Troisième partie. — Scène VIII
Daphnë, jeune fille de Gorinthe, a été fiancée à un jeuae grec, Uipplas ; mais sa mère^ convertie depuis peu à la religion nouvelle, veut lui faire rompre sa promesse
* Mot latin tiré du grec 'au^^v, plante cryptogame qui croit sur l'écorce des arbres eu forme de croûte pulvérulente.
* Du grec cXvtpov, étui, aile rigide qui recouvre chez certains insectes des ailes plus fines et souples.
* Les Noces corithiennes (1876). Dans ce beau poème dramatique, Anatole France a voulu peindre les âmes du vieux monde grec finissant et les premiers rayons de l'aube chrétienne dans l'Hellade. C'est une œuvre d'une psychologie profonde, très objective et très poétique eu même temps, un véritable chef-d'œuvre.
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pour la coQsacrer au Christ. La jeune fille consent d'abord ; eepeadant, l'amoar est le plus fort. Quand Hippias vient chercher sa fiancée, elle se décide à le saÎTre. Pour concilier son devoir avec le vœu de sa mère, elle prend du poison au moment oii ses noces vont s'accomplir secrètement, selon les rites païens, dans un tombeau en pleine campagne.
DAPHNÉ, HIPPIAS, THÉOGNIS, évêque chrétien, KALLISTA, HERMAS, mère et père de Daphné.
THÉOGNIS, à Hippias et à Daphné qui sortent de la chambre funéraire
ou s'est accompli leur hymen.
Arrêtez-vous, enfants, et sachez me connaître : Je suis, au nom du Christ, pasteur d'âmes et prêtre Selon l'ordre étemel de Melchisédech *, roi. Ecoutez-moi tous deux sans trouble et sans effroi, Car je ne te viens pas sacrer diaconesse \ Enfant; Christ ne veut plus la fleur de ta jeunesse. L'homme la respira, l'homme la doit cueîUir; Le Dieu de pureté n'en a plus le désir, Entends : je suis la main qui lie et qui délie. Daphné, fille d'Hermas, j'annonce et je publie Que le vœu de ta mère est délié par moi, Et tu peux dans la chair t'unir selon la loi. N'étant plus agréable à l'Epoux du mystère. Suis sans peur, devant tous, cet enfant de la terre. Car le Maître s'assit aux noces et donna Le vin miraculeux aux époux de Cana.
Et toi, fils des gentils, que l'esprit de mensonge Inspire et fait errer comme un homme qui songe, Ecoute, afin que Dieu daigne bénir ton lit : Quitte la vieille erreur et crois. L'Apôtre a dit : « L'homme sanctifiera l'épouse qu'il a prise. Et c'est un sacrement dans la nouvelle Eglise. » Vous voulez être unis ? Qu'il en soit fait ainsi. Homme, prends celle-ci. Femme, prends celui-ci. Par le Père incréé, par le Fils, roi du monde, Par le saint Paraclet ^ en qui la gloire abonde, Je vous joins. Soyez deux dans une même chair, Femme, suis ton époux. Homme, reste-lui cher,
* Prêtre et roi de Salem, c'est-à-dire de Jérusalem, dont il est question au XIV«