‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 168 sur 176 · APOLLINAIRE GINGRAS · texte numérisé non relu

APOLLINAIRE GINGRAS

Né à Saint-Antoine de Tilly en 1847.

Les vers de prêtres sont très rares ^ dans la littérature française, car les abbés de Tancien régime, comme Ghaulieu ou Delille, étaient si peu ecclésiastiques qu'on ne peut guère citer leurs œuvres comme des produits de la foi catholique. Quand oa trouve de ceux-ci« il faut se hâter de les présenter, surtout s'ils proviennent de la Nouvelle-France ; on sait assez quel rôle important y a joué le clergé dans le maintien de la langue et des traditions françaises. Ordonné prêtre en 1878, Apollinaire Gingras est actuellement curé à l'église de Ghâteau-Richer. C'est donc en pleine vie religieuse qu'il a cultivé la Muse, mais sa muse n'a rien de celle de Ghaulieu : elle est religieuse et canadienne. Son Parnasse n'est ni la Butte Montmartre ni un mont grec, c'est un des sommets des poétiques Laurenttides où pointe vers le ciel bleu quelque clocher bâti par les missionnaires qui vinrent évangéliser les sauvages du Saint-Laurent. L'abbé Gingras n'est pas un grand poète catholique ; on ne saurait le comparer au Verlaine de Sagesse ni au poète belge Rodenbach, mais il a un talent très personnÏBl et ses poèmes, d'ailleurs bien écrits, où s'exprime une foi sereine et sincère, tout à fait étrangère au mysticisme sensuel de ces deux poètes, ont la senteur saine du terroir canadien.

Feu de joie au cimetière ^

Voyez : déjà l'automne empourpre nos érables. Les beaux jours ont pâli : dans ses chaudes étables Le laboureur déjà fait rentrer chaque soir Son grand troupeau beuglant, roux, cendré, blanc et noir. Ces foins verts, ces blés d'or, qu'ont surveillés les anges, Vont sur des chars plaintifs s'abriter dans les granges ; La faux du moissonneur a bien passé partout... Un champ seul par oubli semble rester debout :

* L*artimon est la voile en forme de trapèze placée au-dessus de la poupe, et le mdt d'artimon porte le pavillon.

' Il y a beaucoup plus de vers religieux composés par des pasteurs protestants, surtout dans la Suisse française, où quelques-uns des membres du clergé sont de bons poètes.

' Extrait du recueil Au foyer de mon presbytère, poèmes et chansons (Beauchemin, éditeur, Montréal, 1881).

Un pré jaune, et taillé dans Tombre de l'église,

Ondule encore et jase au souffle de la brise.

C'est un étrange enclos : il y pousse à la fois

De sauvages rosiers, des foins hauts et des croix.

Quelque matin, le prêtre, au sortir de sa messe.

Dit au bedeau : « Rémi, coupe ce foin qui presse. »

Et le bedeau s'-en va couper ces foins épais

Que la grange, pourtant, n'abritera jamais.

Ce foin resté au saint lieu : l'agneau, le bœuf et l'âne

Ont le pied trop vulgaire et la dent trop profane

Pour broyer sans respect, dans leurs repas hideux,

Le foin sacré qui pousse au-dessus des aïeux!

Dans un coin retiré de l'humble cimetière.

Un feu, le soir venu, s'élève avec mystère.

Les villageois bientôt arrivent chapeaux bas ;

On prie, on se regarde, on ne se parle pas,

Mais l'on semble écouter : dans l'ombre et le silence.

Le mystique brasier parle avec éloquence.

Ils viennent des tombeaux, ces foins longtemps discrets,

Et la tombe chrétienne a de si doux secrets!

Chaque brin qui pétille ou se tord dans la flamme,

Semble rire ou pleurer comme ferait une âme.

Il semble que ce soir, sur les ailes du feu,

Les amis disparus montent vers le ciel bleu.

C'est pour nous consoler par ces aimables rêves.

Doux brasier, que dans l'air tu brilles et tu t'élèves !

Voilà pourquoi surtout, doré de ton reflet.

Le vieux prêtre te fait flamber avec respect.

Il sait que ce qui brûle est sorti d'une terre

Fécondée avant tout par l'Eglise en prière.

Ces foins perdus, poussés sur le champ de la mort.

