‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 15 sur 110 · DE L'ARTICLE · texte numérisé non relu

DE L'ARTICLE

L'ancien français conserva fort longtemps un vestige du système grammatical latin, une terminaison particulière affectant le mot, selon le rôle qu'il jouait par rapport au verbe, dans l'expression de la pensée.

De toutes les parties du discours qui ont subi cette loi de îa déclinaison, l'article est celle qui en a gardé l'empreinte la plus profonde.

Les textes des XIIP, XIV^ et XV^ siècles et tout particulièrement ceux du XIII^, nous présentent l'article défini décliné ainsi:

Masculin: Le.

Singulier: Pluriel:

Nominatif. Li. Li, les.

Génitif. Del, deu, du, dou. Des.

Datif. Al, à le. Als, as, es.

Accusatif et \ Le, lou, lo, lu. \ Les.

Locatif. j el, eu, u, ou, on, o. ) els, es, ez.

^ Les sources principales de cet abrégé sont: Orell, Alt-FranzÔsische Grammatik — J. J. Ampère, Histoire de la littérature française au moyen- âge.

4 DE l'article et du substantif.

Remarques. La forme da nominatif était parfois employée pour le génitif. Exemple: Ne mettereie main sur le fiz le Roi.

(2 Liv. des Rois.) Je ne mettrais point la main sur le lils du Roi.

Ce double emploi de la forme du nominatif se retrouve encore dans la locution si connue: De par le roi — locution qui s'analyse ainsi: De la part du roi.

La forme contracte es du locatif pluriel se rencontre dans les locutionsencore usitées: Maître ès arts, bachelier ès sciences etc.

Féminin: La.

Singulier:

Pluriel:

Nominatif. La.

Les.

Génitif. De la.

Des.

Datif. A la.

As.

Accusatif La.

Les.

Remarque. L'article féminin nous est donc resté tel qu'il était au XlIIe siècle, à l'exception du datif pluriel.

Le nominatif singulier la est remplacé quelquefois par le. Exemple: Nicolete le bien faite. (Aucns. et Nicoiete.)

Quant à l'article indéfini un, une, il n'offre rien de remarquable si ce n'est un pluriel qui s'est conservé dans les uns, quelques uns, aux uns, les unes, quelques unes, aux unes. C'est ainsi que Ton trouve:

Masculin. On li aporta uns espérons ou d'or u dorés.

On lui apporta des éperons ou d'or ou dorés.

(Ordene de Chevalerie.)

Féminin. Il avait unes grandes joes . . . unes grandes narines lée& et unes grosses lèvres plus rouges d'une carbounée.

(Aucas. et Nicolete.)

Il avait de grandes joues, de grandes narines larges, de grosses lèvres plus rouges qu'un charbon ardent.

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