‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 20 sur 176 · C. A. OswALD Durand · texte numérisé non relu

C. A. OswALD Durand

Mes papillons 726

Les forts 727

Georges Sylvain . 729

Frères d'Afrique 729

Berceuse 731

Etzer Vilaire 732

Le supplice de la frégate 733

Les étoiles filantes 735

Testament 735

CHRESTOHATHIE FRAPSl 01

(Poètes)

Période napoléonienne ou préromantique

Un phénomène frappant marqme la première période de ce siècle : c'est la désharmonie qui existe entre la prose et les vers. Tandis que Chateaubriand, dès 1801, commence l'évolution romantique, et épanche dans toutes ses œuvres sa puissante imagination poétique, les écrivains en vers de la période napoléonienne continuent à imiter les froids versificateurs du XYIII^ siècle; ils paraissent ignorer que le ron^antisme coule déjà à pleins bords. La critique les a flétris du nom de pseudo-classiques. Pour la majorité d'entre eux, cette appellation est juste ; elle serait inexacte pour quelques-uns chez qui l'on sent les influences nouvelles et qui marquent la transition entre les écoles opposées. On a d'ailleurs trop sévèrement jugé les prédécesseurs de Lamartine. Fussent-ils aussi inférieurs qu'on l'a affirmé, ils mériteraient encore de figurer dans ce livre, ne serait-ce que pour mieux faire ressortir l'immense progrès dû au romantisme. Mais ces écrivains, quoique de second rang, ont une valeur indéniable; leurs œuvres renferment aussi de nobles pensées et de beaux vers.

Derniers classiques et semi-romantiques.

MILLEVOYE (Charles-Hubert)

Né à Abbeville en 1782, mort à Paris en 1816.

Poète composite, accidentel confluent de deux écoles littéraires qui ont mêlé en lui leurs courants contraires, il subit d'abord l'influence grécolatine des savants académiciens de la fin du XYIII» siècle, dont les travaux d'érudition provoquèrent, un moment, le retour à l'art antique.

CHREST. FR. POÈTES 1

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Gomme *^narè jBil^iiier,:iïiws A'^O'.w'feaucoup moins de talent, il écrivit alors des ér^gies d'inspiration hellénique. Et comme déjà se faisait sentir le romantisme ossianique et moyenâgeux, il composa aussi des poèmes chevaleresques. De tout cela, il n'est presque rien resté. 'C'est dans ses élégies modernes, où il a exprimé ses sentiments personnels, qu'il fut quelquefois vraiment poète, avec une douceur pénétrante et mélancolique d'un charme réel. Dans ce genre-là, son talent, selon Sainte-Beuve^ est comme la légère esquisse du génie lamartinien.

Danaé ^

La nuit règne; les vents assiègent en furie La nef où Danaé va, dans la sombre mer, Périr avec son fils, le fils de Jupiter I Danaé de ses bras l'environne, et s'écrie : Nous ne reverrons plus les rivages d'Argos : Mon pè: e nous condamne aux ombres étemelles. Aimable et cher enfant, dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

« O mon fils ! tu ne crains ni le courroux des vents,

Ni la nuit sans clarté, ni la vague sonore ;

Ton doux et jeune cœur se rit des flots mouvants

Qui passent sur ton front &ans le toucher encore.

Ah ! si tu comprenais nos dangers et nos maux.

Tu sentirais aussi nos alarmes mortelles.

Mais non... dors, mon enfant ; dors bercé par les flots ;

Vagues, dormez; dormez, souffrances maternelles!

« Tyndarides * brillants, dont l'éclat toujours pur, Des turbulentes mers blanchit le noir azur, O célestes gémeaux, que le nocher révère I Ce fils d'un sang divin, n'est-il pas votre frère ? De Danaé plaintive écoutez les sanglots : Veillez sur nous, du haut des voûtes éternelles. Et toi, dors, mon enfant; dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

^ Extrait des Elégies. Cette pièce d'inspiratioiL antique rappelle la manière d'André Chénier, dont Millevoye avait du reste lu l'œuvre manuscrite. — Un oracle ayant prédit à Âcrisius, roi d'Argos, qu'il serait tué par son petit-ûls, il fit exposer sa fille Danaé et l'enfant de celle-ci, Persée, sur une frêle barque un jour de tempête.