Ces rosiers, ces glaïeuls, cette ronce qui mord.

Ont germé dans un sol imprégné d'eau bénite.

Et sont purs comme sont les cheveux d'un lévite.

Le pasteur veut qu'ici, dans le calme et l'amour.

Les cendres du bûcher restent jusqu'au grand jour!

Car, tout ce qui nourrit cette flamme sereine

A poussé dans un sol fait de poussière humaine.

Cette moisson du deuil, ces foins, ces arbrisseaux.

Tout cela prit racine au sein des noirs tombeaux.

Aux jours les plus dorés de l'été, quand la brise

Passait sur cet enclos comme une hymne d'église,

Elle semblait tout bas, en frôlant le gazon,

Dire irn De profundis * qui donnait le frisson.

Et quand le vent, la nuit, secouait la crinière

Des vieux saules, des ifs, de la haute bruyère,

Le passant s'arrêtait, collait Toreille au mur,

Et disait : « Les défunts parlent ce soir, bien sûr! »

Dans cet enclos fermé, les enfants du village

Ne cueillaient ni les fleurs, ni la mûre sauvage :

Seuls, dans ces doux gazons, les oiseaux du bon Dieu

Becquetaient sans clameurs les fraises du saint lieu.

Et le bedeau lui-même (un brave chrétien, certes !)

Avait fauché ce pré la tête découverte.

Frères ! le feu se meurt ; gardons comme un trésor Le doux enseignement qui s'en dégage encor : C'est que la Sainte Eglise, oubliant leurs misères. Honore ses enfants jusque dans leurs poussières î

Né à Saint-François de Beauce (province de Québec), en 1850.

D'origine anglaise par son père, et de soache française par son arrièregrand père, qui vint de la Picardie, William Ghapman est un Canadien tout à fait francisé, formé par la culture latine. Apprécié en France, où ses œuvres ont été couronnées par l'Académie, c'est le seul survivant aujourd'hui de la première école poétique canadienne, et certainement le mieux doué de sa génération. Ame ardente et généreuse, il attire la sympathie. Gomme écrivain, il possède l'inspiration, la force, la puissance, et certains de ses poèmes ont une superbe allure, malgré la prolixité qui les dépare en quelques endroits. Disciple intelligent de Victor Hugo, il a, comme lui, le souffle épique ; s'il avait aussi la magie éblouissante du style, il serait un merveilleux poète. Tel qu'il est, c'est un auteur très distingué, tout à fait représentatif de son pays et fort intéressant à lire parce qu'il a su peindre les tableaux grandioses du magnifique pays qu'arrose le Saint- Laurent tout en exprimant, avec un bel enthousiasme, l'âme puissamment idéaliste des Franco-Canadiens.

Mon drapeau ^

Non, nott, jamais couleurs, dans les grands chocs épiques, Ne gonflèrent au vent dés plis plus orgueilleux

^ Mots latins signifiant Des profondeurs, qui commencent la prière pour les morts, dans l'Eglise catholique.

» Extrait d'une pièce intitulée Nos trois couleurs, dans le recueil Les Rayons du Nord. (Edition ae La Revue des Poètes, librairie Jouve, Paris). Les Canadiens, aux jours de fête, arborent toujours le drapeau français à côté du drapeau anglais. Quelques-uns, cependant, qui n'aiment pas les idées libérales de la France actuelle, voudraient le remplacer par le drapeau catholique du Sacré-Cœur. C'est pour répondre à ceux-là que W. Chapman, d'ailleurs catholique lui-même, écrivit ce poème vibrant d'enthousiasme.

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Que n'en fit ondoyer ce drapeau glorieux

Des neiges de Eussie aux sables des tropiques !

11 a, durant quinze ans, plané sur des combats Comme n'en avait point enregistré l'Histoire... Et ce jeune étendard, l'amant de la victoire, Vous pourriez aujourd'hui le remplacer? Non pas !

Rien ne peut remplacer son ombre si féconde... Et Lamartine, un jour, a dit à des criards : « Le drapeau rouge a fait le tour -du Champ de Mars, Le drapeau tricolore a fait le tour du monde * ! »

Il fit le tour du monde, et ses plis immortels, Que tout vrai Canadien respecte, honore et baise, S'enlacent avec ceux de la bannière anglaise : On ne peut désunir ces rivaux fraternels.

