‹ Chrestomathie franc̜aise du XIXe siècleChapitre 92 sur 176 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

Et toi, Berthe, ma fille, Toi qui maintiens si haut Thonneur de la famille, Parle! il faut que chacun soit juge et soit témoin; Parle à ton tour.

BERTHE

Et quoi, sire, en est-il besoin?

Un mot suffit : Tautel est prêt, et je suis prête. Allons, Gérald, allons! — Pourquoi baisser la tête?

Gérald reste immobile.

Pourquoi détournes-tu les yeux, Gérald? Pourquoi Ce silence obstiné? Douterais-tu de moi? Veux-tu que je le dise à haute voix encore ?

A tous les assistants.

J*aime sire Gérald, autant que je l'honore; Je l'aime maintenant d'un cœur plus attendri, Car ce qui l'a frappé ne l'a pas amoindri; Son honneur reste pur dans la cruelle épreuve. Et la source n'a pas empoisonné le fleuve. Je lui donnai mon âme, ici comme à Montblois, Pour sa jeune vertu, pour ses nouveaux exploits. Et je ne saurais pas de trahison plus noire D'aimer moins son affront que je n'aimais sa gloire ! — Viens maintenant, Gérald!

CHARLEMA6NE

Viens, Gérald, et reçois La main que t'offre Berthe une seconde fois.

GÉRALD

Sire, je vous bénis dans mon âme confuse, , Mais ce dernier bienfait, sire, je le refuse.

BERTHE

Dieu ! Gérald !

GERALD

Laissez-moi m'expliquer devant vous, Devant l'Empereur, Berthe, ainsi que devant tous : Oui, sire, ce. bienfait, cette faveur insigne, C'est en les refusant que j'en puis être digne î J'entends là cette voix qui ne saurait mentir : . Je suis le fils du crime, et non du repentir !

4â2 GHBJSSTOHATHIE FtlANÇAtSË

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Afin qu'aux yeux de tous la leçon soit plus haute,

Je veux que le malheur soit plus grand que la faute !

Et le père sera d'autant mieux pardonné

Que le fils innocent se sera condamné !

Sans cela l'on dirait, en citant mon exemple,

Que l'expiation ne fut point assez ample,

Et j'aime mieux briser mon cœur en ce moment

Que d'être un jour témoin de votre étonnement !

Oui, vous-mêmes, vous tous qui plaignez mes souifrances,

Vous qui me consolez dans mes horribles transes.

Peut-être cet élan de vos cœurs généreux

S'arrêterait bientôt à me voir plus heureux !

Mon père s'exilait ; nous partirons ensemble ;

Il sied que le destin jusqu'au bout nous rassemble.

— Que mon malheur du moins serve à tous de leçon :

Pour mieux vaincre à jamais l'esprit de trahison,

Songez à vos enfants ! Songez que d'un tel crime

Votre race serait l'étemelle victime.

Et que tous les remords, tous les pleurs d'ici-bas.

Toutes les eaux du ciel ne l'effaceraient pas !

BERTHE

Tu veux partir, Gérald!

GÉBALD

Oui, Berthe !

BERTHE

Ah! si tu m'aimes, Ne sois pas seul, Gérald, si cruel pour nous-mêmes !

6ÉRALD

Je n'ose plus t'aimer!

BERTHE

Et moi, Gérald, et moi ?

Pour me frapper ainsi que t'ai-je fait ? Pourquoi ?

GÉRALD

Le sort nous frappe seul !

BERTHE

N'en sois donc pas complice !

Ne perds pas le bonheur...

GÉRALD

Veux-tu que j'en rougisse?

^ BERTHE

Regarde l'avenir.

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