‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 132 sur 176 · ADOLPHE HARDY · texte numérisé non relu

ADOLPHE HARDY

Né à Dison près de Verviers en i868.

Adolphe Hardy est un poète de clocher : il' a chanté surtout le pays d'Ardennes avec une ferveur émue et une finesse d'impression très développées. Doué d'une sensibilité délicate et d*un grand sentiment du pittoresque, c'est à la fois un lyrique attendri et un paysagiste aux notations précises. Le sentiment et l'observation se marient en lui pour en faire un poète original et sympathique.

La maison du bonheur ^

Si la vie a blasé ton âme, approche-toi

Et regarde, à travers les roses de la haie,

Rire, au fond du jardin, la maison blanche et gaie,

Sous sa vigne en guirlande et ses nids près du toit.

Contemple. Un rayon tiède ourle d'or les corbeilles Et l'allée, où la mousse abonde, est molle au pas. Ecoute. Une eau qui tombe accompagne tout bas L'orchestre des oiseaux et le chœur des abeilles.

Devant la porte, au bord de la pelouse en fleur Qu'un vieux pommier tordu tache d'une ombre ronde, Dans l'herbe un bel enfant roule sa tête blonde... Regarde bien, si tu cherches la paix du cœur.

Sous les feuilles filtrant l'ambre clair des lumières. Les parents, près de lui, se penchent radieux. Dans un bonheur si pur qu'il en devient pieux Et qu'il brille en lueur humide à leurs paupières.

Entre leurs doigts mêlés passe un frisson très doux Lien subtil qui noue en secret l'âme à l'âme, Et l'époux s'attendrit, et l'épouse se pâme. Et l'enfant amusé s'agrippe à leurs genoux.

Si l'espérance au champ de ton rêve est fauchée, Observe, au coin du cadre exquis de ce tableau. Ce saule à demi-mort qui repousse^ un rameau Et dont Técorce creuse abrite une nichée...

Et si tu veux renaître à ton tour, si tu veux Etre un homme et goûter l'ivresse de te vivre,

* Extrait de La Houle enchantée. (1904).

' Le verbe est pris ici dans son sens transitif direct.

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La route est là : pourquoi, quand tu n'as qu'à la suivre, Te donner tant de mal pour rester malheureux?

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La vieille auberge ^

Sous les monts boisés d'où la lune émerge Baignant d'or bleuâtre un sentier de houx, Vers l'étang s'affaisse, entre les joncs roux, ' Un paon sur son toit, la vétusté ^ auberge.

L'automne a tendu de fils de la Vierge ^ Son pampre indocile aux longs sarments fous Enfeuillant la vase où les crapauds doux. Dans le clair obscur flûtent sur la berge.

Quel peintre a rêvé plus frappant tableau Que ce chaume antique allongeant sur l'eau L'ombre de sa vigne et de ses lézardes ?

Telle une humble vieille au dos barrasse Mire, au tain lépreux d'un miroir cassé. Sa face ridée et ses pauvres bardes...

La Rivière^.

Lasse du bois sévère et de l'ombre tranquille,

La petite rivière, inconstante et futile.

Un double ourlet d'iris à sa robe, a gagné

La plaine où le ciel vaste en elle s'est baigné.

La voilà maintenant libre, heureuse et parée

De tous les clairs bijoux de l'aurore mirée.

Entre les colzas d'or, les foins et le méteil *,

Son onde pailletée étincelle au soleil,

Prend mille tons changeants de moire qu'on déroule

Et semble un long ruban de lumière qui coule.

Œuvres à lire d'Alexandre Hardy (Fischbacher, éditeurs, Paris): Emaux wallons (1896), La Route enchantée. — Critiques à consulter : Le Jour, de Verviers (26-27 décembre 1903); N. de Prelle, Le Nouvelliste de Verviers (20-21 février 1904); Albert Heumann, Le mouvement littéraire belge d'expression française (1913).

^ Extrait de La Route enchantée (1904) .

' Détériorée par la vieillesse ; néologisme formé avec vétusté, emprunté lui-même du latin vetustas, vieillesse.

' Filandres, produits par certaines araignées et qui voltigent dans l'air, surtout en automne. En allemand, Sommerfdden ; en anglais, a gossamer.

* Extrait de La Route enchantée.

' Seigle et froment mêlés qu'on sème ensemble (du latin populaire mistilium).

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