‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 25 sur 110 · REMARQUES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

REMARQUES GÉNÉRALES

Les verbes anciens peuvent se diviser en trois classes, caractérisées par la terminaison de l'infinitif et du participe passé.

1ère.

Infinitif.

er.

conforter.

Participe passé.

et.

ed, eit.

confortet, eit, ed.

Infinitif.

er,

eir, oir, re.

chaoir, cheire, cheoir.

Participe passé.

ut,

ud.

cheut.

Infinitif.

ir.

ferir.

Participe passé.

it,

id.

feri et féru.

Indicatif présent. — L'e muet, désinence de la première personne du singulier disparaît fréquemment.

Je vous jur. {Ane. /abU.)

Je vous jure.

La troisième personne prend souvent un t final.

Il OStet le pechiet. (Salnt Bernard.)

Il ôte le péché.

La première personne pluriel est terminée en um oum., om., on.

Imparfait. — A côté de la terminaison ère qui paraît être la terminaison normale de ce temps, se trouve une désinence oue, oe, d'où il est probable qu'est dérivée notre terminaison ais actuelle.

Jo esgardowe a destu. (Psaut de Corble.)

Je regardais à droite.

Passé défini. — La troisième personne singulier terminée par f. Si trovat un urs estant devant les huisses. (Saint Grégoire.) Il trouva un ours devant la porte.

Cette terminaison, parfaitement conséquente avec l'étymologie latine a disparu de cette conjugaison et s'est introduite dans les autres, qui, par une bizarrerie de l'usage en étaient dépourvues jadis.

La première personne pluriel en asmes — (d'où le circonflexe).

La troisième personne pluriel en arent —

Cette terminaison se rencontre fréquemment encore au XVP siècle, chez Kabelais et Montaigne.

Futur. — Terminé en oi avec une contraction du radical: Jeo dorroi — je donnerai.

Le 3^ personne prenait un t :

Li hom lâirat son père. {Saint Bernard.)

L'homme laissera son père.

Conditionnel. — Terminé en ereie, eroie.

Impératif. — La première personne, par analogie, prenait un 5, et la troisième un t.

1^ Sire, ce dist li Salmistes, ne m'argues en ta forsennerie.

{Saint Bernard.)

Seigneur, dit le Psalmiste, ne me châtie pas dans ta colère.

2*^ Dieu vous gar^.

Dieu vous garde.

Subjonctif. Présent. — Terminé le plus souvent pas ^ à la troisième personne singulier Imparfait. — Terminé en aisse, eisse, esse.

Outre les variantes orthographiques que chaque époque amenait avec elle, chaque auteur avait une liberté assez grande pour faire passer à son choix tel verbe d'une classe dans une autre, et l'aflPecter de terminaisons qui régulièrement ne lui appartenaient point. C'est ainsi que dans les écrivains du XVP siècle on rencontre encore une foule de formes mêlées: des imparfaits subjonctif de deuxième conjugaison ^adaptés à des verbes de la première. — Que nous em^loyissions, que nous laississions (Rabelais) — que nous supplissions (suppléassions) (Montaigne) — que vous marchissiez etc.

Mais en dépît de tous ses caprices, l'ancienne langue demeurait fidèle à son origine première. — Le t que l'on retrouve constamment à toutes les troisièmes personnes du singulier, Vs qui manque à la première et que l'on n'a établi d'une manière régulière qu'au XVII^ siècle, prouvent à quelle profondeur plongeaient, dans le sol latin, les racines de notre langue.

Aller. ^ — Présent. Je vois, voys.

tu vas.

il vat, vait.

nos alum, alom, alomes, alon.

vos — — — — — — — —

ils vunt.

Imparfait. Alove, alovve, aloe, aloue, aleie. Futur. Nous irom, iroumes, irom, iromes. Impératif. Vai (va).

Subjonctif. Que je voise, il voist, qu'il aut (aille)*

et par analogie: qu'il baut (baille, donne),

qu'il s'emervaut (s'émerveille).

Imparfait. Nous allissiens, vous alissiez.

Idiotismes. \ ^ , } que r=: peu s'en faut que.

/ près s en va \ ^ ^ ^

Près se va que je ne m'agenoil. ^cont. et fabliaux.

Tisser. — Un de ces verbes à terminaison vague qui peuvent se ranger indifféremment dans la deuxième ou troisième conjugaison — tissir^ tistre.

Bénir. — Infinitif. Beneir, beneistre (Rabelais), benesir, beneyr, benoier — d'où les divers participes passés:

Benist, benoist. (Rab. Ci. Marot.) (\ , . benoiet. (

Courir. — : Infinitif primitif. Courre.

