‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 43 sur 110 · LA MANIÈRE DE LA MORT DE JEAN, DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LA MANIÈRE DE LA MORT DE JEAN, DUC DE BOURGOGNE

à couvert, 1 et tenoit chascun d'eulx une hache, lesquelx lui firent la révérence très humblement, et mondit Seigneur osta son chappeau, en les saluant, et leur dist. Messieurs, vous veez comment je vien, en leur monstrant que luy et ses gens n'estoient armées que de cotes et d'espées, et disant qu'ils veoient bien qu'ils ne se doubtoient pas d'eulx, ^ et après mondit Seigneur ala jusques à deux ou trois passées^ avant, en lui alant audevant ledit Daulphin qui estoit sur le pont, auquel il fist la révérence, et ledit Daulphin lui dist, vous soyez le bien venu beau cousin; et ainsi que mondit Seigneur le Duc estoit à genoulx devant ledit Daulphin, incontinent sans autres paroles avoir d'un costè ne d'autre, ledit Tanneguy et ceux qui tenoient lesdites haches et plusieurs autres outre le nombre de dix qui estoient mussiez^ en une loge qui avoit esté faitte à l'entrée de laditte Barrière, courrerent^ sus à mondit Seigneur et à ses dittes gens, et frappa le dit Tanneguy de prime face^ d'une haiche mondit Seigneur sur la teste, tellement qui"^ le getta par terre, et fut par luy et les autres tué et meurdry crueusement et traistreusement sur la place, et ledit Sire de Nouailles blecié, tellement qu'il en est mort, et tous les autres dessus dix de la compaignie de mondit Seigneur bleciez aussi, prins et emprisonnez, comme encores sont, excepté ledit Sire de Montagu, que se saulva par dessns laditte Barrière pour crier Alarme;^ et après portèrent mondit Seigneur dedans la ville, et menèrent les dittes gens de Monseigneur en prinson, et de là^ la rivière avoit grant nombre de gens d'armes du dit Daulphin, et jusques environ mil quatre cent qui firent ung grant cry, et vinrent courrir sur les gens d'armes de mondit Seigneur, qui estoient demourez dehors la Barrière, et y en ot^^^ des morts et des prins de ceulx de mondit Seigneur, l'on ne scet lesquelx ne enquel nombre; et d'autre part, en la Tour qui est dessus ledit Pont, avoit un grant nombre d'autres gens d'armes et de trait qui commencèrent à gecter canons et bombardes, ^^ et traire, pour garder que les gens de mondit Seigneur ne les venissenti2 secourir et deffendre; et quant mondit Seigneur fut mort, ceulx qui estoient dedens la ville, fermèrent les portes, et levèrent les Ponts, et firent corner ^^ les Menestriers, et sonner trompettes bien dûëment, et après ouvrirent les portes, et vindrent combattre les gens de mondit Seigneur avec les autres dessus diz, et quant ils furent retournez dedens la Ville, ils devestirent mondit Seigneur, et mirent en gippon, et le portèrent sur le Pont à tous ses houseaulx,!^ où il demoura toutte

1 Voyez page 43, note 9.

^ Se douter de quelqu'un r=: soupçonner quelqu'un. 3 Pas.

4 Cachés. — Ce mot est resté dans le langage populaire de certains Gantons de la Bourgogne — jouer à cUcli-mussette ^=z jouer à cache- cache.

^ Courrèreni, parce que l'infinitif était encore courrer. — C'est encore de cet infinitif que nous formons le futur, d'où les deux r.

6 Tout d'abord. '7 Qu'il. ^ Dans ce mot ainsi écrit, il est facile de voir son étymologie. L'on a déjà remarqué plus haut, dans le récit du meurtre du duc d'Orléans (page 43, ligne 23), l'expression il s'écrie à la mort, crier alarme., c'était donc primitivement crier à Varme. ^ De l'autre côté.

ïo Eut — ancienne forme du passé défini de l'auxiliaire avoir.

^' Canon., ce n'était pas seulement l'instrument, mais encore la charge.

^2 Vinssent. ^'^ Corner, jouer de la cornemuse. i^ Guêtres, bottes.

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