CHARLES LOYSON
Né à Château-Oontier en 1791, mort à Paris en 1820.
Ëlégiaque chrétien, tendre et sentimental, il marque la transition entre Millevoye et Lamartine. Sa courte vie fut une lutte mélancolique contre la mort: comme Tauteur des Elégies, il mourut, lui aussi, poitrinaire et se sentit mourir. Sa poésie, déjà toute romantique par les sentiments, est absolument sincère. Lorsqu'il parle de ses douleurs, ce n'est pas, comme tant de poètes de l'â^^e suivant, par mode littéraire ou par suggestion livresque. Il voyait venir le «noir séraphin», en écrivant ses plaintives rêveries. Son style, délicat et pur, a parfois la suavité des strophes lamartiniennes.
Le lit de mort^
Cessez de me flatter d'une espérance vaine ; Cessez, ô mes amis, de me cacher vos pleurs. La sentence est portée ; oui, ma mort est certaine, Et je ne vivrai plus bientôt que dans vos cœurs.
Pour la dernière fois, j'ai vu briller Taurore ; Pour la dernière fois, ce beau soleil m'a lui, Votre ami, succombant au mal qui le dévore, Sur le déclin du jour va s'éteindre avec lui.
Mais demain, quand, paré d'une splendeui' nouvelle, Le soleil triomphant rentrera dans les cieux, Votre ami dormira dans la nuit éternelle, Et l'éclat du matin n'ouvrira plus ses yeux.
Déjà tout s'obscurcit, tout s'efface à ma vue. Tout m'échappe, entraîné par d'invisibles mains, Et seule s'offre à moi cette route inconnue Dont le terme se cache au regard des humains.
Eh bien, ces noirs sentiers, ces régions obscures, Cette nuit du trépas n'étonnent point mon cœur. Vers le Dieu qui m'attend je lève des mains pures Ennemi du méchant, il est mon protecteur.
> Extrait des Epîtres et Elégies (1819). Malade et se sachant condamné, le poèto écrivit ces vers touchants, comme un adieu qu'il pensait définitif.
PIERRE LEBRU17 H
Hélas I pour mon âme abattue
Tous lieux sont désormais pareils.
Je porte dans mon sein le poison qui me tue : Changerai-je de sort en changeant de soleils? J'entends... ma fin prochaine en sera moins amère ; Mes amis, il suffit : je suivrai vos conseils. Et je mourrai du moins dans les bras de ma mère. .
Principales œuvres : Le Bonheur de l'étude^ discours en vers et autres poé' sies (1817); Epîtres et Elégies (1819). — Critiques à consulter : Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. II ; Nouveaux lundis, t. XI ; Henri Potez, L'élégie en France avant le romantisme (1898). i