Observation. Notre futur et notre conditionnel modernes s'expliquent parfaitement sans le retranchement de Vi. Ces deux temps se sont formés d'une façon régulière de l'ancien infinitif.

Haïr. — Indicatif présenta Je bé, haz.

il bet, heit.

nus bayons, baons.

vus haies, ils bayent, béent.

Imparfait. Je baois, baïois, baïoie.

il baoit, bayoit.

Futur. Je barrai, haraï.

nus barrons.

Conditionnel. Je barroie, beireie.

* Comme les précédents, ces tableaux ne contiennent que les formes anciennes les plus usitées ou les plus remarquables qui peuvent jeter quelque jour sur la formation de nos conjugaisons actuelles.

Mourir. — Infinitif. Morir.

Observation. La diphthongue ou se transformait fréquemment en la diphthongue eu. — C'est pourquoi nous trouvons les formes actuelles je meurs ^ tu meurs ^ il mt^urt (ancien français: je wuer, tu muers, il muert).

Sentir. — Participe passé. Sentu.

V^ûir. — Passé défini. Je veins — 3® personne pluriel: ils veindrent.

Subjonctif présent. Que je vieigne.

Tenir. — Passé défini. Je teins — 3^ personne pluriel: ils teindrent. Faillir. — Ce verbe était beaucoup plus complet que maintenant. Indicatif présent. Je fauîx — fail.

tu faulx."

il fault — fait.

nous faillons.

vous faillez.

ils faillent.

Observation. Tous les autres temps et modes étaient également usités bien qu'avec une ortho^^raphe qui diffère beaucoup de la nôtre. {Futur: faldra, fauldra, faulra, faura, farra, farrat. Subjonctif imparfait: fausisse, fausiste etc.)

Férir. — Participe passé. Féru (frapper).

Indicatif présent. Je fiers, tu fiers, il ^ . ' ils < ^ . '

j , ,.j, \ Fiers, fier.

Imperahf j ^^^.^ '

Gisir^ gésir. — Participe présent. Gesant, geisant (d'où gisant). „ passé. Geu, gëu, jut, jus.

Passé défini. Je jui, jus, ju, guis, geus. il jut.

ils jurent.

Futur. Je gerrai.

Observation. Le double infinitif de ce verbe explique les formes qui nous en sont parvenues!.

Issir, Istre. — Jadis complet.

Indicatif présent. Je is, tu is, il ist, ils issent. Futur. Je istrai, isterai.

Participe présent. Lssant.

„ passé. Issi, issut, isseu.

Saillir. — Indicatif présent. Je saille, saulx etc.

Complet et régulier.

Falloir. — Passé défini. Il fausilt.

Cheoir, chaeir, chaoir etc.

Indicatif présent. Il chet, chiet.

ils cheent.

VERBES IRRÉOULIERS. 15

Passé défini. Je cbeuz.

il cheut.

ils cheurent.

Futur. Il cherra.

Subjonctif. Que je chiée.

Participe présent. Chéant.

„ passé. Chéu.

Paroir, apparoir, emparoir, disparoir — infinitifs originaux de paraître,

apparaître etc.

Indicatif présent. Il pert, part — il paraît. Futur. Parra, perra, — il paraîtra.

Subjonctif présent. Que il père (qu'il paraisse) etc.

Seoir — scer, seir -- asseoir, asseir.

Indicatif présent. Nous nous asséons.

vous vous asséez.

ils s'asseoient.

Passé déjini. Ils s'assistrent.

ils seïrent.

Futur. Je sarai.

Subjonctif. Qu'il siese.

Chaloir (importer = être important).

Indicatif présent. Il \ , ' ,*, , . ., . .

^ ^ I chault, chaut — il importe.

Imparfait. Il chaloit.

Passé déjini. Il chalut, il chausist.

„ indéfini. Il a chalu.

Futur. Il chauldra, chaurra.

Subjonctif. Qu'il chaille.

Participe présent. Chalaut.

Observation. Ce verbe qui n'a laissé de traces que dans l'adjectif nonchalant, et son substantif nonchalance, était d'un usage très-fréquent dans l'ancienne langue.

Boire, beivre, bevre, boivre.

Indicatif présent. Je boif, boef.

nous bevons.

Passé déjini. Je bui.

Futur. Je beverai.

^nous beurons, burons.

vous beurez, burons.

Participe passé. Beu (d'où le nôtre bu).

Connoitre. — Passé défini. Je conui (d'où le nôtre connus). Participe passé. Cogneu.

Croire, creire. — Passé défini. Je crui (je crus).

creu (?).

Faire, 1 fere. — Indicatif présent. Je fois, feis, faz.

il fet.

Passé défini. Ils fistrent.

