la langue française (1784) ; Albert Sorel, l'Europe el la Révolution française (1885-1892) ; A. Brunot, Histoire de la langue et de la littérature françaises ; E. La visse, Histoire de France ; Elisée Reclus, Nouvelle géographie universelle, tome II ; Novicow, Le Français, langue internationale de l'Europe (1904) ; Gustave Lanson, Trois mois d'enseignement aux Etats-Unis (1912); J. Ernest-Charles, L'Empire intellectuel de la France , James- H. Hyde, La littérature française aux Etats-Unis, dans les Lectures pour tous (!*"• février 1914).
Les Poètes Belges.
Mnlgré la renaissance du flamand, la langue française est encon*
l'idiome prépondérunt de? In Belgique. Parlée par plus de trois millions d'habitants, elle reste la langue ofiicielle. Sous prétexte ijue les Flamands sont plus nombreux que les Wallons, les nationalistes flamingants voudraient chasser le français de leur pays; ils n'y ont- pas • réussi jusqu'ici : notre idiome est toujours, en Belgique, la langue supérieure, la langue de la haute culture et de la civilisation. On di- , rait même que l'hostilité flamingante, assez déraisonnable, semble-t-il, ait plutôt contribué à en fortifier l'influence dans la partie flamande du pays.
La littérature belge d'expression française compte au XIX© siècle de fort belles œuvres. Ses poètes, qui sont nombreux (et plusieurs même sont des Flamands francisés) peuvent rivaliser avec les plus grands talents de la France littéraire. Nous n'avons pu faire place ici qu'à quelques-uns d'entre eux ; bien que réduite, cette brillante pléiade soutiendra pourtant la réputation de la Belgique qui, après un sommeil de plusieurs siècles, a eu, pendant les quarante dernières années, une magnifique renaissance intellectuelle. Les poètes J^elges ne sont pas, comme on pourrait le croire, de simples satellites du soleil qui brille h Paris. De même qu'il y a une nation belge ayant ses mœurs et son idéal propres, il y a maintenant une littérature belge, d'une originalité indiscutable. Depuis que « les cloches du Nord se sont mises à sonner », comme dit le refrain' d'une vieille légende wallonne, elles ont fait entendre une musique, à bien des égards nouvelle. Malgré l'imitation servile et le pastiche qui gâtent une partie des poètes belges, l'excellent historien français Camille Jullian a eu certainement raison d'écrire cette phrase décisive ; a Verhaeren, j) Maeterlinck, il n'y a pas à le nier, c'est autre chose que ce qu'il y a » chez nous, et, à de certaines pages, c'est quelque chose de supérieur ii> à nous )). Les poètes belges, tout en s'assimilant la culture française, ont gardé, pour la plupart, leur caractère national. Quelquesuns ont su allier la sensibilité wallonne ù l'imagination flamande et produire des œuvres absolument remarquables. On ne saurait trop les féliciter d'avoir sur des pensers belges fait de si beaux vers français, unissant ainsi fraternellement la gloire de leur patrie à la gloire de la France.
Pour étudier le mouvement littéraire de la Belgique, consulter : Fritz Massin, Histoire de la littérature française en Belgique de 1815 à 1830; André van Hasselt, Essai sur l'histoire de la poésie française en Belgique; Francis Nautet, Histoi?'e des lettres belges d'expression française (1893); Iwan Gilkin, Quinze ans de littérature (1895); Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France (1897) ; Pol de Mont, Poètes belges d'expression française (1899) ; Georges Barrai, Les Frances littéraires de l'Etranger (19(X)) ; Louis Dumont-Wilden. Les lettres belges et la culture française dans La Grande Revue (le' septembre 1901) ; Victor Banch, Le Siècle (2 décembre 1901) ; Camille Leinonnier, La Vie bolge (1905) ;
Eugène Gilbert, Les lettres françaises dans la Belgique d'aujourd'hui (1906) ; Dr Hubert-Effer, Beitràge zur Oeschichte der franzôsischen Litteratur in Belgien
(1909) ; Henri Liebrecht, Histoire de la littérature belge d'expression française
(1910) ; Maurice Wilmotte, La Culture française en Belgique (1913) ; Abel Henmanu. Le mouvement littéraire belge d'expression française depuis 1880 (1913) ; Jethro Bithell, Contemporary Belgian Poetry (1904) et Life and wriling of Maurice Maeterlinck (1913), qui contient une étude générale de la littérature belge. — Consulter aussi les collections des revues La Jeune B^lgique^ La Wallonie, aujourd'hui disparues, et La Revue de Belgique, dirigée par le très distingué professeur de l'Université de Gs^nd Maurice Wilmotte ; L'Art Moderne ; La Revue générale ; I^a Belgique artistique et littéraire et une excellente revue des Jeunes.. La Vie intellectuelle, dirigée par Georges Rency, et Jean de Bère, qui sont euxmêmes des poètes distingués et de bons critiques. — Voir aussi : Henri Pirenne, Histoire de la Belgique, pour bien étudier le milieu.
