‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 129 sur 176 · IWAN GILKIN · texte numérisé non relu

IWAN GILKIN

yé à Bruxelles en 1S58.

Dans un de ses articles de La Jeune Belgique S dont il fut un des fondateurs avec Max Waler, Albert Giraud et Vallère Gille, Iwan Gilkin a donné de la poésie une définition intéressante : <( Susciter dans l'imagination des images vivantes, montrer les objets dans leur maximum de beauté, c'est-à-dire dans leur minimum d'utilité historique ou scientifique, éveiller les idées générales, non à l'aide des concepts, mais par l'évocation de leurs archétypes, rendus tout à coup sensibles par une excitation de l'imagination et du sentiment, là où la connaissance discursive agirait pour renonciation d'un concept général ou abstrait, fabriqué a posteriori; employer pour frapper ainsi l'imagination et le sentiment toutes les ressources expressives du geste, des couleurs, des lignes et des sons, traduites dans le langage par les équivalents les plus proches et, à cet effet, appeler à l'aide tous les ressorts mélodiques, harmoniques et rythmiques d'une langue : tel est Toffice de la poésie et de son instrument, la versification. » Iwan Gilkin est-il parvenu à réaliser cette conception en partie fort juste? Il serait exagéré de le dire. D'abord parce qu'une partie de ses œuvres, purement livresque, est le produit non de son inspiration propre, mais de ses lectures. Parnassien nourri de Le- «'onte de Lisle et de Sully Prudhomme, fortement influencé par Baudelaire

* T. XI, p. 389.

et Edgard Poe, l'écrivain belge paraphrase souvent plus qu'il n'exprime et ses moyens sont limités. Il n'en est pas moins un fort bon poète. Son *inspiration n*est du reste pas monocorde. Dans La Nuit y qu'on pourrait appeler ses Fleurs du mal, il traduit, avec un pessimisme baudelairien teinté de satanisme et en un style brutal, exaspéré, surchargé comme la peinture flamande, tout ce qu'il y a de morbide et de bas dans la nature humaine : les vices, les saletés, les pourritures, les relents d'hôpital, les sensations malsaines, les malheurs. C'est, avec des frissons d'horreur. l'Enfer terrestre qu'il nous montre. Dans ses autres œuvres, il lève heureusement la tête vers le Paradis et la vie lui apparaît plus sortable. La philosophie qui se dégage de son beau poème tragique, Prométhée, est, dans im cadre antique, une synthèse consolante de la Raison et de la Foi. Iwan Gilkin, malgré la partie faisandée de ses œuvres, est un des meilleurs poètes de la Belgique.

Litanies ^.

Sumatnrelle, calme et puissante Beauté, Fontaine de santé, miroir d'étrangeté,

Ecoutez-moi I

Phare spirituel, allumé sur les roches, Beffroi des jours défunts, où sanglotent les cloches,

Appelez-moi !

Havre où les blancs voiliers et les fumeux steamers Chargés de cœurs vaillants, viennent du bout des mers,

Accueillez-moi !

Soleil vertigineux, vous qui dans les yeux faites Fleurir des visions de splendeurs et de fêtes.

Aveuglez-moi !

Jardinier qui semez dans la nuit des cerveaux Les songes imprévus et les verbes nouveaux,

Fécondez-moi I

Fleuve majestueux, où sur l'eau lente éclate La gloire des lotus d'azur et d'écarlate,

Submergez -moi !

Tour d'ivoire, château que les tentations Entourent vainement de leurs obsessions,

Abritez-moi !

Forêt crépusculaire, où les oiseaux nocturnes Ouvrent leurs clairs Jreux d'or et leurs vols taciturnes,

Apaisez-moi !

» Extrait de La A'wtV (1897).

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