Je veux les voir flotter tous deux sur notre terre.

Mon père avec orgueil et vénération

Se découvrait devant le drapeau d'Albion,

Les trois couleurs faisaient s'agenouiller ma mère.

Et parce que ma mère a su toujours chérir

Ce sublime haillon troué par la mitraille.

Que l'on m'en applaudisse ou bien que l'on m'en raille.

Je combattrai tous ceux qui voudront le trahir !

Oui, je le défendrai sans trêve et sans relâche. Quand il ne resterait aux bords laurentiens Que cent hommes de cœur pour être ses soutiens Et m'aider à remplir ma noble et sainte tâche.

Pour garder ces couleurs, d'un aussi fier éclat* S'il n'en restait que vingt, je lutterais quand même, S'il n'en restait que dix, je serais le dixième, S'il n'en restait qu'un seul, je serais celui-là ^

^ Quelques jours après la révolution de 1848, une troupe d'émeutiers 'voulurent forcer Lamartine, chef du gouvernement républicain, à adopter le drapeau ronge. C'est alors, devant l'Hôtel-de- Ville, que le grand poète prononça une magnifique harangue où se trouvent les mots cités par Ghapman, et qui retourna la foule.

' Citation empruntée à une pièce de Victor Hugo, dans Les Châtiments. Le poète était alors en exil, après le coup d'Etat du 2 décembre 1851 ; U y jurait de combattre Napoléon II [ et de ne jamais rentrer en France, tant que le monarque serait sur le trône. Il tint son serment : il ne revint à Paris que le 6 septembre 1870, après la bataille de Sedan et la chute de l'empereur. Voir plus haut pages 70 et 71.

Je lutterais debout sur des murs en ruine, Agitant fièrement cet auguste drapeau, La feuille de l'érable altier à mon chapeau, Et l'emblème du Cœur-Sacré sur ma poitrine.

Je combattrais toujours paimi les plus ardents, Portant le tricolore avec des mains crispées, Et si Ton me tranchait les bras à coups d'épées. Je tiendrais ses lambeaux serrés entre mes dents.

Et si Ton me poussait dans Tonde ou dans la flamme, Si Ton rompait mes os, si Ton crevait mes yeux. On ne me prendrait pas ce haillon glorieux, Car je cache ses plis dans les plis de mon âme !

Les chasseurs de bisons ^

Trois cents Métis français, fiers chasseurs de bisons, A travers la. prairie aux vastes horizons. Sur qui l'azur rayonne et le silence plane, S'avancent l'œil au guet, en longue caravane. Us défilent montés sur de lourds chariots Que traînent de fougueux mustangs ^, dont les sabots Ne sentirent jamais le poids du fer sonore. Les Métis ' sont venus du côté de l'aurore, Emmenant avec eux leurs femmes et leurs enfants. Ceux-ci poussent parfois de longs cris triomphants. Heureux d'accompagner leurs pères à la chasse. Car en eux coule encor le sang de cette race Dont rien ne sut fléchir l'audace et la fierté.

Eclaireurs, du regard sondant l'immensité

Du sauvage désert, où nul vent ne murmure,

Des cavaliers, couchés presque sur leur monture,

Voltigent en avant... Depuis quatre longs jours

La caravane marche, et l'horizon toujours

Recule. Vainement, sous le ciel sans nuage,

Les chasseurs vont cherchant quelque troupeau sauvage...

A la nuitée ils font halte, et les chariots

En cercle sont rangés. Au milieu de l'enclos,

* Extrait du recueil Les Rayons du Nord,

* Chevaux de sang nés sur le sol d'Amérique.

' Ce sont les descendants de Français mariés à des femmes indiennes du Canada. Ils sont renommés par leur intrépidité et leur endurance.

Dans un empressement qui les rend haletantes,

Les femmes d'un bras souple et fort dressent les tentes,

Cuisent pour le souper chevreuils et caribous...

Et, comme les Métis redoutent les Sioux *

Qui leur gardent, hélas ! des rancœurs étemelles.

Autour du campement veillent des sentinelles.

