HERMAS
Il convenait d'unir ces enfants, en effet. Certes, ce que tu fis, ô prêtre, fut bien fait. Je tuerai le grand bœuf, honneur de mes étables, Et je ferai couler le vin sur douze tables. Au banquet nuptial, enfants, nous convierons Tous les pasteurs du bourg et tous les vignerons.
DAPHNÉ
Préparez un festin, le festin funéraire. Prise au filet du Dieu, je n'ai pu m'y soustraire. Hélas ! tu fus cruel de me tendre, ô vieillard, La vie et le bonheur, quand il était trop tard.
HIPPIAS
De quel mal, ô Daphné, te sens-tu menacée ?
Ta main est dans la mienne et ta main est glacée !
DAPHNÉ
Adieu, tous ! apprêtez la myrrhe et le linceul. Croyais-tu donc, ami, que, fidèle à toi seul. J'aurais trahi ma mère et le Dieu pour te suivre ? Croyais-tu que t'aimant je pouvais encore vivre ? Je suis venue à toi, c'est que j'allais mourir. Hippias, je n'avais que ma mort à t'offrir. Tu connais le poison que les magiciennes Savent tirer, la nuit, des fleurs thessaliennes ? Je l'ai bu dans ma coupe en livides humeurs. Il a glacé mon corps, vaincu mes bras. Je meurs.
/ HIPPIAS
O deuil! ô désespoir! Tombez, fleurs et couronnes!
DAPHNÉ
Ce (|ue j'ai fait est fait et ces choses sont bonnes. Sachez par moi combien l'amour a de pouvoir. Retenez ce qu'hélas! je vous donne de voir.
348 CHKESTOMATHIS FRAITÇAISE
Et contez mon malheur pour que jamais les mères
N'obligent leurs enfants à des noces amères. . .
Et pourtant je vivrais si Dieu Tavait voulu.
La terre me faisait accueil ; il m'aurait plu.
Près du foyer, soumise à l'époux, douce et fière,
De nourrir un enfant sous la belle lumière
Et de le voir édore à des souffles d'amours. . .
Voici l'aube innocente, amis; voici le jour.
Menez-moi, menez-moi sur la colline rose.
Vers les blonds tamaris que la fontaine arrose. . .
La nuit, la nuit revient, m'enveloppe et m'emplit.
Approche, cher époux. Porte-moi sur le lit
Où je reposerai dans ma robe de fête.
Hippias, c'est à toi de me voiler la tête.
Adieu, père et vous tous. Vis, ô toi que j'aimais!