• Castor et Pollux, qui, sous le nom de Gémeaux, furent changés en constellations par Jupiter. L'un d'eux, Castor, était le fils de Tyndare, roi de Lacêdémone.

KILLEVÔYE 3

» Cyclades, chastes sœurs, qui flottez sur la mér, Et couronnez au loin les flots bruyants d'Egée ! Je me confie à vous : du fils de Jupiter Attirez sur vos bords la barque protéeée. Sers une autre Latone *, ô palmier de Dèlos ! Etends sur nous aussi tes feuilles immortelles. Et toi, dors mon enfant; dors, bercé par les flots; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» N'ai-je point découvert sur les flots aplanis Tes enfants balancés mollement dans leurs nids, Fille du Dieu des vents, tutélaire Alcyone ? N'ai-je pas entendu ta plainte monotone ? Au nom de ton Céix ^ englouti dans le;s eaux, Que la docile mer se calme sous tes ailes ! Et toi, dors mon enfant; dors bercé par les flots; Vagues, dormez ; dormez souffrances maternelles !

» Déesse aux pieds d'albâtre, orageuse Théthis '*' Du souverain des Dieux, toi fille auguste et chère. Tu sais, hélas ! quels pleurs coûtent les jours d'un fils; Mère, prête l'oreille aux plaintes d'une mère. » Thétis entend sa voix et dit : « Nymphes des eaux, » Confiez leurs destins aux Cyclades fidèles ! » Et toi, dors, jeune enfant ; dors, bercé par les flots ; » Vagues, dormez; dormez, souffrances maternelles! »

L'Anniversaire \

Hélas ! après dix ans je revois la journée

Oii l'âme de mon père aux cieux est retournée.

L'heure sonne : j'écoute... O regrets ! ô douleurs !

Quand cette heure eut sonné, je n'avais plus de père :

On retenait mes pas loin du lit funéraire;

On me disait : « Il dort » ; et je versais des pleurs.

, Latone, mère d'Apollon et de Diane, poursuivie par la haine de Junon, allait »*'tre dévorée par le serpent Python quand Neptune fit surgir l'île de Délos où elle trouva le salut.

» Roi de Trachine en Thessalie. Il périt dans un naufrage, ce dont sa femme Alcyone, fiUe d'Eole, fut désespérée. Les deux époux furent changés en alcyons ou martins-pécheurs par les Dieux touchés de leur malheur; d'après la fable, la mer reste calme quand l'alcyon vient couver ses œufs clans son nid flottant.

' Déesse des eaux, épouse de l'Océan.

^ Extrait des Elégies.

Mais du temple voisin, quand la cloche sacrée Annonça qu'un mortel avait quitté le jour, Chaque son retentit dans mon âme navrée,

Et je crus mourir à mon tour. Tout ce qui m'entourait me racontait ma perte : Quand la nuit dans les airs jeta son crêpe noir, Mon père à ses côtés ne me fit plus asseoir, Et j'attendis en vain à sa place déserte Une tendre caresse et le baiser du soir.

Je voyais l'ombre auguste et chère

M'apparaître toutes les nuits ;

Inconsolable en mes ennuis.

Je pleurais tous les jours, même auprès de ma mère. Ce long regret, dix ans ne l'ont point adouci ; Je ne puis voir un fils dans les bras de son père, Sans dire en soupirant : « J'avais un père aussi! » Son image est toujours présente à ma tendresse. Ah I quand la pâle Automne aura jauni les bois, O mon père! je veux promener ma tristesse Aux lieux où je te* vis pour la dernière fois.

Sur les bords que la Somme arrose, J'irai chercher l'asile où ta cendre repose :

J'irai d'une modeste fleur

Orner ta tombe respectée.

Et sur la pierre encore de larmes humectée. Redire ce chant de douleur.

Le poète mourante

Le poète chantait : de sa lampe fidèle S'éteignaient par degrés les rayons pâlissants ;

Et lui, prêt à mourir comme elle.

Exhalait ces tristes accents :

« La fleur de ma vie est fanée ; Il fut rapide mon destin !

De mon orageuse journée Le soir touche presque au matin.

» Extrait des Elégies. Comparez cette pièce avec celle de Lamartine dans les Nouvelles Méditations.

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