— Les bisons! les bisons! Un immense troupeau Vient d'émerger au loin, et, porteur d'un drapeau Qui sous les derniers feux du couchant étincelle,

Le plus vieux des Métis commande : En selle! en selle! Les chevaux, dételés, sont sellés aussitôt. Et les voilà partis tous ensemble, au grand trot. Les cavaliers guidant du seulgeste leurs bêtes.

La harde ^ doit compter, au moins, trois mille têtes ; Et dans le tas massif, de moment en moment, Retentit quelque rauque et long mugissement. Qui fait frémir l'écho des solitudes mornes. A travers les buissons de la plaine sans bornes, Les bœufs sauvages vont, blancs de sueur, fiévreux, Hagards, baveux, faisant tournoyer derrière eux Des vagues de poussière et de chaude fumée. Un vieux fauve conduit la mugissante armée, Dont les bonds rythmés font trembler le sol herbeux.

A l'aspect des poneys rapides, les grands bœufs

Changent soudain de route, au hasard de la fuite...

Les tigres sont moins prompts, les loups courent moins vite.

A présent les mustangs sont lancés au galop.

Et, comme le typhon ' est plus vif que le flot,

Sans doute ils atteindront la harde effarouchée.

Quel épouvantement et quelle chevauchée !

Nul ne pourra jamais les peindre avec des mots.

Les femmes, les enfants, gardant les chariots,

— Pendant que les coursiers vont à bride abattue — Dans une fixité de spectre ou de statue,

Qu'à peine ébranleraient les éclats du canon, Regardent, haletants, cette joute sans nom.

* Tribus indiennes qui firent aux hlancs une guerre terrible.

« Harde pour herde, troupe d'animaux sauvages (du bas allemand herde).

" Tempêté, cyclone ; mot emprunté du chinois tafung et orthographié typhon^ par confusion avec le mot grec TUf«iv, tourbillon.

A la suivre des yeux on est pris de vertige.

Elle est démencei adresse, horreur, fièvre, prodige.

Et buffles effarés et fougueux alezans

Passent dans le désert comme des ouragans ;

Et tout fuit devant eux, tout tremble à leur approche,

L'ours, le loup, le renard, Tétang, l'arbre, la roche.

Au-dessus d'eux l'autour lui-même est frémissant.

Ils vont, ils vont, courant, galopant, bondissant,

Des plaines secouant le sommeil léthargique.

Dans un emportement effroyable, tragique.

O les rudes chasseurs! les fuyards forcenés!

Dans leur effort farouche et sans frein, les poneys

Ont du sang aux naseaux et les bisons, aux mufles .

Qui devra triompher, des coursiers ou des buffles,

Des légers étalons ou des souples taureaux?

Hop! hop ! hardi! hardi ! les bons petits chevaux !

Ni buisson, ni torrent, ni roc, ni fondrière,

Ne peuvent ralentir leur course ventre à terre.

Non, nul ne saurait dire en des vers affolés

Les élans éperdus de ces coureurs ailés.

Hop! hop! hardi ! hardi ! Les mustangs si véloces *

Auront en un clin d'œil atteint les bœufs féroces.

Qui frôlent maintenant les arbres d'un bosquet.

Déjà plus d'un tireur épaule son mousquet.

Retourné sur la selle, attendant qu'on commande.

— Feu! clame au même instant le vieux chef de la bande.

Et cent bœufs foudroyés jonchent le sol rougi.

Le reste de la harde ébranlée a rugi

D'épouvante et de rage. Et la fuite éperdue

A travers la sauvage et muette étendue

Semble encor plus rapide, et sans trêve le plomb

Crible les bisons fous lancés dans un vallon.

Où le vol de l'instinct aveugle les emporte.

Une bête visée est une bête morte.

Rien ne peut égaler l'adresse des tireurs.

Laissant flotter la rêne au col de leurs coureurs.

Les Métis hardis, l'air superbement farouche,

Droits sur leurs étriers et du plomb plein la bouche,

Tirent incessamment, sans bourrer leurs mousquets,

D'une corne y versant la poudre par hoquets,

D'une lèvre écumante y laissant choir trois balles.

Avec toute l'ardeur des anciens cannibales

Rapides (du Htin velox, velocis).

Et tout rachamement des molosses lâchés,

La chasse se poursuit, et les bisons hachés

Tombent, tombent toujours, comme les blés qu'on fauche.

