AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE EDITION
En publiant le second volume de cette Chrestomathiej je dois exprimer ma plus vive gratitude à la presse et aux nombreux professeurs qui ont accueilli mon premier volume avec une si aimable sympathie. Si mon ouvrage a réussi auprès du public, c'est certainement à eux que j'en suis redevable. M. Sully Prudhomme a également témoigné à mon œuvre un intérêt dont le prix est pour moi inestimable, étant donnée l'autorité littéraire de l'éminent poète français. Je tiens à lui adresser ici mes plus sincères remerciements.
C'est pour répondre aux vœux de mes aimables critiques que je me suis décidé à publier ce volume. De divers côtés, on m'a demandé de faire pour les poètes du XlX^e siècle ce que j'avais fait pour les prosateurs ; j'ai d'autant plus volontiers accédé à ce désir que je sentais moi-même la nécessité de compléter mon œuvre. Aujourd'hui qu'elle est terminée, je voudrais expliquer en quelques lignes comment j'ai conçu ce dernier travail.
Cette chrestomathie des poètes est basée sur les mêmes principes que la première. Elle a été composée méthodiquement et après de sérieuses recherches, de manière à pouvoir cadrer avec une histoire vraiment scientifique de la littérature française de ce siècle-ci. J'ai cherché aussi à en faire un livre de lecture et de diction, pouvant intéresser le grand public aussi bien que les écoliers. Enfin je n'ai pas oublié qu'il devait pouvoir être mis dans toutes les mains et présenter de solides garanties morales. A la bibliographie, je n'ai indiqué comme ouvrages à lire, que ceux qui sont réellement dans ce cas.
La classification adoptée pour ce volume est la même que celle du premier. J'ai présenté les divers poètes chronologiquement et littérairement, c'est-à-dire yar périodes et par
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écoles. Presque tous les critiques m'ayant approuvé d'avoir abandonné la vieille et illogique classification par genres; généralement adoptée^ je me suis senti d'autant plus en droit de conserver une méthode qui me paraît la seule bonne à tous les points de vue. Une difficulté se présentait, toutefois, que j'avais déjà rencontrée dans mon précédent volume. Où commence et où finit une école littéraire ? Quelquefois un auteur est, en quelque sorte, à cheval sur deux périodes et deux écoles; quelle place faut-il lui donner alors? N'y a-t-il pas des auteurs inclassables? — Toutes ces objections, je me les suis faites à moi-même. Je me rends donc parfaitement compte qu'on trouvera dans ma classification des parties discutables ; les critiques auront l'amabilité de la considérer comme une chose relative; je n'ai aucune prétention à l'infaillibilité littéraire, mais je pense que, pour étudier une littérature, une classification chronologique et naturelle, même contestable dans quelques-uns de ses détails, est cent fois préférable au désordre chaotique des chrestomathies basées sur les genres,
La première difficulté en faisait naître une seconde. En poésie, il y a beaucoup d'écoles excentriques; fallait-il prononcer à leur égard le dignus es intrare ? Devais-je, par exemple, faire une place à l'école symboliste ? L'auteur est de ceux qui pensent qu'un très large éclectisme doit présider à l'enseignement d'une littérature. Si on laisse systématiquement de côté tout ce qui ne répond pas à un certain idéal de beauté littéraire, on s'expose à être injuste et, en tout cas, on est incomplet. Un critique peut ne pas aimer telle ou telle école, mais du moment qu'elle existe, il n'a pas le droit de l'ignorer, il faut la citer, ne serait-ce que pour la combattre. C'est pour cela que j'ai admis dans ce volume l'école symboliste et les vers-libristes, tout en faisant mes réserves expresses sur les principes de ces novateurs que je suis loin d'accepter en bloc.
Cette Chrestomathie est consacrée surtout aux œuvres poétiques de la France. Mais j'ai fait également une place aux poètes belges, aux poètes de la Suisse française et aux exotiques, de sorte que cet ouvrage a un caractère de généralité et d'équité littéraires beaucoup plus grand que celui du