‹ Chrestomthie du vieux français;Chapitre 55 sur 110 · QUE SOUEFRIT LE ROY LOUIS · texte numérisé non relu

QUE SOUEFRIT LE ROY LOUIS

maistre Olivier et autres, trop à coiip,^ et sans propos, en estât plus grand qu'il ne leur appartenoit, aussi tout de mesme , prindrent charge sans crainte, de dire cliose à un tel Prince, qui ne leur appartenoit pas: n'y ne gardèrent la révérence et humilité qu'il appartenoit au cas, comme eussent fait ceulx qu'il avoit de long temps nourris, et lesquels peu paravant il avoit eslongnez de luy, pour ses imaginations : mais tout ainsi qu'à deux grands personnages qu'il avoit fait mourir de son temps (dont de l'un feit conscience ^ à son trespas, et de l'autre non, ce fut du Duc de Nemours, et du Comte de Sainct Paul) fut signifiée la mort par commissaires députez à ce faire : lesquels Commissaires en briefs mots leur déclarèrent leur sentence, et baillèrent confesseur, pour disposer de leurs consciences, en peu d'heure qu'ils leur baillèrent à ce faire: tout ainsi signifièrent à nostre Eoy les dessusdicts sa mort en brief\'es parolles et rudes, disans: Sire il faut que nous nous acquitons,^ n'ayez plus d'espérance en ce sainct homme, n'en autre chose: car seurement il est faict de vous: et pource pensez à vostre conscience: car il n'y a nxil remède: et chascun dist quelque mot assés brief: ausquels il respondit: j'ay espérance que Dieu m'aidera: et par aventure je ne suis' pas si malade comme vous pensez.

Quelle douleur luy fut d'ouir ceste nouvelle et ceste sentence? car onques homme ne craignit plus la mort, et ne feit tant de choses, pour y cuider mettre remède, comme luy: et avoit tout le temps de sa vie, à ses serviteurs, et à moy comme à d'autres dit, que si on le voyoit en nécessité de mort, que Ion ne luy dist, fors tant seulement. Parlez peu: et qu'on l'emeust seulement, à soy confesser, sans luy prononcer ce cruel mot de la mort: car il luy sembloit n'avoir pas cœur pour ouir une si cruelle sentence: toutesfois il l'endura vertueusement, et toutes autres choses, jusques à la mort, et plus que nul homme que j'aye veu mourir. A son filx qu'il appeloit Roy, manda plusieurs choses et se confessa très bien et dit plusieurs oraisons, servans à propos, selon les Sacremens qu'il prenoit, lesquels luy mesmes demanda: et comme j'ay dit, il parloit aussi sec* comme si jamais n'eust esté malade: et parloit de toutes choses, qui pouvoyent servir au Eoy son filx, et dist entre autres choses, qu'il vouloit que le Seigneur des Cordes ne bougeast d'avec sondict filx, de six moys : et qu'on le priast ne mener nulle pratique sur Calais, n'y ailleurs, disant qu'il estoit conclu avec luy de conduire telles entreprinses, et à bonne intention pour le Roy et pour le Royaume, mais qu'elles estoyent dangereuses, et par especial celle de Calais, de paour d'esmouvoir lesAngioys: et vouloit, sur toutes choses, qu'après son trépas on tint le Royaume en paix cinq ou six ans ; ce que jamais n'avoit peu soufi'rir en sa vie. Et à la vérité dire, le Royaume en avoit bon "besoing: car combien qu'il fust grand et estendu, si estoit il bien maigre et pauvre et par especial pour les passages des Gens d'armes, qui se remuoyent d'un païs en un autre ....

Voilà donc comment peu discrètement luy fut signifiée ceste mort. Ce que j'ay bien voulu reciter, pource qu'en un autre article précèdent, j'ay commencé à faire comparaison des maux qu'il avoit fait souffrir à aucuns, et à plusieurs qui vivoyent souhs luy, et en son obéissance,

^ Trop rapidement. 2 Eut remords. 3 Quel mode maintenant? 4 Ferme.

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