De crainte d'accident, chaque homme tire à gauche.

Enivré de l'odeur de la poudre, souvent

Un étalon bondit dans le torrent vivant.

Dont les flots furibonds brisent tout dans leur fuite.

Alors quelque taureau géant se précipite.

Et, la tête baissée et l'œil en feu, meuglant,

Dans toute sa longueur plonge sa corne au flanc

Du cheval qui chancelle et s'abat, blanc d'écume.

En déroulant, horreur ! un lourd boyau qui fume,

Vomissant un sang noir sur le sol piétiné.

Et blessant, convulsif, l'homme désarçonné.

Souvent, serrés de près, des buffles, hors d'haleine.

Se retournent soudain contre la meute humaine.

Et dans l'affreux torrent il se creuse un remou,

Il se fait un recul dans le bataillon fou,

Dont les rangs décimés constamment se resserrent.

Chasseurs, chevaux, bisons, que les halliers lacèrent,

Sur la plaine, où ne luit maintenant nul rayon.

Sont alors confondus dans un noir tourbillon

Fait de poussière épaisse et d'épaisse fumée,

Comme on en voit flotter au-dessus d'une armée

D'où montent les clameurs du bronze rugissant.

Dans ce long hourvari * fiébrile, étourdissant,

Parfois contre le moindre obstacle un cheval butte

Et brusquement s'affaisse, éreintant dans sa chute

Son cavalier. Parfois un bison, aveuglé

Par le vent de la course, entraîné, bousculé

Par les fuyards voisins, tombe et barre la route.

Créant sous les sabots de l'armée en déroute

Un vaste écrasement, un sinistre chaos.

Et le sang des grands corps tout broyés coule à flots.

Les cornes au hasard frappent, les balles grêlent.

De stridentes clameurs s'élèvent et se mêlent

Dans ce choc formidable où l'homme et l'animal

Semblent mettre le plus de leur instinct brutal.

Cependant la nuit tombe.

Et devant la sanglante et farouche hécatombe,

* Le hourvari, c'est le cri du veneur qui veut ramener le chien pendant U chasse ; mais ici il est pris dans le sens de nruit très intense.

ALBERT FBRLAND 703

Devant les corps fumants de chevaux éventrés, Devant des cavaliers gisants, tout lacérés, Laissant voir à leur front quelque terrible entaille, On se croirait le soir sur un champ de bataille.

Les ombres maintenant

Voilent tout le désert, encore frissonnant Des clameurs de la lutte, impossible à décrire, Entre les cavaliers et la harde en délire. Qui court toujours, qui court sans halte, éperdument. La poudre ne fait plus frémir que par moment Le sauvage et lointain écho des forêts vierges. A l'autel de Tazur déjà brillent les cierges Que de son feu Vesper * allume au firmament.

La fusillade enfin meurt insensiblement.

Plus de mugissements ! plus d'horrible vacarme ! Le dernier tireur vient de décharger son arme. Et la poursuite cesse, et plus d'un fin coursier S'affaisse, pantelant, sur ses jarrets d'acier ; Autour des fiers chasseurs tout retombe au silence. Et l'on n'entend, au sein de cette arène immense. Que le bruit décroissant du grand troupeau qui fuit Dans le farouche et noir mystère de la nuit.

Œuvres à lire de W. Chapman (éditions de la Revue des Poètes, librairie Jouve, Paris) : Les Çuébecquoises (187C); Les Feuilles d'Erables (1890); Les Aspirations (1904); Les Rayons du Nord (1908^; Les Fleurs de Givre (1913). En préparation: L'Epopée canadienne. — Critiques à consulter : F. Lhomme, L'Art (août 1903) ; P. Protois, 1/ Univers (7 janvier 1904) ; Hector Fabre, Paris-Canada (7 février 1901) ; Camille Roy, Essais sur la littérature canadienne (1906) ; de Ribier, La Revue des Poètes, Paris (octobre 19o9) ; Augustin Filon, Journal des Débats (25 avril 1906 et 10 mai 1910) ; Auguste Dorchain, Annales politiques et littéraires (19 juin 1910) ; Louis Arnould, Correspondant (25 avril 1913) ; Alfred Brun, L'Echo saintongeois (2 février 1913).

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