‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 42 sur 110 · JUVÉNAL DES URSINS · texte numérisé non relu

JUVÉNAL DES URSINS

COPPIE DE LA IVLiNIEEE DE LA MORT DE FEU MONSEIGNEUK JEAN, DUC DE BOURGONGNE.

Eztrait d'un journal d'un bourgeois de Paris, écrit au XV® siècle.

Le cas de la traistreuse et crueuse^ mort de Monseigneur le Duc de Bourgongne est tel que mon dit Seigneur partit de Bray sur Seine le Dimenche 10. jour du mois de Septembre après disner 1419, pour aler devers le Daulphin à Monstereaul ou fault Yonne, et chevaucha jusque bien près dudit Monsterew/, et en my pré près dudit Monstereul, se arresta et fist arrester ses gens, qui estoient avecques lui ou^ nombre de environ 400 hommes d'armes, et fist avancer Monseigneur de S. George, pour aler parler audit Daulphin, et scavoir de lui ce que lui plaisoit que mondit Seigneur fist, lequel Daulphin dit audit Seigneur de S. George qu'il vouloit que mondit Seigneur aïast tost devers lui et hastivement, car comme il faignoit, et disoit-il, si devoit partir dudit Monstereul cette nuit pour aller à Moret, et en oultre ledit Daulphin dist que ledit Monseigneur prinst dix de sa compaignie, lesquels qu'il vouldroit, pour aler devers ledit Daulphin, à quoy mondit Seigneur de S. George luy respondit que s'il mandoit mondit Seigneui* à tout ung paige^ qu'il yroit, et retourna mondit Seigneur de S, George devers mondit Seigneur et lui dist la ditte response, et lors mondit Seigneur élisist^ ces dix; c'est assavoir Charles de Bourbon, le Sire de Nouailles, mondit Seigneur de S. George, Monseigneur de Montagu, Messire Anthoine de Vergy, Jehan de Tribourg, Monseigneur d'Autrey, Messire Charles de Lens, Messire Guy de Pontallier et le Sire de Gyac; et pour ce que entre d'eux aucuns ^ rapportèrent à mondit Seigneur, qu'il avoit' gens de pied armez et embuschiez^ es maisons de l'entrée de la Barrière de laditte Ville, mondit Seigneur y envoya Messire Pierre de Gyac, pour savoir le comune, lequel tout seul y alla et rapporta qu'il n'y avoit homme, et à celle asseurauce mondit Seigneur se meist au^ chemin et à la Barrière, et tous ses gens avecques luy: et adonc mondit Seigneur y entra accompagné des dessus nommez, armez tant seulement de leurs cotes et espées, et incontinent fut fermée laditte Barrière, et lui vindrent au-devant Canneguy du Chastel et autres des gens dudit Daulphin, qui estoient armez

^ Besogne avait alors une signification plus étendue qu'aujourd'hui.

2 Les adjectifs français terminé en al ou el transformaient fréquemment, dans le vieux langage, cette consonne et la voyelle en la diphthongue au ou eu (de même que certains substantifs: conseil, soleil, faisaient, au singulier: li consaus, li solaus, etc.). Ce changement de l en u est particulier à notre longue: /bu, fol; mou, mol', vieil, viewx, etc. 3 Qu = au.

4 A tout un, avec un seul. — La préposition à a suivait la valeur de la préposition avec.

^ Choisit. 6 Quelques uns d'entre eux. ? Embusqués. ^ En.

Page 1