Parmi les poètes belges que le manque de plaoe nous a empêche de faire figurer dans cette Chrestomathie. on peut encore citer : Paulin Brogneaux, l'auteur de L'Isolement; van Arenberg; Max Waller; Max Elskamp ; Paul Gérardy ; Georges Mario w ; Georges Eckoud ; Prosper Roidot.
Né à Maastricht en 1806, mort à Bruxelles en 1814.
Ce Hollandais francisé, disciple de Victor Hugo, dont il fut Tami, est un des représentants les plus caractéristiques du romantisme français en Belgique. Quand on lit ses vers, on voit qu'il partagea les nobles ambitions, les aspirations généreuses et les belles illusions qui régnèrent en France après 1830. C'est un poète de valeur, remarquable surtout parce qu'il essaya de créer une nouvelle poésie rythmique. Pour réaliser TidtH? antérieurement préconisée par Gastil Blaze, il tenta d'adapter les vers français aux sons musicaux et aux différents rythmes de la musique, (^'est alors qu'il traduisit les mélodies de Schubert et une dizaine d'opéras allemands ou italiens, parmi lesquels le Freisehûtz et Le Barbier de Se ville. Plus tard, il étendit sa tentative à la poésie proprement dite. Ses Etudes rythmiques, qui parurent dès 1857, comprennent des vers, en général basés sur la prosodie traditionnelle, mais aussi sur l'accentuation des syllabes, tantôt fortes, tantôt faibles, lesquels forment de véritables pieds. On peut les classer, d'après Jules Guilliaume, en : vers à trois accents ou tripodies (de 5 à 9 syllabes), vers à quatre accents ou létrapodies (de 7 à 12 syllabes), vers à cinq accents ou pentapodies (de 0 à 15 syllabes), vers à six accents ou hexapodies (de 11 à 18 syllabes). La mesure des vers rythmiques dépend donc surtout, du nombre des pieds, et c'est l'alternance régulière des syllabes fortes et des syllabes faibles qui produit le rythme et la musique du vers. Très discutée au début, la révolution prosodique de van Hasselt compte aujourd'hui beaucoup d'adeptes. Le poète lui-même en a tiré de très heureux effets ; ses meilleurs vers sont en tout cas ses vers rythmiques.
La maison déserte ^
La maison était pleine de fleurs et de chants.
D*oiseaux et de ros.es, Et ses portes toujours aux propos des méchants,
Toujours étaient closes.
Le printemps l'égayait d'un sourire charmant,
Mon ange, à toute heure, Et chantait conmie un luth quand du soir doucement
La brise l'effleure.
Ce printemps c'était vous, la splendeur, la beauté,
La grâce suprême, Le rayon qui dorait de sa pure clarté
La nuit elle-même.
Et voici, la maison voit grimper sur son seuil
Les ronces armées.
Et le morne silence remplit de son deuil
Les salles fermées.
Le rosier du jardin que fait-il de ses fleurs ?
Le soir les effeuille.
Et l'oiseau que fait-il de ses chants, de ses pleurs ?
Le vent les recueille. •
Car^ hélas ! mon amour, de la blanche maison
Vous êtes partie.
De son nid printanier, sa chantante prison,
Fauvette sortie.
