‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 3 sur 110 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

.oiite langue doit être considérée comme un organisme plein de vie, „qui se développe d'après des lois constantes, et dont les phases suc- „cessives s'enchaînent de la manière la plus intime. Or, de même que „le naturaliste n'arrive à bien comprendre, dans son ensemble et ses ^détails, l'organisation d'une plante ou d'un animal qu'en remontant pas „à pas jusqu'à son état embryonnaire, de même le philologue ne sau- „rait réussir à se rendre compte de la nature complexe d'une langue „que par une étude approfondie de la série de ses phases antérieures.

„Indépeudamment de l'intérêt général que présente une semblable „étude, et du vaste champ qu'elle ouvre aux recherches de l'histoire ^littéraire, elle est d'un grand secours à l'écrivain qui tient à la pureté „du style. Sans doute que, sous ce rapport, l'usage et l'étude assidue „des bons auteurs de l'époque classique peuvent suppléer, jusqu'à un ^certain point à la science philologique; mais pour le français surtout „qui est plein d'anomalies en apparence arbitraires, et pour tout homme „qm veut savoir le pourquoi des règles, rien ne saurait remplacer la ^connaissance du vieux langage." ^

Ces faits sont maintenant si bien établis qu'il n'est pas nécessaire de les discuter. Le mouvement qui depuis plusieurs années déjà s'est fait sentir dans le monde littéraire de la France, ainsi que les nombreux et excellents ouvrages qui se sont publiés sur cette matière suffisent à prouver non-seulement l'exactitude de ces faits, mais encore le besoin de la mise en jpratique des principes dont ils sont l'expression.

Mais, objectera-t-on , à quoi bon aller remuer le fouillis ténébreux de l'idiome de nos pères, quand nous avons, à portée de la main, une langue parfaite à certains égards, le latin, qui peut fournir au langage moderne tout ce qui lui manque et en expliquer toutes les irrégularités? — A cela nous répondrons:

Adolphe Pictet.

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