Idiotismes. Faire que sage, que fol = agir sagement, follement. Il fait à émerveiller que = admiratione dignum est.

Lire leire. — Passé défini. Je lui; il liut. Participe passé. Leu, leit.

Observation. On a pu remarquer que tous nos verbes à participe passé en u dérivent soit de verbes dont l'ancien infinitif était en eîV, eire^ participe passé ew, soit de passés définis en ui.

Mettre, mectre, misir. — Passé défini. Je meis, tu meis etc.

Moudre, moulre, mouldre.

Observation. Cet l étymologique explique nos participes et nos formes actuels: moulant^ moulu, nous moulons etc.

Naître, naistre, nastre, naixtre, nestre, neistre.

Participe passé. Neit, neiz, nay.

Plaire, plere. — Participe passé. Pieu.

Prendre. — Passé défini. Je preis, présis etc. Participe passé. Prins.

Suivre, SUivir, sivre, sivir.— D'où nos formes actuelles, qui ont perdu IV,

Taire, tere, tesir. — Passé défini. Il se tout — il se tut. Participe passé. Taut — tu.

Vivre. — Passé défini. Il vesquit — il vécut. Participe passé. Vesqni — vécu.

Paître, pastre, pasturer, paistre, pestre.

Participe passé. Peu, pau, pauz.

Sourdre, surdre. — Indicatif présent. Il sorst. Imparfait. Il sourdoit.

Passé défini. Il sourdit, surst.

ils surstrent.

Futur. Il sordra.

Participe passé. Sors, sorse.

Soudre, saure, saurre. — Indicatif présent. Il solst, soit, sout.

Passé indéfini. Il ha solu.

Traire, trere, treire. — Indicatif présent. Il tret, trest. Passé défini. Il trahist, traïst.

• nous traïsraes.

ils traïsent, trais ent, trestrent.

f Observation. Ce verbe était employé à tous les temps et à

tous les modes. — Vous traisez, forme populaire encore usitée, se rencontrait alors à côté de la forme plus régulière: vous trahez.

^ , J'observerai que ce n'est que depuis le XVe siècle qu'on écrit faire^ il se trouve ainsi très-rarement auparavant." (Roquefort.)

Craindre — „creiner, cremir, cremoir, criembre, criemer, criendre." (Eoquefort)

Il est probable que ce sont les deux formes criembre et criendre, qui ont servi à composer notre craindre moderne.

Indicatif présent. Je crieng, criem.

imparfait. Je cremoye, '

Passé défini. Il cremut.

Futur. Tu crienbras.

Participe passé. Cremu.

Conduire. — Passé défini. Ils conduirent (Rabelais) — conduisirent.

ils conduistrent.

Observation. Les formes re'gulières qu'ont aujourd'hui les verbes en uire ont été très-lentes à s'élaborer. C'était une des classes qui ofiraient le plus d'irrégularités.

Il ressort de l'ensemble de ces remarques, que notre système de conjugaison dérive, dans sa généralité, du système grammatical latin. Une chose peut paraître étrange, ce sont les tâtonnements à travers lesquels il a fallu passer pour arriver à quelque fixité dans ces formes: il semble qu'en présence des œuvres latines que l'on possédait alors, il eût été facile de faire plus rapidement quelque chose de mieux.

C'est probablement ce qui aurait eu lieu si la langue française s'était formée directement sous ces influences, mais qu'on n'oublie pas qu'entre le moment où les textes latins qui auraient j^u servir de modèles et diriger le mouvement d'une manière régulière ont été remis au jour, et le point de départ de l'idiome français, s'étend une longue et ténébreuse période de décomposition où les éléments de la langue étaient travaillés non par des hommes d'études , mais par les masses ignorantes. — Puis, quand sont venus les premiers écrivains, pour être compris du peuple, ils ont dû lui parler sa langue. Or l'idiome populaire variait en chaque province, par l'altération diverse qu'avait subie un même radical latin. De là ces formes nombreuses, bilatérales qu'ont revêtues pendant longtemps certains mots, et tout particulièrement certains verbes français, et qui n'ont disparu que sous la plume des grands écrivains lorsqu'à été établie la centralisation définitive par la fondation des corps académiques, au XVII^ siècle.

Quant aux adverbes, prépositions, et autres parties du discours, leur rôle étant essentiellement relatif, ils n'offriraient ici qu'une sèche nomenclature, curieuse sans doute, mais dépourvue de tout ce qui en pourrait faire la véritable utilité : c'est pourquoi nous renvoyons aux textes qui suivent, où l'on trouvera tout ce qui est essentiel à connaître, et où il sera plus facile de comprendre et leur formation successive, et leur emploi.

Page 1