Vous n'êtes plus là^
Dans moft frais jardin plein de fleurs étoilées Vous croissiez, ô lis des bosquets ténébreux.
* Cette pièce est extraite des Eludes rythmiques. Elle est composée de vers de douze syUabes à cruatre accents toniques alternant avec des vers de cinq syllabes à deux accents toniques (quatre pieds et deux pieds), l'e muet non compté à la fin d'un vers; ils doivent être scandés de la manière suivante, le signe -^ désignant les syllabes faibles, le signe — indiquant les syllabes fortes ou accentuées :
La maison/ était plei/ne de fleurs/ et de chants,
D'oisêâux/ et de roses/
* Cette pièce rythmique est formée entièrement de vers de' omse syllabes à quatre accents toniques (quatre pieds), la dernière syllabe muette n'étant pas comptée, à la fin d'un vers, comme dans la prosodie ordinaire. Il faut les scander ainsi :
Dans mon frais/ jardin/ plein de fleurs/ étoilées
OHRRST. PR. POèVBS '>(i
562 CHRESTOMATllIE FRANÇAISE
Vous chantiez, bouvreuils, ô uuisiques ailées, Aux échos chaiinés vos refrains amoureux.
Dans mon gai foyer, plein de flammes joyeuses, Vous brûliez, rameaux des yeuses des bois ; O grillons, et vous, aux soupirs des yeuses \ O grillons chanteurs, vous mêliez votre voix !
Dans mon ciel si pur tant de blanches étoiles Bépandaient, la nuit, leur rêveuse clarté, Et jamais le jour n'avait vu de ses voiles
Un orage obscur en ternir la beauté.
Mon jardin n*a plus une fleur parfumée. . De mes gais bouvreuils le dernier s'envola. Mon foyer éteint n'est que cendre et fumée. Tout mon ciel est noir, — car vous n'êtes plus là.
Le soldat de la vieille garde '.
Soldât de la vieille garde, Longtemps éprouvé du sort.
Je pleure, ô mon Dieu, regarde !
L'empereur est morti
Brûlé du soleil du Caire ', Glacé par les froids du Nord, J'ai fait vingt-cinq ans la guerre.
L'empereur est mort !
Acteur de la grande hilâtoire, De l'homme sublime et fort, J'en garde ma part de gloire.
L'empereur est mort !
Dix ans j'ai porté son aigle.
Toujours avec lui d'accord ; Nous sommes tous deux en règle.
L'empereur est mort !
1 Chêne vert.
2 Cette pièce rythmique comprend, à chaque strophe, trois vers de sept syUabes à trois accents toniques et un vers de cinq syllabes à deux accents toniques (trois pieds et deux pieds).
Soldat/ de la viei/lle garde/. .
L'empereur/ est mort/
' Allusion à la conquête de l'Egypte faite par Bonaparte, alors général, en 179K.
T<il
IWAN UILKIN 563
Son astre éclairait la terre.
Hélas ! et voilà qu'il dort.
Clairons, vous pouvez vous taire.
L'empereur est mort î
Débris de combats sans nombre, Que suis-je après tant d'effort ?
Un spectre vivant, une ombre, L'empereur est mort !
Mes yeux sont usés de larmes.
0 tombe, ouvre-moi ton port.
Je veux y jeter mes armes, L'empereur est mort !
Œuvres à lire de van Hasselt (Hauman et G»', éditeurs, Bruylant Christophe et C»*, éditeurs, Bruxelles) : Primevères (1834) ; Nouvelles poésies (1857); Etudes rythmiques (1862); Poèmes (1863),- Livre des ballades (1877); Œuvres complètes, 10 volumes; Poésies choisies ip&r G. Barrai (1901). — Critiques à consulter: L.Alvin, André van Hasselty sa vie et ses travaux (1877) ; Jules Gailliaume, Le vers français et les prosodies modernes; Ch. Fuster, Les poètes du clocher {iS8Q) ; Eugène Rambert, Eludes littéraires (1890) ; Virgile Rossel, Histoire de la littérature française hors de France (1896) ; Hubert Krains, Semaine littéraire (16 mai 1903).